Vols, dégradations… Partout en France, la guerre de l’eau est là

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Depuis le début de la saison estivale, les dégradations se multiplient sur les bassins de stockage de l’eau. Des bassins privés sont également visés.

Dans certaines regions, des agriculteurs feraient fi des restrictions d'arrosage.
Dans certaines régions, des agriculteurs feraient fi des restrictions d’arrosage.© REMKO DE WAAL / ANP MAG / ANP via AFP

Le Point.fr (avec AFP)

Publié le 11/08/2022 LE POINT

Des vols d’eau, des champs irrigués en dépit d’interdictions, des piscines privées difficiles à contrôler… Le manque d’eau, longtemps vue comme une ressource inépuisable en France, exacerbe les tensions. « Cette année est vraiment exceptionnelle », relève un spécialiste du secteur de l’eau ayant requis l’anonymat. Dans le sud-est de la France, où il est implanté, les conflits autour de l’eau ne datent pas d’hier. Mais « aujourd’hui c’est exacerbé », assure-t-il.

Mi-juillet, 400 m3 d’eau destinée à la lutte contre les incendies étaient volés dans un bassin de rétention en Ardèche, département en « vigilance renforcée » sécheresse. Le coupable ? Un club de moto-cross voisin, venu la pomper « pour alimenter [sa] réserve à incendie et la sécurité du parking dans le cadre de l’organisation d’un festival », a expliqué à l’Agence France-Presse son vice-président, Roger Kappel.

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« Cette eau, pour moi, est un bien public », justifie-t-il. « Nous reconnaissons que nous n’avions pas vraiment le droit de le faire », et l’eau a été restituée. « C’est la première fois que ça nous arrive », assure le président de la communauté de communes du bassin d’Aubenas, Max Tourvieilhe. « C’est dangereux […], il n’y a pas une goutte d’eau qui est tombée depuis des mois, le préfet nous demande de réduire la consommation d’eau […] et, à côté de ça, on se permet de récupérer 400 m3 d’eau pour une utilisation privée ? Non, ça n’est pas possible ! » tonne-t-il.

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Des restrictions parfois ignorées

En Charente-Maritime, certains agriculteurs irriguent leurs cultures en faisant fi des limitations, s’insurge l’ONG France Nature Environnement (FNE). « Une minorité d’agriculteurs enfreint les arrêtés d’interdiction d’irrigation et met en danger une ressource précieuse, un bien commun, l’eau », dénonce-t-elle, s’appuyant sur un courrier de l’association des irrigants de Poitou-Charentes. La France métropolitaine connaît une sécheresse historique, signe du changement climatique. Il n’est tombé que 9,7 mm de pluie en juillet, un déficit de précipitations d’environ 84 % par rapport aux normales de la période 1991-2020, selon Météo-France.

Fin juillet, dans les Vosges, ce sont cinq habitations de Gérardmer qui ont retrouvé leurs jacuzzis éventrés. En guise d’explication, les auteurs de ce vandalisme ont laissé un message : « L’eau, c’est fait pour boire. » Ces dégradations sont intervenues quelques jours avant que la ville vosgienne ne soit obligée de devoir pomper l’eau de son lac pour assurer l’approvisionnement en eau potable aux administrés.

Début août, c’est un bassin de récupération d’eau qui a été vandalisé dans la région vendéenne. Dans la nuit du 8 au 9 août, les bâches des réservoirs de Pouillé et Nalliers ont été déchirées. Si aucune organisation ou association n’a officiellement revendiqué cet acte, ces « bassines » sont critiquées pour être le symbole d’une mauvaise gestion des ressources en eau et d’une consommation trop importante de la part des agriculteurs. Conséquence, la cadence des patrouilles des forces de l’ordre a été augmentée.

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« Il va falloir partager » l’eau

« On découvre que cette eau que l’on pensait inépuisable est rare, elle va devenir de plus en plus rare à certaines périodes de l’année et il va falloir la partager », commente Thierry Burlot, président du Comité de bassin Loire-Bretagne, sur France Culture. La totalité des départements de France métropolitaine est en vigilance sécheresse, avec 22 départements en alerte renforcée et 68 en crise. En cas de pénuries d’eau, quatre niveaux existent : vigilance, alerte, alerte renforcée, crise, avec des restrictions de plus en plus fortes, qui touchent aussi bien les particuliers, les agriculteurs et les industriels.

« On veut réduire les prélèvements pour qu’il y ait moins de pression par les activités humaines et maintenir suffisamment d’eau pour les usages les plus importants (eau potable, salubrité, santé, sécurité) », explique à l’AFP Agnès Ducharne, chercheuse au CNRS. Mais « on est à l’os en termes de ressources en eau : le gâteau se réduisant, les conflits s’aiguisent et donc ça pose la question de la légitimité des usages […], de l’équité de traitement entre les groupes sociaux », analyse Sylvain Barone, chargé de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), sur France Culture.

Concrètement, comment expliquer à une personne âgée qu’elle ne peut pas arroser son potager vivrier en journée quand une partie des golfs et des terrains de foot le sont ? s’interroge le spécialiste du secteur de l’eau. Il cite aussi les piscines privées de riches résidences sur le littoral de Provence-Alpes-Côte d’Azur difficiles à contrôler et dont les propriétaires « se fichent de la facture d’eau » ou des municipalités touristiques en bord de mer attachées à leurs platebandes fleuries quand de petits villages de l’arrière-pays « jouent le jeu ».

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Des greens de golfs toulousains endommagés

Dans la nuit de mercredi à jeudi, deux golfs ont – justement – été endommagés, dans la région de Toulouse. Selon toute vraisemblance, un collectif d’écologistes est à l’origine de ces dégradations. Dans un contexte de sécheresse, « l’arrosage des greens, parcours et départs de golfs est autorisé par dérogation en raison du coût d’entretien de ces terrains très luxueux », dénonce le collectif écologiste Kirikou dans un communiqué. « Ce trou a été bouché, car son utilisation ne s’alignait pas avec le maintien d’un monde viable », pouvait-on lire sur une des pancartes placées sur un des deux parcours.

Le directeur du golf de Garonne, Nicolas Astier, envisage de porter plainte. « Ce sont des personnes qui ne sont pas bien renseignées sur nos consommations d’eau : on n’arrose que les greens, c’est une surface qui ne représente que la moitié d’un terrain de football », déplore-t-il.

« Il faut faire en sorte que les plus gros consommateurs fassent les plus gros efforts », plaide-t-il. Face à une eau devenue denrée plus rare, « cela va nécessiter des compromis », ainsi qu’une gestion de l’eau « tout au long de l’année » et plus seulement l’été pendant les pénuries, fait valoir Thierry Burlot.

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