Pauvre France : c’est parce qu’ils l’aiment qu’ils la quittent !

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Marie Delarue 11 août 2022. BOULEVARD VOLTAIRE

 

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Il paraît qu’Edgard Quinet, cette grande figure du XIXe siècle, disait que « le véritable exil n’est pas d’être arraché de son pays, c’est d’y vivre et de n’y plus rien trouver de ce qui le faisait aimer ». Nous sommes aujourd’hui nombreux à nous sentir « en véritable exil » et ceux qui le peuvent – s’ils en ont encore l’âge et les moyens – choisissent de plus en plus souvent d’ajouter l’exil géographique à l’exil intérieur.

Plus proche de nous que M. Quinet, un couple de quadras et leurs trois enfants ayant quitté Paris pour le 9-3, puis le 9-3 pour le Québec, me confiait récemment : « Avant, on quittait la France pour découvrir autre chose, faire un bout de vie ailleurs ; aujourd’hui on s’enfuit ! »

Voilà longtemps qu’on le dit et qu’on se fait honnir pour cela : la France se vide par le haut et se remplit par le bas. Diplômés, entrepreneurs et entreprenants, retraités aisés… Ce sont « ces Français qui s’exilent parce qu’ils ne reconnaissent plus la France », pour reprendre le titre d’un papier du Figaro de mercredi. Une republication, pour être exact, car ce papier est initialement paru le 11 mai et fait partie des plus lus de cette année.

Les « fuyards » sont pourtant des gens bien installés dans l’existence, mais « ils ne reconnaissent plus la France. Celle de leur jeunesse ou celle que leur racontent leurs parents ». Quand le menu quotidien se décline en « agressions, cambriolages, incivilités, trafics, montée du communautarisme, mais aussi « fracture de la société », ou « cancel culture » qui fait table rase de leur passé… », quel choix reste-t-il ? La « soumission » décrite par Houellebecq ou l’exil.

Jérôme Fourquet, directeur du département opinion à l’IFOP, pointe là « l’une des conséquences de la mondialisation ». Les motivations de ces nouveaux exilés sont diverses, dit-il. Elles sont « économiques, fiscales, et puis aussi des questions de qualité de vie, de sécurité, d’identité ». Et de relever que « typiquement, dans certaines destinations touristiques comme Bangkok, Manille, Miami ou Lisbonne, on remarque un vote Zemmour très supérieur à sa moyenne nationale : le vote d’une petite communauté française plus ou moins âgée, expatriée par dépit, qui pense que notre pays fout le camp »

Dans les destinations de ces exilés d’un nouveau genre, il faut ajouter la Hongrie après qu’Orbán eut déclaré, en 2017 : « Nous laisserons entrer, évidemment, les vrais réfugiés : les Allemands, les Néerlandais, les Français, les Italiens, les politiciens et les journalistes terrorisés. Des chrétiens contraints de fuir leur pays, qui veulent retrouver chez nous l’Europe qu’ils ont perdue chez eux. » Dont acte, nous dit Le Figaro à qui une famille de Français exilés confie : il y a près d’eux « des Italiens, des Néerlandais, des Allemands, des Autrichiens. Quatorze familles étrangères ayant quitté leur pays pour les mêmes raisons. Dont des amis qui se sont fait cambrioler neuf fois en Seine-et-Marne… C’est malheureux, car nous étions les « forces vives » de la France, et vous, vous récupérez des gens qui ne sont intéressés que par les allocs. »

La première à quitter la France est d’ailleurs la communauté juive : selon l’enquête de la Fondapol, « 46 % d’entre eux ont déjà envisagé de quitter la France », et pas à cause d’une menace d’extrême droite que le ministre Dupond-Moretti se plaît à agiter comme un épouvantail dans ses numéros d’effets de manche à l’Assemblée. Ils sont ainsi 3.500 à avoir fait leur alyah, en 2021.

Cela inquiète-t-il le gouvernement ? Il ne semble pas. Ces gens-là sont les artisans du monde qui se profile, où il n’y a plus « ni industrie, ni pêche, ni agriculture », comme le souligne Jérôme Fourquet. À la France d’autrefois se substitue « une économie du flux et du tourisme […] Une France de hangars, de camions et de destinations. Amazon et Airbnb, caristes, livreurs et chambre d’hôtes ». Une France pour des bobos aisés qui vivent entre bars à tapas et pistes cyclables, bien loin des quartiers qui n’ont plus de français que le sol.

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