Nupes et islamo-gauchisme : des questions se posent

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ARTICLE. Après sa tribune dans le JDD en date du 30 juillet où il dénonce un « troisième temps de l’antisémitisme », Michel Onfray s’est vu invectivé un peu partout dans les rangs de la Nupes. Plus facile de s’attarder sur le messager plutôt que sur le message. Pourtant, des questions se posent.

Nupes et islamo-gauchisme : des questions se posent

Une partie de l’extrême gauche cache aujourd’hui son antisémitisme sous un vernis d’antisionisme. C’est ce qu’a expliqué en substance Michel Onfray dans sa chronique dans le JDD, devenue objet de toutes les attentions dans les jours qui ont suivi. Cela s’appelle d’ailleurs l’« islamo-gauchisme », une appellation réfutée par l’extrême-gauche mais désormais plutôt bien documentée, notamment par les travaux de Pierre-André Taguieff.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Outrés qu’on puisse leur rappeler des faits d’histoire, quelques députés de la Nupes ont fait savoir tout le dégoût que leur inspirait Michel Onfray. Parmi eux, Louis Boyard, jeune député de 21 ans, qui n’a pas hésité à déclarer au micro d’Europe 1 : « Je me demande sincèrement quand est-ce que Michel Onfray a apporté quelque contribution utile au débat public. »

Les dizaines de milliers de Français qui ont suivi les conférences gratuites de son université populaire durant presque deux décennies et les millions de lecteurs de ses quelque 120 ouvrages (plus de 30 000 pages) devraient avoir une idée un peu précise de la réponse à cette question. Quant à la contribution au débat public de Louis Boyard, il faudra sans doute enquêter.

« Quand on parle d’apartheid vis-à-vis de ce qui se passe en Palestine, est ce que sincèrement vous pensez qu’on le ferait parce qu’on aurait quelques problèmes que ce soit vis-à-vis de nos compatriotes juifs ? », ajoute le député, sous forme prétendument rhétorique. À vrai dire, la question est légitime. Car s’il s’agit vraiment d’une « question des droits de l’homme », comme il l’ajoute par la suite, qu’en est-il de la Turquie, de l’Arabie Saoudite, de la Chine ou du Qatar ? Les ONG ne cessent de pondre des rapports alarmants à ce sujet concernant le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, sur lesquels on entend peu les députés de la NUPES.

« Et c’est là où je dis qu’il faut qu’il fasse attention à ce qu’il dit parce que l’antisémitisme, c’est un mot chargé d’une histoire lourde », ajoute le jeune député. En effet, et Michel Onfray en a proposé une rapide généalogie dans sa tribune, n’hésitant pas, par honnêteté intellectuelle, à montrer du doigt la pensée socialiste du 19ème siècle, dont il se revendique pour partie dans son versant libertaire.

De Chris Harman à Hassan Iquioussen

Car l’antisémitisme, souvent rattaché (et souvent à juste titre) à l’extrême droite est aussi une vieille antienne de l’extrême gauche (comme le montre Christophe Bourseiller dans sa Nouvelle histoire de l’ultra gauche). Mettre la focale sur Israël à l’extérieur et protéger les islamistes à l’intérieur est une constante d’un certain gauchisme.

Aucune organisation d’extrême-gauche au monde ne revendique bien sûr l’étiquette « islamo-gauchiste ». Il s’agit donc d’une désignation, généralement hostile. Est-elle pour autant abusive ? Pas sûr. Le terme a été forgé par Pierre-André Taguieff en 2002 dans La Nouvelle judéophobie, pour désigner « la nouvelle configuration tiers-mondiste qui se mobilise aux côtés de divers courants islamistes. »

Un fantasme ? Pas si l’on en croit Chris Harman, première grande figure de proue de cette idéologie. S’il n’utilise pas directement l’expression, il thématise cette position politique dans Le prophète et le prolétariat (1994). Le journaliste et militant politique dit explicitement que si les islamistes ne sont pas les alliés de la gauche révolutionnaire, une « unité d’action » sur des enjeux communs est pensable.

Harman pense la question de l’islam politique avec le prisme de la domination (cette rhétorique est aujourd’hui pleinement celle des wokes) : « Nous défendrons les islamistes face à l’État, nous serons également impliqués dans la défense des femmes, des gays, des Berbères et des Coptes contre certains islamistes. » Voilà qui fait beaucoup penser aux grands écarts des Insoumis qui défilent avec le CCIF au cri d’ « Allah Akbar » un jour, puis défendent, le lendemain, les LGBTQ+ et la liberté des femmes.

Difficile de prétendre que cette idéologie se serait évanouie, comme tant d’autres, dans vapeurs de brume du siècle des totalitarismes. Notamment à l’heure où la NUPES défend comme un seul homme, avec l’ensemble des mosquées proches des Frères musulmans, le prédicateur radical Hassan Iquioussen – sous le coup d’une procédure d’expulsion du territoire français momentanément suspendue par la justice – dont les déclarations misogynes et antisémites ont été exhumées d’Internet.

Dans une conférence de 2003 intitulée « La Palestine, histoire d’une injustice », l’imam qualifie les Juifs d’« avares et usuriers », « le top de la trahison et de la félonie ». L’islam des Lumières, sans doute ? Adepte lui aussi du « en même temps » il proclame dans la même conférence : « Nous n’avons rien contre les Juifs (…) par contre nous sommes antisionistes. » Tiens donc ! Il y a effectivement de quoi se poser des questions.

Auteur

La Rédaction. FRONT POPULAIRE

Publié le 8 août 2022

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