À Vladivostok, Vladimir Poutine justifie son pivot asiatique

Par Alain Barluet. LE FIGARO

7 septembre 2022

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Vladimir Poutine lors de son arrivée au Forum économique de l’Est, mercredi à Vladivostok (Sibérie). Sputnik/Aleksey Smirnov/Pool via REUTERS

DÉCRYPTAGE – Après avoir fustigé l’Occident, le dirigeant russe a célébré mercredi son partenariat stratégique avec la Chine, que la guerre en Ukraine a renforcé.

Envoyé spécial à Vladivostok

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Échafauder un «monde multipolaire», centré autour de la Russie et résolument orienté vers l’Asie-Pacifique, une région «amicale et au rôle grandissant». Mais aussi, dénigrer les pays de l’«Occident collectif», qui s’efforceraient de «maintenir un vieil ordre du monde», avec des «règles injustes qu’ils ont inventées et qu’ils violent régulièrement».

C’est ainsi que Vladimir Poutine a tracé ce qui constitue manifestement à ses yeux les deux faces d’une même pièce, mercredi, au Forum économique de l’Est (FEE) de Vladivostok. Cette conférence – sa 7ème édition a lieu cette année -, en plein conflit en Ukraine, rassemble de fait plus que jamais des «pays amis» de la Russie, la Chine en tête.

«Dé-dollarisation»

L’illustration d’un virage vers l’Asie que Moscou est contraint d’accélérer désormais, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux marchés et fournisseurs pour remplacer ceux perdus à cause des sanctions américaines et européennes. «Des défis de nature globale menacent le monde et ont remplacé la pandémie, je veux parler de la fièvre des sanctions qui a saisi l’Occident et de sa tentative agressive pour imposer son modèle aux autres pays», a fustigé le chef du Kremlin, au deuxième jour du Forum, qui s’achève ce jeudi. Et pourtant, «il est impossible d’isoler la Russie», a claironné M. Poutine.

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Sur la scène du Forum, quatre autres dirigeants avaient pris place à ses côtés: Mongolie, Birmanie, Arménie, mais surtout le numéro trois du régime chinois, Li Zhanshu, l’invité le plus en vue. Celui-ci a vanté la coopération «de plus en plus étroite» entre les deux grands voisins, et les projets transfrontaliers (gazoducs, voies ferrées, ponts…). Les échanges bilatéraux russo-chinois ont bondi de près de 30 % en six mois, le trafic des porte-conteneurs, de 150 %

Pour le président russe, la cible principale demeure les États-Unis – il les a accusés notamment de vouloir «déstabiliser le monde» à Taïwan. Mais Vladimir Poutine s’en est aussi pris aux Européens, décrits comme les victimes collatérales des décisions de leurs dirigeants, qui ont imposé des sanctions coûteuses pour eux-mêmes – sur le gaz notamment – à l’économie russe, alors que celle-ci s’en sortirait, selon lui, mieux que prévu. M. Poutine a en plus menacé mercredi les Occidentaux de ne plus leur livrer une goutte de gaz et de pétrole s’ils concrétisaient leur projet de plafonner le prix des hydrocarbures russes pour accroître la pression sur Moscou.

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«La compétitivité des entreprises européennes est sur le déclin parce que les autorités de l’Union européennes elles-mêmes les privent de matières premières, de ressources énergétiques et de débouchés», a dit Vladimir Poutine. Quant à «la confiance dans le dollar, l’euro et la livre sterling», elle s’est «perdue», a-t-il affirmé, et l’on «s’éloigne progressivement de l’usage de ces monnaies qui se discréditent elles-mêmes» – un écho à la «dé-dollarisation» qui a été l’un des thèmes récurrents du Forum.

Renforcement de souveraineté

Mais c’est au sujet des céréales ukrainiennes que les propos du président russe ont pris un tour particulièrement virulent. Les pays européens «qui ont été colonisateurs et qui le sont toujours» seraient coupables, d’après lui, de «tromperie éhontée» à l’égard des pays en développement. «Seulement deux navires de céréales sur quatre-vingt ont été envoyés là-bas (…). Pratiquement tout le blé exporté depuis l’Ukraine ne va pas vers les pays les plus pauvres mais vers les pays de l’UE», a dénoncé le président russe. «Cela peut conduire à une catastrophe humanitaire sans précédent», a-t-il ajouté, menaçant en conséquence de restreindre les exportations de céréales en provenance d’Ukraine. Le sujet devrait être abordé, a-t-il dit, avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui s’était entremis dans les négociations sur la reprise de ces exportations.

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À la fin de son discours, mercredi, Vladimir Poutine n’avait toujours pas abordé la situation en Ukraine. Chacun guettait ses propos. La question lui a alors été posée par l’animateur, lors d’un petit échange manifestement bien préparé. «C’est loin de l’Asie, mais si vous voulez, je vais répondre», a dit, prétendument enjoué, le président russe. La question était la suivante: en Ukraine, «qu’est-ce que la Russie a perdu et qu’est-ce qu’elle a gagné? ». « La Russie n’a rien perdu et ne perdra rien», a déclaré du tac au tac le président russe. «Pour ce que nous avons gagné, a-t-il enchaîné, je dirais que c’est principalement le renforcement de notre souveraineté».

«Bien sûr, on constate une certaine polarisation, à la fois dans le monde et dans le pays», a concédé M. Poutine – semblant faire une mention, assez rare, aux oppositions à l’«opération militaire spéciale» qu’il a déclenchée en Ukraine le 24 février. «Mais je crois que ce sera bénéfique car tout ce qui est inutile, dangereux, et tout ce nous empêche d’aller de l’avant sera rejeté», a ajouté le chef du Kremlin. Sans évoquer plus précisément la situation sur le terrain, et moins encore les difficultés prêtées actuellement à l’armée russe.

Le parti de Vladimir Poutine, Russie unie, qui semble plus regarder vers l’Ouest que vers l’Asie, a proposé ce même mercredi d’organiser le 4 novembre prochain des référendums dans les territoires conquis par la Russie en Ukraine. Le 4 novembre correspond en Russie au jour de l’Unité nationale, qui commémore une révolte populaire du XVIIe siècle ayant expulsé les forces d’occupation polonaises de Moscou.

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