La reine d’Angleterre Élisabeth II est morte : la fin d’une force tranquille

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La reine d'Angleterre Élisabeth II est morte : la fin d'une force tranquille
Pendant plus de soixante-dix ans, la souveraine a accompagné les Britanniques et posé son empreinte sur son pays.
Royal Household/Ranald Mackechni

Disparition

Par Tristan de Bourbon. MARIANNE

Publié le 08/09/2022

La reine Élisabeth II est décédée à 96 ans. Sur le trône britannique pendant 70 ans, elle a marqué l’Angleterre, le Royaume-Uni et, au-delà, le Commonwealth. Malgré son rôle d’apparat, ou peut-être en raison de celui-ci, elle aura eu une influence politique et sociale certaine.

Le Royaume-Uni entre dans une nouvelle ère : la reine Élisabeth II, 96 ans, s’est éteinte. Pendant plus de soixante-dix ans, la souveraine a accompagné les Britanniques et posé son empreinte sur son pays. Une durée de règne exceptionnelle, dont seule s’est approchée parmi ses prédécesseurs la reine Victoria, au pouvoir pendant 63 ans et sept mois exactement, de 1837 à 1901. C’est aussi le plus long règne de l’histoire mondiale sans régence. Pour imaginer son vécu, il suffit de se souvenir que son premier voyage majeur à l’étranger remonte à octobre 1951, lorsqu’elle rend visite au président américain Harry S. Truman à Washington, en remplacement de son père le roi George VI. Affaibli, il décède peu après, le 6 février 1952. Sans fils, c’est Élisabeth, sa fille aînée, âgée de 25 ans et alors en transit au Kenya après un séjour officiel en Australie, qui lui succède immédiatement. Le Premier ministre de l’époque n’est autre que Winston Churchill.

Le jour de son couronnement, le 2 juin 1953, le pays bouillonne : plus tôt dans la matinée est tombée l’annonce de la première ascension du sommet le plus haut du monde, l’Everest, par une expédition britannique. L’apparition de la jeune reine accentue l’excitation ambiante. Même si elle est méconnue, les Britanniques n’ont pas oublié son comportement pendant la Seconde Guerre mondiale. Malgré les bombardements allemands, elle est restée vivre à Londres avec ses parents pour partager le sort de ses concitoyens. « Plus d’un million de personnes avaient envahi les rues pour la célébrer et quelques jours auparavant 250 000 personnes l’attendaient à la sortie de son théâtre, rappelle Robert Jobson, auteur spécialisé sur la famille royale. Cet engouement autour de sa personne se ressentait aussi bien en Angleterre que dans le reste du Commonwealth, notamment parce qu’elle a été le premier monarque à se rendre en Australie et en Nouvelle-Zélande. »

Le Commonwealth, dont elle est officiellement la cheffe, se révélera d’ailleurs être le domaine où son influence à l’étranger s’est le plus fait sentir. Elle a ainsi effectué cent dix-neuf visites dans les cinquante-quatre pays de l’organisation, en grande partie composée d’anciennes colonies de l’empire britannique. « Diriger le Commonwealth est indéniablement son rôle le plus important, indique Robert Jobson. Grâce à ce réseau de pays, qui n’a cessé de s’agrandir malgré la décolonisation, elle possède en effet une forte influence mondiale et pèse sur l’évolution de certains pays. Elle a ainsi demandé en 2009 à ne plus être la cheffe de l’État fidjien après un coup d’État militaire qu’elle jugeait inacceptable. » Avant Fidji, le Nigeria, le Pakistan et le Zimbabwe avaient été suspendus momentanément suite à des coups d’État militaires.

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POPULARITÉ

Depuis son accession au trône, la reine Élizabeth a réalisé 89 visites d’État dans des pays étrangers non-membres du Commonwealth, un record pour un chef d’État aussi bien quantitatif qu’en termes de diversité des pays visités. Elle a également accueilli plus d’une centaine de visites d’États de dirigeants étrangers. Un soft power aux résultats indéniables. Reine d’une monarchie parlementaire, donc sans grand pouvoir effectif, son rôle très particulier lui a permis de prendre quelques latitudes avec l’étiquette. Ainsi, en 1998, alors qu’elle accueille dans sa demeure écossaise de Balmoral le prince héritier Abdallah, qui allait devenir roi d’Arabie saoudite sept années plus tard, elle s’empare du volant de la voiture dans laquelle celui-ci l’attend. « Les femmes ne sont – alors pas encore – autorisées à conduire en Arabie saoudite et Abdallah n’était pas habitué à être conduit par une femme, encore moins par une reine », raconte dans un livre l’ancien diplomate Sherard Cowper-Coles. « Sa nervosité n’a fait que croître quand la reine, une chauffeuse de l’armée pendant la guerre, a accéléré en suivant des chemins étroits du domaine, parlant tout le temps. Via son interprète, le prince héritier a imploré la reine de ralentir et de se concentrer sur la route. » Outre ces titres, Élisabeth II est également la cheffe de l’Église anglicane.

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Politiquement, son rôle officiel du souverain s’avère limité. Elle ouvre les sessions parlementaires, dispose d’un droit de véto sur la législation, qu’elle n’a jamais utilisé, et nomme le Premier ministre, qui doit ensuite être adoubé par la Chambre des communes. « Son pouvoir est pourtant loin d’être formel », assure Stephen Haseler, professeur de sciences politiques à l’université métropolitaine de Londres. « Pendant tout son règne, elle a rencontré le Premier ministre tous les mardis pendant une heure pour discuter avec lui des affaires courantes. Son influence était assurément loin d’être insignifiante, d’autant plus que personne ne sait de quoi ils discutaient. » Préparée au métier de reine, elle a su taper du poing sur la table quand elle le jugeait nécessaire. Que ce soit lors d’altercations avec Margaret Thatcher ou lorsqu’elle rejette les conseils de son entourage de ne pas se rendre au Ghana en 1961, où des attentats ont déjà fait des victimes au sein du gouvernement. Le Premier ministre Harold Macmillan indiquera plus tard à propos de cet épisode que « la reine a été absolument déterminée. Elle est agacée face à l’attitude à son égard de la traiter en star de cinéma. Elle a en effet le cœur et l’estomac d’un homme. Elle aime ses devoirs et entend être une reine ». De fait, elle ne revêtait pas des ensembles vestimentaires aux couleurs souvent criardes par simple goût : ils lui permettent d’être au centre des regards.

Pourtant, cette absence de responsabilité formelle explique en grande partie sa popularité : il est difficile de décevoir ou de se faire des ennemis lorsque l’on ne dispose pas de pouvoirs décisionnaires et que l’on ne s’implique pas ouvertement dans les choix politiques et sociétaux du pays. Associée à sa longévité, elle a sans doute influencé l’inconscient des Britanniques. En particulier leur attachement à l’époque impériale, leur inclinaison pour la bienséance et le maintien de l’ordre social, la préservation d’une société très hiérarchisée où le système de classe persiste – presque – au grand jour. Cette perception de stabilité incarnée est demeurée intacte pendant quarante ans. Jusqu’à 1992, son « annus horribilis », comme elle la qualifiera dans un discours. Son fils aîné Charles se sépare alors de son épouse Diana, tandis que sa fille Anne et son second fils Andrew divorcent. Elle est bombardée d’œufs lors d’un passage en Allemagne. Le château de Windsor est sévèrement abîmé par un incendie. Enfin, elle paie pour la première fois des impôts et son financement public est fortement réduit.

JUBILÉ D’OR, DE DIAMANT, DE PLATINE

C’est surtout la mort de « la princesse du peuple » en 1997 qui va écorner son image et secouer la monarchie, dont elle semblait jusqu’alors être le pilier stabilisateur. Elle réside à Balmoral avec ses petits-fils William et Harry lors de son accident de voiture à Paris. Au cours des cinq jours suivants, elle ne paraît qu’une seule fois en public, lorsqu’elle emmène les deux enfants à l’église. Les Anglais la trouvent alors froide, croient lire dans cette réclusion un mépris vis-à-vis de la princesse décédée et un manque d’empathie pour ses petits-fils. Pour répondre à ses détracteurs, elle apparaît, à contrecœur, à la télévision, la veille de l’enterrement. Elle exprime alors ses « émotions », « son incompréhension, sa colère » en tant « reine et grand-mère » et qualifie Diana « d’être humain exceptionnel et doué ».

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Ce discours parvient à dissiper la mauvaise humeur populaire. Une impression confirmée par les succès de son jubilé d’or en juin 2002, de son jubilé de diamant en juin 2012 et de son jubilé de platine en juin 2022, pour les cinquante ans, les soixante ans et les soixante-dix ans de son règne. Plus d’un million de personnes se sont retrouvées dans les rues de Londres lors de chacun des trois jours de célébration. Les dix dernières années se sont avérées beaucoup plus calmes d’un point de vue officiel. Élisabeth II n’avait plus voyagé à l’étranger depuis 2015, envoyant à sa place ses enfants et petits-enfants, en particulier le couple médiatique William-Kate. Elle a tracé le chemin de Charles vers le trône en accentuant ses responsabilités. Enfin, elle a tapé du poing sur la table pour contenir les dégâts à la réputation de la famille et de la monarchie provoqués par le dérapage incontrôlé de son fils Andrew suite à son amitié avec le pédophile américain Jeffrey Epstein, aujourd’hui décédé.

Deuxième sujet de remous, les esclandres de Meghan Markle, arrivée dans la famille suite à son mariage avec le prince Harry. L’actrice américaine a rapidement exposé ses ambitions, bien peu compatibles avec le quotidien quasi secret des membres de la famille royale. Se sentant opprimé, le couple s’est exilé sur la côte ouest américaine. Pour le malheur des relations familiales, pour le bonheur de la Couronne. Au bout du compte, de simples péripéties pour la reine, à l’aune de sa longue et pleine vie, et surtout de la mort le 9 avril 2021 de son époux de toujours, le prince Philip. Ils seront enterrés côte à côte.

  • Par Tristan de Bourbon

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