Boualem Sansal : « Les islamistes haïssent par-dessus tout les faibles, les efféminés et les hypocrites qui viennent les comprendre, les défendre, leur porter le sac »

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L'écrivain algérien Boualem Sansal revient pour Atlantico sur la suspension de l’expulsion de l’imam Hassan Iquioussen.

©FRANCOIS GUILLOT / AFP

GRAND ENTRETIEN

Pour l’écrivain algérien qui dénonce inlassablement les dangers de l’islamisme, la suspension de l’expulsion de l’imam Hassan Iquioussen et la polémique qu’elle a provoqué révèlent qu’il existe désormais plusieurs Frances sur le même territoire, chacune avec son peuple, son histoire, sa langue, ses institutions, ses visions du monde et ses alliances stratégiques.

Boualem Sansal ATLANTICO. 7 août 2022

Atlantico : Le tribunal administratif de Paris a suspendu vendredi l’expulsion de l’imam du Nord Hassan Iquioussen vers le Maroc, qui avait été ordonnée par le ministère de l’Intérieur, estimant qu’elle porterait une « atteinte disproportionnée » à sa « vie privée et familiale ». Que pensez-vous de cette décision ?

Boualem Sansal : Le gouvernement expulse, le tribunal suspend, la CEDH refuse de suspendre, des Français sont pour et d’autres contre, voilà une belle illustration de l’expression « mener sa charrette à hue et à dia ». Elle dit bien la démarche erratique et incohérente de la France en ces matières, il est vrai, nouvelles pour elle : l’expansion libre de l’islam de/en France, la pression étouffante de l’islamisme sur la société, la menace des grandes capitales islamiques.

La décision du tribunal est étrange, on dirait qu’il a voulu couper la poire en six sans savoir comment. Il ne suspend pas la décision parce qu’elle serait illégale, il la suspend parce qu’elle porterait « une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale » de l’intéressé. Est-ce bien le sujet ? L’imam est expulsé en raison de ses prêches antisémites. Que je sache, l’imam est un adulte, il savait les conséquences que ses prêches pourraient avoir sur sa vie privée et familiale. Il les a jugées bénignes puisqu’il a continué à prêcher dans le même sens avec toujours plus de force et de conviction. Le juge serait-il plus imam que l’imam ? Ça veut dire quoi, disproportionné, à combien de pour cent peut-on expulser, en totalité ou en partie, pour toujours ou momentanément, et où : vers la Suisse (où sa vie privée et familiale ne peut réellement être affectée) ou vers le Maroc où on ne badine pas avec l’autorité de l’Etat ? Le tribunal a-t-il pris en considération les atteintes, là carrément disproportionnées, que les prêches incessants de l’imam Hassan Iquioussen ont causé aux Français, notamment juifs et ceux des quartiers soumis à la pression islamiste. Monsieur l’imam est-il conscient du mal qu’il leur a fait avec ses pêches ? Le ministre de l’Intérieur est en droit de demander au tribunal une explication détaillée et opérationnelle de l’expression « atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale » et de chacun des mots utilisés. Que veut dire atteinte, que veut dire disproportionnée, c’est quoi la vie privée, c’est quoi la vie familiale, à quel degré on va dans l’étendue de la famille ? 

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Darmanin pourrait finasser lui aussi, il suspend sa décision et déclenche aussitôt une opération vicieuse qui consisterait à pourrir la vie de l’intéressé pour le pousser à quitter de lui-même la France. On l’ennuierait du côté du portefeuille. J’ai ouï-dire que l’imam se serait constitué une véritable fortune en biens immobiliers, avec l’aide d’édiles locaux flexibles. Voilà du travail pour le fisc. Dernière question, le tribunal a-t-il pris en considération les atteintes disproportionnées que sa décision porte à l’image de la France, déjà pas mal abîmée par des décennies de laxisme durant lesquelles n’importe qui pouvait prêcher n’importe quoi et se moquer du gardien. 

Que ce soit en France, en Algérie, ou ailleurs, les islamistes ont-ils appris à se jouer de l’Etat de droit pour pouvoir prospérer ?

La force des islamistes est qu’ils ne se posent aucune question, ils ne sont tiraillés par rien, ils ne vont pas à hue et à dia, ils ont l’esprit tranquille, aucun état d’âme dans la défaite comme dans la victoire, ils font ce qu’ils ont à faire qui leur est dicté par Allah, par le Coran, par la Sunna (la tradition), par les hautes instances religieuses et ce que leurs bas instincts leur suggèrent sur le moment. Ils ne cherchent pas à savoir qui est en face d’eux, une dictature, un Etat de droit, des Français, des Chinois, des Indiens, des Arabes. Ce qu’ils font en Algérie, ils le font en France et ailleurs. Ça leur donne un sentiment d’invincibilité et de souveraineté qui leur permet toutes les audaces. 

Les questions, souvent inspirées par la peur et l’ignorance, c’est nous qui nous les posons. Comme généralement on ne sait ni les poser, ni y répondre, on est vite perdu dans le triangle des Bermudes. 

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La différence entre la France et l’Algérie est que le gouvernement algérien, lui aussi ne se pose pas de questions, il a l’esprit tranquille, il fait ce qu’il a à faire et comme il a une imagination fertile, il n’est jamais à court de solutions pour supprimer les questions et les questionneurs d’où qu’ils viennent. 

Comment interpréter la décision de ceux qui soutiennent l’imam ou s’opposent à son expulsion ? Et plus largement ne semblent pas voir les manifestations de l’islamisme. Est-ce de l’aveuglement, du déni, du cynisme électoral ou encore une alliance objective des luttes ?

Je ne crois plus que l’explication soit entièrement là, le déni, l’aveuglement, le cynisme électoral, les alliances objectives. Il faut se résoudre à faire ce constat : il y a aujourd’hui plusieurs Frances sur le même territoire, chacune avec son peuple, son histoire, sa langue, ses institutions, ses visions du monde, ses alliances stratégiques. Comme les frontières ne sont pas encore reconnues et tracées, il y a du flou et de la zizanie dans les zones frontalières. La séparation n’est pas achevée, voire n’est même pas commencée. La France est un peu dans la situation de l’Inde au moment de la formation du Pakistan et du grand exode des populations, ou dans le séparatisme permanent que le Liban vit depuis toujours. Le phénomène est partout, en Ukraine, qui comme la banquise est en train de se fissurer, jusqu’en Chine, où le déni officiel finira par créer un nouveau Pakistan. 

Sous réserve d’un examen approfondi, on peut dire à ce stade qu’en France le séparatisme se fait sur une ligne de front reliant les postes stratégiques suivants : émigration, islam, tentatives internes ou externes de réforme de l’islam, international islamiste, laïcité, intégration, évolutions sociétales (mariage pour tous…), mondialisation, Europe, et bien sûr les partis célibataires, trahis par l’histoire, qui cherchent famille d’adoption. 

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Le wokisme, la multiplication des accusations d’islamophobie permettent-ils selon vous une progression de l’idéologie islamiste sous des atours vertueux ?

Pour les islamistes, nous sommes tous des kleenex. Il prend quand c’est utile et il jette quand ce n’est plus utile. Ils se fichent comme de leur première gandoura des wokistes, des insoumis, des intelligents utiles et des passeurs affectueux, ils seront les premiers à être décapités car l’islamisme sera au pouvoir, ce qu’il est déjà puisqu’il tue et décapite qui il veut, quand il veut, où il veut. Les islamistes haïssent par-dessus tout les faibles, les efféminés et les hypocrites qui viennent les comprendre, les défendre, leur porter le sac. L’islamisme ne cherche pas à être vertueux, il est la Vertu qui exige que les autres le soient à son image. Il est temps en France de méditer l’histoire du scorpion qui pique la grenouille qui l’a aidé à traverser la rivière. L’islamisme n’a pas d’ennemis, ni d’amis, comme la défunte grenouille n’était pas l’ennemie du scorpion, ni son amie.

Gérald Darmanin et le gouvernement veulent afficher une politique de fermeté vis-à-vis de l’islamisme. Y voyez-vous un réel engagement ? Ou une simple posture ? Les actes sont-ils à la hauteur des mots ?

Oui on sent une réelle volonté de fermeté chez Gérald Darmanin. Elle n’est pas présente à tous les échelons du gouvernement et de l’administration. Le problème est que la fermeté suppose des conditions spéciales et des moyens importants. Il ne les a pas et n’arrive pas à les rassembler, ou parce que des forces supérieures le brident. Cela dit reste posée, pour lui comme pour les autres, la question fatale : où exercer cette fermeté ? Sur les lampistes et les exécutants, bien sûr, mais ensuite sur les chefs. Et enfin sur ces idées ravageuses qui font le lit des islamistes, le « ni-ni », le « et en même temps », le « wait and see ». La question se pose après tant d’années d’irresponsabilités et de reculade : la France a-t-elle seulement les moyens de chatouiller les grands gardiens de l’islam l’Arabie, Qatar, la Sublime Porte, les pays maghrébins, le Sahel, l’Iran… ? 

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Lorsque l’on regarde la société française et sa classe politique ? Y-a-t-il une prise de conscience de l’ampleur de la menace islamiste ?

Les Français et la classe politique connaissent la menace islamiste. Le problème est qu’ils sont tétanisés. La menace islamiste est du même ordre que la menace du réchauffement climatique. Ce sont des problèmes de survie de pays entiers. Mais si face à la menace climatique on a réussi à s’entendre, à se réunir, à créer le GIEC au niveau de l’ONU, à multiplier les études, les mesures, à établir des plans très fouillés et contraignants de réduction des émissions de carbone, on n’a rien fait de tel pour la menace islamiste. On craint de voir la température croître de 2 degrés qui seraient fatals à la vie sur terre, mais on ne sait pas dire quel niveau de menace islamiste ne doit être pas dépassé pour éviter l’embrasement. Bref, on fait tout pour éviter de mourir de la peste mais on ne fait rien pour éviter de mourir du choléra. 

Le problème est là. Quand verrons-nous se tenir des conférences nationales et internationales pour l’étude du réchauffement du climat islamiste ? Quand mettrons-nous en place un GIEC-I ? Quand lancerons-nous des missions scientifiques dans les zones émettrices d’islamisme pour comprendre comment ce gaz à effet de serre est produitet comment on peut détruire ses sources ? A quand la première COP sur l’islamisme ?

Avez-vous le sentiment que dans une certaine mesure votre Lettre d’amitié, de respect et de mise en garde aux peuples et aux nations de la terre a été entendue ?

Je n’attendais pas qu’elle soit entendue. J’espérais seulement qu’elle soit lue. Ce qui me gêne, c’est le silence du secrétaire général de l’ONU. Je l’ai adressée sous son couvert aux peuples et aux nations de la terre. Je lui ai envoyé un exemplaire de cette lettre. Figurez-vous que lui qui est en charge des problèmes soulevés dans ma lettre n’a même pas pris la peine d’en accuser réception. Il a pourtant un gigantesque bureau d’ordre à son service. Je suis un peu désespéré. Si le chef de l’ONU ne réagit pas aux alertes qu’il reçoit, comment voulez-vous que le lecteur lambda le fasse ?

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