Vols, insalubrité, saccages… Les heures sombres du Champ-de-Mars…

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ENQUÊTE. Les abords de la tour Eiffel, très fréquentés par les touristes, cristallisent l’inquiétude. Les associations de riverains sonnent l’alarme.

Par Antoine Boitel (avec Nicolas Bastuck) LE POINT

Publié le 07/09/2022 à 12h32 – Modifié le 07/09/2022 à 15h34

Une nuit d’été,  sur les pelouses du Champ-de-Mars , dans le 7 e arrondissement de Paris. Il est 22 heures passées, le thermomètre affiche toujours 26 °C et les pique-niques sont copieusement arrosés d’alcool. Sous les effets cumulés de la canicule et de la foule, le gazon, brûlé et piétiné, a triste mine. Il faut slalomer entre les vendeurs à la sauvette et les milliers de personnes présentes sur le site pour se frayer un chemin. Ce soir encore, le monde entier semble s’être donné rendez-vous pour voir scintiller la tour Eiffel. Deux ans avant les JO de Paris, la Dame de fer s’offre le vingtième lifting de son histoire ; un décapage en règle avant de s’appliquer une peau mordorée plus conforme aux vœux de son architecte, Gustave Eiffel. Tendus au premier étage, des filets forment une structure arachnéenne assez inesthétique pour protéger les visiteurs des éventuelles chutes d’outils et de débris.

Aux abords de l’enceinte vitrée et des grilles anti-attentats installées en 2018 autour des quatre piliers, épis de maïs et brochettes de poulet au curry grillent sur des braseros calés dans des chariots de supermarché, exhalant des fumets exotiques. Des vendeurs d’alcool proposent les flacons (bière, rosé…) qu’ils ont cachés toute la journée sous des plaques d’égout ou dans des buissons infestés de  rats . Derrière cette muraille transparente qui, selon un riverain, « empêche les visiteurs de déambuler librement sous les jambes de la grande dame », on aperçoit des conteneurs à ordures, des cartons éventrés et des bâtiments de chantier.

Délinquance. 50 000 touristes fréquentent chaque jour le Champ-de-Mars, où leur tranquillité et leur sécurité sont de moins en moins assurées.

Situation « catastrophique ». En allant vers la Seine, les touristes se heurtent à une noria de tuk-tuks aux néons criards : des triporteurs électriques à pédales, souvent conduits par de jeunes hommes venus d’Europe centrale qui peuvent réclamer jusqu’à 80 euros aux touristes crédules pour une promenade furtive autour du quartier. À leurs risques et périls ! Parfois, ces véhicules faits de bric et de broc se renversent après avoir perdu une roue. Beaucoup circulent sur la voie publique sans autorisation.

Le conseiller de Paris délégué à la sécurité du 15e arrondissement (accolé au 7e), Nicolas Jeanneté, dresse un état des lieux désolé : « La sécurité du Champ-de-Mars est catastrophique. S’y côtoient les mineurs isolés liés aux mafias d’Afrique du Nord, les joueurs de bonneteau qui escroquent les gens, les vendeurs clandestins qui avaient disparu durant la pandémie et que l’on a vus revenir en force. » Le vice-président du groupe Changer Paris (LR et indépendants) insiste sur le poids des nuisances, pour les riverains.

Dans les sombres allées du parc, Hannes, un habitant de Stuttgart venu visiter la capitale avec sa fille et une amie de celle-ci, photographie les rats qui grouillent dans les buissons. Se sent-on en sécurité ici ? « Oh non, pas du tout ! », s’écrient les deux adolescentes. Un autre groupe d’Allemands s’interroge sur le sens des pétitions qui, en pleine nuit, circulent encore dans les allées. Deux jeunes femmes les ont alpagués avec un improbable « Speak english ? » avant de leur soumettre une liste de fausses signatures. L’en-tête du document appelle au don, évoquant une obscure association de soutien aux personnes handicapées. Certaines bonnes âmes leur glissent un billet, mais, si ces rabatteuses en ont l’occasion, elles soutireront le smartphone ou le portefeuille de leurs victimes en un tournemain, dissimulant leur larcin sous les formulaires.

« En meute ». Mais  la délinquance qui trouble le plus l’ordre public de ce parc ouvert de 24 hectares est le fait des  mineurs non accompagnés ou « mineurs isolés » – qui, « bien souvent, ne sont ni mineurs ni isolés », ironise le commissaire Lacombe, en poste dans le 7e. Ces derniers, majoritairement d’origine algérienne selon une source policière,  « travaillent » en bande, sous l’emprise de l’alcool, de psychotropes ou de drogues de substitution. Ils sont apparus dans le secteur après le premier déconfinement et se sont multipliés depuis le retour des touristes. Leur mode opératoire est basique : cibler les proies faciles avant de fondre sur elles en masse (« en meute », ose un policier). Le moment idéal est celui où les touristes se prennent en photo devant la tour Eiffel scintillante (à chaque heure fixe et durant cinq minutes, dès la tombée de la nuit). Les effets personnels laissés négligemment au sol disparaissent alors le temps d’un selfie ; les jeunes malandrins raflent tout ce qu’ils peuvent avant de disparaître dans le métro pour aller écouler leur butin à Barbès et dans les quartiers nord. Puis ils reviennent aux abords du Trocadéro pour y dormir, dans des planques aménagées le plus souvent autour de l’Aquarium de Paris.

Criminalité. Champ-de-Mars, dimanche 4 septembre, peu après minuit. Une bande agresse des vendeurs de tours Eiffel miniatures pour s’emparer de leur argent. 

« Bêtes sauvages ». Un policier raconte que plus le site est fréquenté, plus ces vrais-faux mineurs – certains le sont réellement, d’autres feignent de l’être – peuvent se montrer violents. Quand la nuit avance, la foule se fait plus éparse, les touristes encore présents s’alcoolisent eux-mêmes, poussant les délinquants à « aller au contact » armés de tessons de bouteille, selon les termes de la police. Des bagarres éclatent et « ces prédateurs peuvent alors se transformer en bêtes sauvages », raconte un fonctionnaire du secteur. Une commandante de police du 16e (l’arrondissement du Trocadéro) explique que les mineurs non accompagnés (MNA) s’automutilent lorsqu’ils sont en garde à vue, attendant d’être transportés vers un hôpital pour interrompre la procédure, espérant échapper aux poursuites. « Ces jeunes n’ont pas grand-chose à perdre, ils ont souvent des antécédents psychiatriques, et, quand ils se retrouvent dans nos geôles, on doit les surveiller constamment pour éviter qu’ils ne se fassent du mal à eux-mêmes ou n’en fassent à leurs complices », déplore-t-elle. Une policière de la brigade anticriminalité (BAC) a récemment eu le nez cassé lors d’une intervention avec un groupe de MNA. Les « misoles » (mineurs isolés), comme les surnomment aussi les policiers, peuvent commettre des vols par effraction dans les commerces alentour, cambrioler des appartements… Ces Pieds nickelés drogués se font le plus souvent cueillir grâce aux caméras de vidéosurveillance.

Phénomène troublant, révélateur d’un problème complexe : les vendeurs de boissons ou de tours Eiffel miniatures n’hésitent plus à aller au-devant des forces de l’ordre pour leur signaler la présence d’un de ces voleurs à la tire, afin de préserver leur business. Dans certains cas, ils neutralisent eux-mêmes le délinquant avant de le livrer à la police.

Guetteurs. Les joueurs de bonneteau qui occupent la place de Varsovie, la passerelle Debilly et les allées du Champ-de-Mars ont une spécialité : arnaquer le touriste. L’équipe est classiquement composée de cinq hommes et deux femmes ; ces complices (les « barons ») font mine de gagner – ou de perdre – quelques billets de 50 euros, mimant bruyamment la joie ou la déception tandis qu’un réseau de guetteurs scanne les environs. Ces derniers voient venir de loin les policiers en tenue, repérant aussi les « baqueux » (fonctionnaires de la BAC en civil). Certains se fondent dans la foule, déguisés en touristes ; d’autres arborent des tatouages et une musculature assortis à leur nez cassé. Écouteur à l’oreille, ils sont connectés en permanence aux barons. L’éviction de ces individus relève du travail de Sisyphe, tant il y a d’argent en jeu : dès qu’une « table » (un tapis au sol) est saisie, une autre vient la remplacer dans l’heure. Selon une source policière, on a vu des visiteurs, notamment asiatiques, perdre plusieurs milliers d’euros en quelques minutes, sans aucune chance de se refaire. Certains « pigeons » osent déposer plainte en prétextant un vol de portefeuille, mais la police comprend vite de quoi il retourne.

Alors, que fait la police ? Elle s’adapte autant qu’elle le peut, avec ses moyens, face aux incivilités auxquelles sont exposés les dizaines de milliers de visiteurs qui fréquentent chaque jour le Champ-de-Mars : violences, vols à l’arraché, escroqueries… Durant l’été, la Préfecture de police (PP) a mis en place un « plan tourisme » – qui doit prendre fin mi-septembre – et déployé de nombreux renforts d’unités mobiles (CRS et gendarmerie) autour des sites sensibles, à commencer par la tour Eiffel. De l’aveu de policiers rencontrés en patrouille dans les 7e et 16e arrondissements, ces unités apportent un peu d’oxygène aux fonctionnaires en place, parfois démunis pour sécuriser une aire géographique aussi fréquentée avec un seul équipage de trois personnes. À ces unités, il faut ajouter les compagnies d’intervention, la BAC de nuit et les brigades à vélo.

Contagion. Les dégradations et les risques ont franchi la Seine et gagné l’esplanade du Trocadéro.

Le Champ-de-Mars en six dates

1765 Après la construction de l’École militaire, les anciennes cultures maraîchères de l’actuel Champ-de-Mars deviennent champ de manœuvres.

1790 Le 14 juillet, la fête de la Fédération célèbre le premier anniversaire de la prise de la Bastille.

1791 Une pétition lancée par le club des Cordeliers, réclamant la déchéance du roi, attire plusieurs milliers de personnes. Bailly, maire de Paris, ordonne à la garde nationale de tirer sur la foule (50 morts).

1804 Au lendemain de son couronnement, Napoléon Ier procède à la distribution des aigles, symbole de l’Empire, aux chefs de ses armées.

1889 Lors de l’Exposition universelle de Paris, la tour de Gustave Eiffel s’offre aux visiteurs.

1991 Le site est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco (Paris, rives de la Seine).

Opérations spéciales. En lien avec le commissariat du 16e, la sous-direction de la lutte contre l’immigration irrégulière de la PP a réalisé en juin un beau coup de filet qui a permis de mettre sous les verrous une dizaine d’individus qui exploitaient les prétendus « mineurs isolés » autour du Trocadéro ; ils seront jugés pour « traite d’êtres humains ». S’est ensuivi un net recul de la présence des MNA dans le quartier, mais des sources policières évoquent déjà une recomposition progressive du phénomène autour de la tour Eiffel.

« On vide l’océan à la petite cuillère », soupire un policier. Aux côtés de deux patrouilles à pied, nous assistons au ballet incessant des vendeurs à la sauvette qui, à l’approche des agents, ramassent leur marchandise de fortune dans un drap avant de redéployer leur étal au même endroit dès que ces derniers ont tourné le dos. Ces vendeurs sont parfois interpellés, mais ce n’est pas systématique. Chaque aller-retour au commissariat mobilise trois personnes, autant de forces perdues sur le terrain. « L’objectif, résume le commissaire Vallot, du 15e arrondissement, est de permettre une visite de qualité aux touristes. C’est pourquoi il faut maintenir une présence sur place aussi importante que possible. » Selon les chiffres communiqués par la Préfecture de police, les patrouilles de l’été 2022 ont été renforcées de 20 % par rapport à l’été précédent.

La PP met également en place des opérations spéciales pour cibler les nuisances de façon ponctuelle et répétée. Ainsi, au 20 juin 2022 – dernières statistiques disponibles -, 1 408 interpellations visant les vendeurs à la sauvette avaient été répertoriées – contre seulement 130 sur toute l’année précédente. Aucune interpellation d’arnaqueurs au bonneteau n’avait été réalisée en 2021 alors que 159 l’avaient été à la mi-juin. La Préfecture de police indique également que 12 tonnes de produits de vente à la sauvette ont été détruites cette année dans le secteur de la tour Eiffel, contre 278 kilos en 2021.

Ras-le-bol. La mairie de Paris, de son côté, met l’accent sur « l’action de la police municipale », qui patrouille sur le site « une ou deux fois par jour », parfois « en opération conjointe avec la police nationale ». La maire, Anne Hidalgo, n’a pas souhaité s’exprimer, laissant à ses services le soin de répondre au Point par le biais d’un communiqué signé de la Ville de Paris. « La police municipale se concentre sur le maintien de la tranquillité publique par une présence rassurante, en faisant de la prévention vis-à-vis des touristes et en luttant contre toutes sortes de problématiques (bonneteau, vente à la sauvette, tuk-tuk…) », précise-t-il.

Cristina, gardienne d’immeuble avenue Élisée-Reclus, parallèle au Champ-de-Mars, n’est pas convaincue de la réalité d’une quelconque accalmie sécuritaire : « J’ai trouvé l’autre jour deux individus non-résidents dans notre immeuble. Je leur ai demandé ce qu’ils faisaient là en les menaçant d’appeler la police. Ils m’ont avoué qu’on les avait envoyés en repérage pour des cambriolages. » Constamment importunée par la présence d’inconnus qui forcent les entrées, elle avoue ne plus oser sortir son chien le soir dans les allées du Champ-de-Mars qui, « désormais, [lui] font peur ». Cristina déplore encore de voir l’arrière du buste du comédien Lucien Guitry (le père de Sacha) quotidiennement souillé. Tous les jours, elle va nettoyer la statue qui trône au coin de sa résidence. « J’aime toujours mon quartier, mais je ne le reconnais plus », se désespère la gardienne.

C’est également le cas de ce consultant, qui a fini par plier bagage et quitter le duplex qu’il occupait au bout de la rue de l’Université, se privant d’une vue imprenable sur la tour Eiffel qu’il avait à ses pieds. « Le quartier a totalement changé. Quand je m’y suis installé il y a trente-cinq ans, il y avait 1 million de touristes par an et mes enfants pouvaient circuler à vélo dans les allées du Champ-de-Mars ; ils sont aujourd’hui dix fois plus [L’Atelier parisien d’urbanisme estime même à 20 millions le nombre de visiteurs annuels du Champ-de-Mars, NDLR]. Je n’ai rien contre le tourisme de masse, mais, pour nous, ce n’était plus possible… » 

Arnaque. Les joueurs de bonneteau colonisent la place de Varsovie, la passerelle Debilly et les allées du Champ-de-Mars. Certains touristes peuvent perdre plusieurs milliers d’euros à ce jeu de triche organisée.

Huppé. La foule et l’insécurité n’ont pas dissuadé Jan Koum, cofondateur de la messagerie WhatsApp, de débourser il y a quelques mois la bagatelle de 70 millions d’euros pour s’offrir l’hôtel de Fleury, avenue Émile-Deschanel, à l’ombre de la Dame de fer. Dotée d’un jardin et d’une piscine intérieure, la demeure déploie ses fastes sur une surface de 600 m2, soit… plus de 100 000 euros le mètre carré, sans les travaux. Le prix à payer pour avoir le roi du Maroc pour voisin… En 2020, Mohammed VI s’est en effet offert dans la même artère, pour 80 millions d’euros, un pied-à-terre de 1 000 m2 – un hôtel particulier racheté à un membre de la famille royale saoudienne. On trouve aussi dans le quartier le siège d’entreprises de la tech telles que le géant du logiciel Salesforce (avenue Octave-Gréard). La famille Perrodo, qui a fait fortune dans le pétrole, y a élu domicile, de même que de riches Qatariens. Pas d’agents de sécurité privés visibles, aux abords de ces demeures rares. Mais, derrière les hauts murs hérissés de grilles en fer forgé, on aperçoit des caméras et des dispositifs d’alarme sophistiqués. Le Champ-de-Mars est aussi le quartier des ambassades. Parmi elles, celles de la République tchèque, d’Éthiopie, le centre culturel de l’ambassade d’Azerbaïdjan, concentrés sur l’avenue Charles-Floquet, la résidence de l’ambassadeur du grand-duché de Luxembourg (avenue Émile-Deschanel) et, un peu plus loin, rue de Presles et rue Jean-Rey, dans le 15e, les ambassades de Cuba et d’Australie. Tourisme de masse ou pas, le quartier reste l’un des plus chers de Paris. Récemment, un studio de 30 m2, au confort modeste mais situé au 3e étage d’un immeuble de grand standing, a trouvé preneur pour 945 000 euros, soit… 31 500 euros le mètre carré.

Ruse. Attention aux demandes de signature pour soutenir d’obscures associations ou autres appels aux dons : les escroqueries à la pétition se multiplient à l’encontre des passants crédules, qui peuvent être en douce délestés de leur portefeuille ou de leur smartphone.

« Idéologie de bisounours ». Il n’empêche : les contributeurs du hashtag #saccageparis, lancé sur Twitter, alertent depuis de nombreux mois sur la « dérive » d’un secteur dans lequel ils englobent le Trocadéro.  Ils déplorent la « concertation d’opérette » lancée à l’occasion du projet One Site, engagé par la municipalité et censé, selon la novlangue en cours, privilégier les « mobilités douces » et la « végétalisation », de la place de Varsovie, côté 16 e, jusqu’au pont d’Iéna, en direction de la tour Eiffel. Le projet de l’architecte-paysagiste américaine Kathryn Gustafson, sélectionnée en 2019 par la ville de Paris pour aménager les abords du monument, a pris  une tournure très antivoiture . Les associations de riverains s’inquiètent ainsi de l’insécurité que pourrait générer la piétonnisation du site. Un avis de l’Autorité environnementale a mis au jour certaines incohérences, dans ce projet adopté en 2018, dont la phase finale a été fixée à 2030 – avec une pause dans les travaux durant les JO de 2024 – mais dont les contours semblent de plus en plus flous. Dans une tribune publiée le 25 mai 2021 sur le site du Point, plusieurs personnalités – dont la députée européenne Nathalie Loiseau ou le comédien Guillaume Gallienne – rappelaient que l’opération One Site avait été rejetée à 90 % par les 6 000 Parisiens ayant participé à une consultation publique par voie électronique. Le conseiller de Paris Jean Laussucq (7 e arrondissement, dont la maire est Rachida Dati, LR, qui n’a pas non plus souhaité s’exprimer), s’alarme : « Quand on rend une rue piétonne, on sait très bien que ça peut entraîner de nouveaux phénomènes de délinquance. Anne Hidalgo est angélique et défend une idéologie de bisounours », dénonce-t-il, n’hésitant pas à parler de « tiers-mondisation du site ».

Pétition. Dans son communiqué, la mairie de Paris reconnaît le « trouble à l’ordre public » que constituent la « répétition » et l’« accumulation » d’infractions et se dit « tout à fait consciente de l’inquiétude des habitants et des maires d’arrondissement ». Mais, en insistant sur « la nécessité, par un travail approfondi d’enquête, de démanteler les réseaux qui organisent cette délinquance », l’Hôtel de Ville semble vouloir renvoyer la patate chaude à l’État en laissant entendre que le régalien – la sécurité publique, les enquêtes pénales, les poursuites judiciaires… – ne relève pas de sa compétence.

L’urbanisme, en revanche, fait partie de ses attributions. Le président de l’association Amis du Champ-de-Mars, Jean d’Izarny, s’arrête devant l’arbre auquel s’est suspendu en juin l’activiste écologiste Thomas Brail pour y entamer une médiatique grève de la faim. Les cordes sont encore visibles sur ce vénérable platane (l’équivalent de 700 nouvelles plantations en termes de dépollution, selon le Groupe national de surveillance des arbres) ; l’ancien élagueur en est redescendu après avoir obtenu la garantie qu’il serait sauvé. Une vingtaine d’arbres, parmi lesquels plusieurs centenaires, étaient menacés par le projet One Site qui, tout en prétendant « végétaliser » les abords de la tour, prévoyait d’y installer des boutiques, des bagageries à la journée et des bureaux pour les 340 employés de la Société d’exploitation de la tour Eiffel (détenue à 99 % par la ville de Paris). Après cette action spectaculaire, suivie d’une pétition (140 000 signatures) relayée par le hashtag #AuxArbresCitoyens, la maire de Paris, peut-être bousculée aussi par ses alliés écolos,

a promis qu’aucun arbre ne serait sacrifié. 

Risqué. Les tuk-tuks qui circulent dans le quartier ne sont pas toujours déclarés ni conformes aux règles de sécurité. Pour une balade succincte et brinquebalante, le touriste peut débourser jusqu’à 80 €.

Syndrome de Paris. Cela n’a pas suffi à calmer la fronde. L’élu d’opposition Jean Laussucq accuse la municipalité de « créer les conditions du désordre » avec sa « frénésie événementielle, pour combler sa dette » – 10 milliards d’euros, selon l’estimation de Capital. Les Amis du Champ-de-Mars s’insurgent eux aussi contre la « recherche de l’événementiel à tout prix » dans leur quartier. « D’abord, nous avons eu une fan zone horrible [lors de la coupe de l’UEFA en 2016, NDLR] ; puis est arrivé ce mur d’enceinte [autour de la tour Eiffel] qui casse totalement la perspective, depuis le Trocadéro jusqu’à l’École militaire, et repousse la petite délinquance sous les fenêtres des riverains tout en empêchant les Parisiens de pouvoir se promener librement », énumère son président. Jean d’Izarny cite aussi le Grand Palais éphémère, qui suscite des avis plus nuancés. Inauguré en juin 2021, ce bâtiment, qui accueille de nombreux événements culturels et sportifs, a été édifié sur l’emplacement du Mur pour la paix de l’artiste Clara Halter, démonté en 2020 sous la pression des riverains qui goûtaient peu son esthétique ; conçu par l’architecte Jean-Michel Wilmotte, il devrait notamment abriter, sous sa grande ossature en bois, le dojo des Jeux olympiques de 2024, avant d’être démonté à son tour.

L’auteur du compte Twitter Paname propre, qui a créé le hashtag #saccageparis, résume sa façon de voir : « La descente du Trocadéro jusqu’au Champ-de-Mars est la plus belle illustration du saccage de la capitale. Les Parisiens n’y vont plus parce qu’ils savent qu’en termes de sécurité c’est très aléatoire. » L’internaute s’interroge : « Comment les autorités peuvent-elles laisser faire ça ? C’est un mystère pour moi car la tour Eiffel est un emblème national et, pour de nombreux touristes, le rêve d’une vie. »

Décrit en 2004 dans la revue de psychiatrie Nervure, le « syndrome de Paris » évoque les troubles psychologiques rencontrés par certains touristes – notamment japonais – traumatisés par l’écart entre leur vision idéalisée de la capitale et ce qu’ils y voient dans la réalité. Le nombre de cas explosera-t-il avec la détérioration de l’un de ses sites les plus emblématiques ? §

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59 Commentaires

Par Maegashira37  le 07/09/2022 à 21:32

Proverbe chinois

Le poisson pourrit toujours par la tête 

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Par Nguyen trai  le 07/09/2022 à 21:31

Curieux…

Curieux de savoir combien de temps on peut refuser le voir la réalité, là et ailleurs……. Même si je crois que c’est déjà bien trop tard, là et partout en France. 

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Par Expendable  le 07/09/2022 à 21:04

Article connexe…

Lire ci dessous ce qui est écrit dans l’article juste en dessous de celui-ci. Le problème est là : 

« Le policier ayant fait usage de son arme a été placé en garde à vue, sur décision du parquet de Paris ; l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie aux fins d’une enquête. Ses investigations, de même que celles de la justice, devront déterminer si l’usage d’une arme à feu était nécessaire, proportionnée et adaptée à la menace, et si le policier a agi en état de légitime défense. « Si ce fonctionnaire n’avait pas ouvert le feu, il aurait été égorgé », indique au Point son conseil, Me Laurent-Franck Lienard. « Ces faits sont d’une banalité et d’une fréquence qui font froid dans le dos », ajoute cet avocat pénaliste, qui défend de nombreux policiers.  » 

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