Canadair, camions, drones: face aux incendies, la France sous-équipée ?

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L’État explore plusieurs pistes pour augmenter ses moyens face aux feux de forêt. L’adaptation d’avions de transport militaire est possible.

Un Canadair CL-415 de la Securite civile, lors d'une demonstration.
Un Canadair CL-415 de la Sécurité civile, lors d’une démonstration.© ARTHUR NICHOLAS ORCHARD / Hans Lucas via AFP

Par Guerric Poncet. LE POINT

Publié le 20/07/2022 à 19h00

Les feux de forêt qui touchent les Landes depuis le 12 juillet, et qui ont déjà ravagé 20 000 hectares, ont mis en lumière l’insuffisance des moyens de lutte contre les incendies dans certaines situations. Pour y remédier, tous les leviers doivent être actionnés : achat de matériel, meilleure gestion des massifs forestiers, optimisation de la maintenance ou encore adaptation d’avions militaires.

Les moyens aériens

L’outil le plus célèbre de la lutte contre les incendies de forêt est assurément le Canadair, un avion bombardier d’eau qui arbore les couleurs rouge et jaune de la Sécurité civile. Les 12 appareils en service en France sont des CL-415, plus modernes mais moins nombreux que les CL-215 en service en Italie (19), en Espagne (21) ou en Grèce (18). Amphibie, le Canadair est capable de larguer 6 000 litres d’eau de manière très ciblée sur un incendie, puis de remplir de nouveau sa soute en écopant sur n’importe quel plan d’eau, rivière, lac ou littoral océanique, du moment que les vagues ne sont pas trop hautes.

Cette capacité à rester dans la zone cible pour assurer des largages réguliers compense sa vitesse de croisière maximale de 333 km/h, deux fois inférieure à celle de l’autre type d’avion qui équipe la France (6 appareils), le Dash-8. Ce dernier peut larguer 10 000 litres mais doit pour sa part refaire le plein d’eau ou de retardant sur un aéroport adapté après chaque mission.

À LIRE AUSSIMégafeux : comment y mettre fin ?Dans le domaine de la veille et de la détection, l’avenir appartient aux drones, très peu utilisés à ce jour. Équipés de capteurs adaptés comme des caméras thermiques et optiques, ils pourraient traquer en permanence les départs de feu et donner l’alerte plus rapidement que des équipages humains dans des avions de surveillance, aux capacités forcément limitées par la fatigue du corps et par l’autonomie d’appareils trop peu nombreux, comme les Beechcraft de la Sécurité civile. Il n’existe en revanche pas de projet sérieux à ce jour pour transformer un drone en bombardier d’eau automatisé.

Les moyens terrestres

Au sol, les pompiers disposent de centaines de camions-citernes feux de forêt (CCF) de différents gabarits et de différentes générations. Dotés de réservoirs de 2 000 à 13 000 litres d’eau, ils sont spécialement adaptés aux conditions apocalyptiques rencontrées durant ce type de mission.

Un camion citerne feux de forêts fabriqué par Sides.© Sides

Ces véhicules 4×4 dits pénétrants peuvent s’enfoncer dans les chemins forestiers et combattre les flammes précisément depuis l’endroit jugé le plus efficace. Ils offrent un habitacle capable de résister aux flammes dans certaines limites, grâce à un système d’autoprotection qui projette de l’eau directement sur la cabine, le temps que les flammes dépassent un camion bloqué par exemple.

La doctrine, l’allié oublié

Au-delà des moyens techniques, la lutte contre les incendies est aussi une culture, qui nécessite des préparatifs longs et coûteux. La doctrine de défense des forêts contre les incendies (DFCI), largement appliquée dans le Sud-Est mais moins ailleurs, prévoit par exemple de tracer des voies de circulation à travers les massifs forestiers, de prépositionner des citernes et de petites unités de sapeurs-pompiers, ou encore d’assurer un guet aérien armé, c’est-à-dire de faire voler en permanence la journée des avions bombardiers d’eau prêts à intervenir sur un incendie naissant, avant qu’il ne se développe. Ces mesures permettent de neutraliser 95 % des départs de feu.

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Dans le cas des incendies qui touchent les Landes mi-juillet 2022, « il n’y a rien de tout cela », assure un haut responsable de l’État sous le couvert de l’anonymat. « Ce qui brûle est de la forêt privée, mal entretenue, avec très peu de voies d’accès », assure-t-il. Le dernier incendie de forêt important dans les Landes remonte à 2003, il avait ravagé 700 hectares, contre 20 000 à ce jour pour celui de 2022. Avec le réchauffement climatique, la transposition stricte de la doctrine DFCI dans d’autres régions s’impose : dans les Landes bien sûr, mais aussi en Bretagne, dans le Nord-Cotentin, et même jusque dans les Vosges ou en Alsace, où les forêts de feuillus ont été largement remplacées par des résineux, qui brûlent plus facilement, pour des raisons économiques.

Nouveaux Canadair, kits pour avions militaires…

Certes, de nouveaux Canadair seraient bienvenus, si l’on dispose de pilotes dûment formés, un processus qui prend au moins cinq ans. La nouvelle version du célèbre avion bombardier d’eau, le DHC-515, est d’ailleurs en cours de développement depuis mars 2022 au Canada et promet des performances encore supérieures. Mais l’achat, l’entretien et la mise en œuvre de nouveaux appareils est très coûteuse, l’État explore donc d’autres pistes.

Un C-130 de l’US Air Force transformé en bombardier d’eau, durant une démonstration.© KEMAL JUFRI / AFP

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