Excision, repassage des seins, infibulation… La grande importation des mutilations sexuelles féminines en France

Par Steve Tenré. LE FIGARO

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Des migrantes africaines, à Calais (photo d'illustration).

Des migrantes africaines, à Calais (photo d’illustration). PHILIPPE HUGUEN / AFP

ENQUÊTE – Une partie de ces femmes mutilées, originaires d’Afrique et ayant subi la pression de leurs pairs, reproduisent le schéma communautaire en forçant leurs filles françaises à l’excision.

125.000. C’est le nombre hors-norme de femmes excisées, infibulées ou cautérisées au niveau des parties génitales, vivant en France, d’après une estimation gouvernementale déjà vieille de dix ans. Elles n’étaient «que» 60.000 au début des années 2000. La statistique, passée du simple au double en une décennie, serait aujourd’hui largement dépassée . Sur le terrain, les acteurs en sont en tout cas persuadés.

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À l’hôpital de la Conception, à Marseille, le docteur Cohen-Solal, gynécologue, s’occupe chaque semaine de «cinq à dix nouvelles femmes mutilées sexuellement». «C’est une vague qui ne s’arrête jamais depuis déjà quatre à cinq ans», détaille-t-elle auprès du Figaro. Même son de cloche pour la docteur Sylvie Abraham, chirurgienne spécialisée dans la reconstruction intime, située dans le 16e arrondissement de Paris: «Je vois de plus en plus de mutilées. Au départ, ces femmes ne consultent pas toujours pour ça, et ne savent même pas qu’elles ont été amputées…»

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La cause de cette explosion? L’intensification des flux migratoires venus d’Afrique, et la «féminisation» des immigrés débarquant en France, assure le docteur Cohen-Solal. Sur les tables d’opération, les femmes venant réparer leur appareil génital ont effectivement toutes le même profil: elles sont âgées de 15 à 55 ans, ont été forcées à une mutilation par leur famille proche et éloignée, et sont originaires du Sénégal, de Côte d’Ivoire, du Mali, du Cameroun, du Burkina Faso ou de Guinée. À titre d’exemple et selon une étude de Santé publique France, 34% des femmes nées en Côte d’Ivoire entre 1990 et 1996 ont été mutilées sexuellement, et ce pourcentage monte à 58% au Burkina Faso, 83% au Mali et même 97% en Guinée (qui figure dans le top cinq des pays de provenance des primo demandeurs d’asile en France, selon le ministère de l’Intérieur).

Plus de 38.000 Françaises mutilées

Les femmes consultant souffrent toutes d’une excision, autrement dit l’ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, ou d’une infibulation, soit le rétrécissement de l’orifice vaginal par la création d’une fermeture. Quelques rares cas de repassage des seins ont également été rapportés au Figaro: pour freiner le développement de la poitrine de jeunes filles, des objets brûlants tels que des spatules ou des louches sont frottés sur leur buste. Et ce, dans l’optique de respecter la tradition, qui se transmet de génération en génération.

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«Le repassage des seins reste toutefois anecdotique chez les Françaises mutilées», témoigne Sylvie Abraham. Car si la majorité des victimes d’excision vivant en France sont des immigrées de première génération, et donc étrangères, une partie d’entre elles sont leurs filles, Françaises et nées dans l’hexagone. Ces dernières représenteraient plus de 38.000 des 125.000 femmes mutilées. Et d’après la Haute autorité de Santé, entre 12 et 20% des mineures, dont la famille est originaire de pays où l’excision est pratiquée, sont menacées, en France, d’une mutilation.

Ces statistiques supposent une opération clandestine sur le territoire national, alors qu’exciser est puni de 10 à 20 ans d’emprisonnement, selon que la victime est mineure ou majeure. Interrogées, des sources policières assurent au Figaro qu’il n’existe pas de «réseaux» d’exciseurs opérant en France. «Du moins, pas officiellement, puisqu’on ne nous alerte que de cas isolés par le biais de signalements au procureur», nous indique-t-on. «Il y a quelques années, des exciseuses pratiquaient pour 1000 euros l’opération dans le quartier de Barbès», dans le 18e arrondissement de Paris, se souvient le Dr Sylvie Abraham. Et d’affirmer: «Désormais, les excisions ne se font plus en France, mais au pays.»

Excisées pendant les vacances d’été

Pour contourner la loi française, les familles «envoient se faire exciser leurs filles en Afrique, où vivent les grands-parents ou les grands-tantes, durant les vacances scolaires d’été», nous précise Ghada Hatem-Gantzer, fondatrice de l’association spécialisée la Maison des femmes, à Saint-Denis.

Dans certains quartiers, majoritairement concentrés en Île-de-France, en Auvergne-Rhône-Alpes, en Nouvelle-Aquitaine et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, ce type de voyages est fréquent. Ils s’inscrivent même «dans la norme» de plusieurs communautés, d’après l’expérience personnelle de l’élue de Meaux Saly Diop, arrivée en France à cinq ans et excisée à l’âge de trois mois au Sénégal. À la cité Beauval de Meaux, où elle a vécu toute sa jeunesse, Saly Diop n’a «cessé d’être confrontée à cette pratique importée, fruit de populations peu éduquées, avec peu d’études, mais persuadées de faire le bien». Nombre de ses amies, adolescentes à l’époque, ont été envoyées au pays «sans même être mises au courant de l’objet du voyage, affirme l’auteur d’Imani (éditions Michalon). Et je constate que cela continue encore aujourd’hui…»

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Ce fut le cas de Maria*, qui n’oubliera jamais ce jour de juillet 2010. Accompagnée de ses parents et de sa grande sœur, la jeune fille de 10 ans part retrouver sa «mémé» en Guinée, dans un petit village du littoral. «On avait hâte d’y aller pour profiter de la mer et du sable fin – je me souviens avoir dit à ma sœur qu’on rendrait jalouses nos copines…», confie Maria au Figaro. Les deux sœurs ne se doutent de rien. Une semaine de vacances plus tard, elles sont emmenées, peu après le dîner, près d’un cabanon à l’orée de la localité. Maria est invitée à entrer avant sa sœur. «À côté de ma grand-mère, deux inconnues m’attendaient. Sur leur demande, je me suis déshabillée et allongée sur le divan… Je croyais que j’allais recevoir un soin pour la peau. Puis j’en ai vu une saisir un petit couteau à la lame recourbée.» Maria prend peur, réclame une explication, commence à s’agiter. Pour l’empêcher de se débattre, sa «mémé» lui saisit les tibias et l’une des inconnues lui écrase la poitrine et les bras. La troisième femme, elle, «découpe sans prévenir». «Je n’arrêtais pas de hurler», témoigne Maria. Plusieurs minutes de douleur plus tard, la jeune adolescente se relève et retrouve sa sœur qui patientait dehors. «Je n’ai ni eu la force de la prévenir, ni eu la force d’attendre que son tour passe. Depuis les faits, on n’en a jamais reparlé, même avec mes parents…»

« Ma mémé m’a saisi les jambes pendant qu’une exciseuse me découpait. Je n’arrêtais pas de hurler. »Maria, excisée à l’âge de 10 ans lors des grandes vacances scolaires.

L’histoire de Maria n’en est qu’une parmi les quelques centaines que recueillent chaque année les associations spécialisées du Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles (Gams) ou Excision Parlons-En. Mais ces récits n’en finissent pas d’ulcérer les spécialistes, qui s’étonnent de la pérennité de ces pratiques, même en Afrique. «L’excision est interdite dans quasiment tous les pays d’Afrique, du Soudan au Tchad en passant par la Côte d’Ivoire et le Sénégal, avance Ghada Hatem-Gantzer. Mais la loi n’est absolument pas respectée, car la police n’intervient pas, et encore moins dans les villages.» L’excision se pratique effectivement peu dans les villes, mais plutôt sur le terrain d’ethnies francophones pour qui la pratique est une tradition «plurimillénaire».

Maintenir l’honneur familial et éviter le châtiment divin

Chez les Soninkés, une ethnie issue du Mali et du Sénégal qui représentait 70% de la population subsaharienne immigrée en France dans les années 1970, l’excision est souvent considérée comme une condition sine qua non pour accéder au mariage – souvent forcé -, comme le confirme Saly Diop, née et élevée dans cette communauté. «Quand une femme se mariait et n’était pas excisée, elle subissait parfois l’opération la veille ou le jour même», raconte-t-elle. Chez l’ethnie malienne des Dogons, le clitoris est perçu comme un organe masculin qu’il faut couper. Pour les Nubiens, au Soudan et dans le sud de l’Égypte, le clitoris symbolise l’appétit sexuel de la femme: le retirer est un moyen de préserver la chasteté, comme l’affirmait la chercheuse du CNRS Alice Nicole Sindzingre dans Cahiers d’études africaines . Dans d’autres communautés, le clitoris mettrait en danger le pénis de l’enfant à naître, serait impropre ou menacerait la famille d’un châtiment divin, selon l’argumentaire des familles, qui invoquent en grande pompe leur religion, et notamment un islam radical. «Pourtant, ni le Coran, ni la Torah, ni la Bible évoque la nécessité d’une mutilation», reprend Ghada Hatem-Gantzer.

L’excision est surtout pratiquée en Afrique de l’ouest et en Asie du sud-est, selon cette carte de l’association Excision Parlons-En. Association Excision Parlons-En.

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Globalement, l’excision est un rite de passage visant à «préserver l’honneur familial», et contrôler la liberté sexuelle des femmes afin de les «soumettre» et les «rendre fidèle aux hommes», au même titre que les certificats de virginité, nous indique-t-on. Pour autant, la pratique n’est pas que l’affaire du sexe masculin: elle est même largement perpétuée par les femmes de la famille. «L’emprise de la coutume est telle que les mères, grands-mères et grands-tantes ne souhaitent qu’une chose: que leurs filles soient aimées et intégrées au sein de la communauté», détaille le Dr Cohen-Solal. En refusant l’excision, elles peuvent être «mises au ban» dans les quartiers, soumises au chantage, harcelées et traitées de «traînées» par les grands-frères et les amis, nous explique-t-on. «Nous sommes dans des communautés où l’individu ne vaut pratiquement rien par rapport au groupe», ce qui entraîne une pression sociale constante, abonde Saly Diop.

La crainte de voir sa fille enlevée

Seule la volonté de certaines mères, opposées à reproduire le traumatisme qu’elles ont subi, peut sauver l’intégrité de leurs enfants. «De nombreuses mamans de nouvelles générations vivent dans la peur de voir leur fille enlevée par la famille élargie, et être mutilée au pays», explique l’élue de Meaux, qui évoque d’importants risques sanitaires après l’excision, allant des perturbations urinaires à l’obligation d’une césarienne lors de l’accouchement, en passant par l’hémorragie. Saly Diop, elle, a dû être hospitalisée en psychiatrie par deux fois lorsqu’elle a découvert sa mutilation à 17 ans. Et de préciser que, même après une chirurgie reconstructrice, le plaisir sexuel peut ne jamais réapparaître.

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Alors, pour lutter contre les dogmes communautaires, les mères, et parfois les pères, vont jusqu’à menacer la famille d’actes de violence. Quitte à s’éloigner de ses membres et briser le lien familial. «De notre côté, on est obligé de montrer les dents, reprend Ghada Hatem-Gantzer. Dans les centres de planification, on examine les petites filles avant et après les vacances, et on prévient que les parents seront condamnés si elle revient excisée.» Une mesure qui peine à toucher l’ensemble des migrantes et de leurs filles françaises.

Joints pour savoir si des moyens légaux étaient actuellement étudiés pour endiguer le fléau de l’excision en France, les principaux partis politiques à l’Assemblée nationale (La France insoumise, le Rassemblement national, Renaissance…) n’ont pas répondu aux sollicitations du Figaro. Toutefois, une proposition de loi, déposée en septembre 2021 et portée par divers députés Républicains comme Éric Ciotti ou Fabien di Filippo, prévoit la création d’un rapport annuel détaillé sur «le nombre de victimes» d’excision et sur «le bilan de l’activité judiciaire» en France. La proposition n’a pour l’heure pas abouti.

*Le prénom a été changé

JE ME DEMANDE CE QU’ELLES ONT A DIRE LA DESSUS, CES CHERES CLEMENTINE AUTIN ET SANDRINE ROUSSEAU QUI TROUVENT LE BARBECUE TROP « MACHO »…….

Artofus

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