En Serbie, la fronde contre l’EuroPride gagne du terrain

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Ce dimanche, des dizaines de milliers d’habitants de Belgrade ont défilé contre cet événement qui attirera des membres de la communauté LGBTQ+ de toute l’Europe du 12 au 18 septembre.

Par Thibaut Prodhomme. Valeurs actuelles

Publié le 19 août 2022

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Ce dimanche 14 août, environ 50 000 personnes sont descendues dans les rues de Belgrade, en Serbie, pour protester contre l’« EuroPride », événement LGBTQ+ qui se déroulera dans la capitale du 12 au 18 septembre. Les marcheurs y ont chanté des hymnes orthodoxes et des chants patriotiques en portant des croix, des icônes et des drapeaux. « Ne touchez pas à nos enfants » et « non à l’occupation », pouvait-on entendre au sein du cortège. Cette « EuroPride » sera la première en Europe de l’Est, une région où les organisateurs dénoncent des discriminations homophobes.

Dans une vidéo publiée jeudi 11 août sur YouTube, l’évêque Nikanor Bogunović du diocèse de Banat, dans le nord-est de la Serbie, s’adressait à une assemblée de fidèles, tout en donnant bénédiction à son clergé de participer à la manifestation de Belgrade de ce dimanche. Une intervention qui n’a pas manqué de créer la polémique. Il a fermement condamné l’EuroPride comme étant blasphématoire et constitutif d’une profanation de la Serbie, pays à 90% de confession chrétienne orthodoxe.

Les participants à cet évènement viennent pour exhiber et profaner la ville de Belgrade, la ville sainte serbe

Son discours n’a été pas tendre avec l’événement LGBTQ+, blâmant vivement ses participants qui, selon lui, « viendraient à Belgrade pour exhiber et profaner la ville de Belgrade, la ville sainte serbe ». Avant de poursuivre : « Nous nous lèverons tous contre, à commencer par moi. »  Sa diatribe s’est conclue par des propos assez explicites, révélateurs de la tension qui règne dans le pays sur cette question sensible : « Je jetterai l’anathème sur tous ceux qui participent ou organisent une telle chose. C’est tout ce que je peux faire. Si j’avais des armes, je les utiliserais, mais je n’en ai pas. »

La directrice de programme de l’Initiative des jeunes pour les droits de l’homme (YIHR), Sofija Todorovic, a dénoncé des propos constituant une « menace directe » pour tout un groupe d’individus. « Une fois de plus, nous sommes témoins que les évêques et les chefs de l’église traitent de choses qui ne relèvent pas de leur autorité, mais d’une manière qui menace en fait directement un certain groupe, dans lequel il y a probablement un grand nombre, entre autres, de croyants », a-t-elle déclaré au média Balkan Investigative Reporting Network.

Cette déclaration représente un discours de haine ouverte à l’égard de la communauté LGBT

« De cette manière, les responsables de l’Église orthodoxe serbe abusent de la position et de la légitimité qu’ils ont auprès des citoyens serbes croyants, afin de diffuser des idées discriminatoires et qui, en fin de compte, déshumanisent complètement un groupe de personnes », a poursuivi Sofija Todorovic. Le directeur de Civil Right Defenders Europe, Goran Miletic, a quant à lui déclaré au quotidien serbe Kurir que cette déclaration traduisait « un discours de haine ouverte à l’égard de la communauté LGBT, mais aussi des Croates et du Premier ministre [gay] de Serbie ».

Cet évêque, qui dirige le diocèse de Banat depuis 2003, s’était fait connaître pour ses déclarations provocantes en avril 2020 concernant la pandémie de Covid-19. Alors que la Serbie était en état d’urgence et que les services religieux étaient limités, Mgr Nikanor avait exhorté les croyants à se rendre à l’église car « c’est le meilleur hôpital et le plus curatif et si quelqu’un qui vous conseille, même si c’est un patriarche serbe ou un évêque, qu’il ne peut y avoir que cinq personnes dans l’église, soit il n’a pas de religion soit il sert un autre service ». L’homme d’église avait conclu son appel par ces mots : « Le saint sacrement de la communion, c’est le meilleur médicament ! »

Cette marche intervient contre la Serbie dans l’Union européenne, contre les sanctions visant la Russie, contre les valeurs occidentales…

Côté politique, la marche de protestation de dimanche dernier a été dénoncée par le militant d’opposition Dragan Sutanovac, ancien chef du Parti démocrate et ex-ministre de la Défense, qui prône désormais l’adhésion de la Serbie à l’OTAN. Il a considéré que cette marche intervenait « contre la Serbie dans l’Union européenne, contre les sanctions visant la Russie, contre les valeurs occidentales, afin que la Serbie puisse devenir tchétchène et talibanisée ». Les autorités serbes ont reçu lundi une demande officielle d’annulation de l’EuroPride pour raisons de sécurité sans se prononcer pour l’instant. Selon l’ONG « La Serbie droite », qui a déposé la pétition, le défilé de la fierté prévu notamment le 17 septembre mettrait en danger la moralité publique et augmenterait le risque de violence, de destruction et de troubles à grande échelle.

Le président serbe Aleksandar Vucic, issu du Parti progressiste, a pour sa part réprimandé la manifestation contre l’EuroPride qui s’est tenue à Belgrade dimanche dernier et à laquelle seulement « 4 650 personnes ont participé » selon lui. Ce « rassemblement familial a été organisé par une personne condamnée pour violence domestique », a-t-il même affirmé, ajoutant que « des personnes condamnées pour trafic de drogue étaient également présentes » dans le cortège. Sur le fond, le chef de l’Etat a reconnu que si le gouvernement autorisait la tenue de l’EuroPride, les orthodoxes dénonceraient des « autorités gay-friendly », alors que si l’évènement venait à être annulé, les progressistes blâmeraient l’absence d’Etat de droit. La prochaine manifestation « anti-Pride » est prévue le 28 août.


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