Le reclus Xi Jinping sort de Chine pour rencontrer Vladimir Poutine

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LETTRE CHINOISE. Le président, qui n’a pas quitté la Chine depuis l’apparition du virus, met le cap sur l’Asie centrale. Un pas de plus vers un axe Pékin-Moscou.

Mercredi 14 septembre, Xi Jinping mettra le pied hors de Chine pour la premiere fois depuis le debut de la pandemie de Covid.
Mercredi 14 septembre, Xi Jinping mettra le pied hors de Chine pour la première fois depuis le début de la pandémie de Covid. © SELIM CHTAYTI / POOL / AFP

Par Jérémy André, à Taipei. LE POINT

Publié le 13/09/2022 à 17h00

Àla fin de la pandémie, après des années de séparation, de frontières fermées, de confinements et de quarantaines, c’est le temps des voyages et des retrouvailles. Xi Jinping a beau faire durer le plaisir pour ses 1,4 milliard d’administrés, en maintenant une stricte politique zéro Covid, il n’échappe pas à ce mouvement planétaire. Mercredi 14 septembre, il mettra pour la première fois le pied hors de Chine, après plus de 1 000 jours barricadé derrière sa grande muraille sanitaire. Destination : Noursoultan (l’ancienne Astana, capitale du Kazakhstan) d’abord, puis Samarcande (capitale de l’Ouzbékistan).

Cette sortie a été minutieusement et longuement préparée. Les autres grands dirigeants planétaires ont repris leurs visites à l’étranger dès l’été 2020. C’était inenvisageable pour le secrétaire général du Parti communiste chinois, non pas tant du fait d’une crainte pour sa santé, mais parce que toute délégation présidentielle chinoise, embarquant des centaines d’officiels de haut niveau, risquerait de paralyser l’État si ses participants étaient placés en quarantaine à leur retour en Chine. À voir donc si ce premier voyage en Asie centrale s’accompagnera d’exceptions à la règle. Qu’il y en ait ou pas, cela démontre son importance pour Pékin.

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Tribulations d’un Chinois hors de Chine

À l’occasion des Jeux olympiques d’hiver 2022, Xi avait relancé les rencontres avec des dirigeants étrangers, au premier rang desquels Vladimir Poutine. Le jour de la cérémonie d’ouverture, le 4 février, présidents russe et chinois avaient fait une déclaration commune affirmant une amitié « sans limites » et promettant une « nouvelle ère ». La Chine y faisait siennes les préoccupations russes sur l’expansion de l’Otan en Europe de l’Est. Une annonce, à trois semaines de l’invasion de l’Ukraine, qui interroge depuis sur le soutien de la République populaire de Chine envers l’« opération spéciale » russe.

Fin juin 2022, Xi s’était risqué à Hongkong, hors de Chine continentale donc, pour fêter les 25 ans de la rétrocession de l’ancienne colonie britannique. Depuis, les spéculations vont bon train sur sa première destination étrangère d’ici à la fin de l’année : rumeurs infondées en août d’un improbable banquet l’attendant à Riyad en Arabie saoudite (comme un pied de nez à Joe Biden, reçu de manière glaciale en juillet), projet – semble-t-il confirmé – d’une apparition lors du G20 à Bali en Indonésie en novembre… Finalement, la première excursion sera en cette mi-septembre un périple en Asie centrale, destiné avant tout à une nouvelle rencontre avec Vladimir Poutine, selon les informations rapportées dès août par le Wall Street Journal.

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Le choix de cette destination, plutôt qu’un G20 ou une rencontre bilatérale avec son homologue américain pour apaiser les tensions, illustre la volonté du président chinois de serrer les rangs dans son camp de la nouvelle guerre froide. Le Kazakhstan est d’ordinaire aligné sur Moscou ; Poutine avait même sauvé la mise de son président Kassym-Jomart Tokaïev en janvier, confronté à une révolte populaire, en envoyant 2 000 soldats de l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC), unissant des anciens États de l’Union soviétique. Pourtant, Tokaïev a refusé de soutenir l’invasion de l’Ukraine, et même défié Moscou en annonçant ne pas devoir reconnaître les républiques de Donetsk et de Louhansk proclamées par les pantins de Poutine à l’est de l’Ukraine. À n’en pas douter, Xi vient donc jouer les entremetteurs pour limiter ces frictions sur ses routes de la soie.

Mais c’est surtout son voyage à Samarcande qu’il faudra suivre en détail, puisqu’il participera à une réunion des chefs d’État de l’Organisation de coopération de Shanghai les 15 et 16 septembre. Objectif numéro 1, y retrouver Vladimir Poutine, pour réaffirmer leur fameuse « amitié solide comme un roc ». Juste avant de quitter lui-même le territoire chinois, Xi Jinping a d’ailleurs envoyé à Moscou Li Zhanshu, président de l’Assemblée nationale populaire. Ce membre du comité permanent du Politburo, numéro 3 du régime chinois, y a affirmé sans équivoque le soutien de Pékin à Moscou.

Intérêts vitaux

« La Chine comprend et soutient la Russie sur les problèmes qui constituent ses intérêts vitaux, en particulier sur la situation en Ukraine », aurait déclaré Li Zhanshu lors de ses rencontres à la Douma, la chambre basse du Parlement russe. Une manière de faire passer un message que la diplomatie officielle ne peut pas elle-même convoyer ? Le procédé fait en tout cas suite aux visites parlementaires occidentales à Taïwan, à commencer par celle de Nancy Pelosi début août. La dynamique devrait doucher les derniers espoirs de ceux qui voyaient encore la Chine comme un possible médiateur pour convaincre Moscou de mettre fin au conflit en Ukraine.

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La Chine comprend et soutient la Russie sur les problèmes qui constituent ses intérêts vitaux, en particulier sur la situation en UkraineLi Zhanshu, numéro 3 chinois

« La Russie et la Chine continuent d’avancer ensemble alors que les tensions s’accroissent avec l’Occident, analyse Alexey Muraviev, professeur à l’université Curtin de Perth, en Australie, spécialiste des études stratégiques russes. Dans le cas de la Russie, c’est pour l’Ukraine. Dans le cas de la Chine, c’est pour Taïwan. Les deux puissances se soutiennent mutuellement. Leur relation économique s’est renforcée considérablement, atteignant 140 milliards de dollars d’échanges annuels, et visant désormais 200 milliards. Elles ont clairement plaidé l’une pour l’autre politiquement. La Chine a affirmé comprendre l’usage de la force par la Russie en Ukraine, et de même la Russie est favorable à la position chinoise sur Taïwan, niant la souveraineté de l’île, adoptant le principe d’une seule Chine et jugeant les actions américaines, telle la visite de Pelosi, comme dangereuses. Politiquement, les deux pays sont alignés. Enfin, la semaine dernière, la Chine était le plus grand participant étranger aux manœuvres russes Vostok 2022 en Extrême-Orient, avec 2 000 hommes, des navires de guerre et des avions de combat. Pour la première fois, les avions chinois ont même opéré depuis leurs aérodromes en Chine, étendant de fait les opérations au territoire chinois. »

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D’où, pour le professeur Muraviev, un certain scepticisme face aux espoirs, en particulier en Europe, de voir Xi Jinping raisonner Poutine : « Dans la situation actuelle, la Chine et la Russie ressentent un besoin croissant de soutien mutuel politique et même stratégique. Je ne vois pas Xi demander à Poutine d’arrêter la guerre en Ukraine. D’autant que la guerre en Ukraine arrange Pékin en détournant l’attention des États-Unis et en lui conférant un avantage dans le Pacifique. Si la Russie mettait fin à ses opérations, les États-Unis pourraient concentrer tous leurs moyens sur la Chine. La Russie sert de diversion. » Cependant, Alexey Muraviev est aussi prudent sur les résultats possibles de la réunion de l’Organisation de coopération de Shanghai, où il ne voit pas se former un front anti-occidental. « On peut s’attendre à un communiqué, mais je ne prévois pas une percée majeure, conclut-il. L’OCS réunit trop de membres qui ont des intérêts divergents, comme l’Inde et le Pakistan. Cela mettrait l’Inde dans une position difficile. »

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