« Plutôt que l’Algérie, le Maroc est le seul allié crédible de la France au Maghreb »

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"Plutôt que l'Algérie, le Maroc est le seul allié crédible de la France au Maghreb"
« Les enjeux sécuritaires en Afrique de l’Ouest sont pressants et nécessitent une riposte rapide. »
Crédit photo : Ludovic Marin/AP/SIPA

Billet

Par Hadrien Desuin. MARIANNE

Publié le 08/09/2022 à 20:30

« Entre une Algérie au gouvernement anti-français et le Maroc qui n’attend qu’un signal de notre part au Sahara pour que la France puisse de nouveau rayonner en Afrique, il n’y a plus à hésiter », estime Hadrien Desuin, ancien élève de l’ESM (Ecole spéciale militaire) Saint-Cyr, et auteur de « La France atlantiste » (Cerf).

Après un retrait en bon ordre du Mali et le redéploiement de la mission Barkhane au Sahel, la diplomatie française a plus que jamais besoin de ses partenaires du Maghreb pour aplanir les tensions en Afrique et lutter efficacement contre le djihadisme international. Hélas, la dernière visite présidentielle en Algérie a fait prendre conscience que les plaies de l’Histoire n’étaient pas encore refermées.

Contre un peu de gaz, la France doit battre sa coulpe et livrer des milliers de visas. Sans doute l’Algérie pense-t-elle profiter du retrait français du Mali et de la crise énergétique en Europe pour retrouver de l’influence à Bamako et à Paris. Comme le rappelait dans son dernier ouvrage, Xavier Driencourt, notre ancien ambassadeur à Alger, les généraux algériens sont parvenus à étouffer le Hirak après la chute du clan Bouteflika. La rente mémorielle et la clientèle de la junte au pouvoir depuis la fin de la guerre d’Algérie vont pouvoir se perpétuer.

CONTEXTE MAGHRÉBIN EXPLOSIF

La situation n’est pas beaucoup plus brillante à l’est d’Alger. En Tunisie, pays sans influence réelle en Afrique subsaharienne, le raidissement de la présidence de Kaïs Saïed est peu propice à un rapprochement politique avec la France. Quant à la Libye, elle est toujours plongée dans la guerre civile et la question de sa partition va finir par se poser à court terme. C’est dans ce contexte maghrébin explosif que se profile pour octobre la prochaine visite officielle d’Emmanuel Macron au Maroc.

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Le Maroc, qui subit également un voisinage très difficile avec l’Algérie, peine à comprendre les effusions d’amour-haine échangés entre Paris et Alger. Soixante ans après les indépendances, les efforts de la France et du Maroc pour développer leur voisinage avec l’Algérie sont restés stériles. Pourquoi s’entêter dans une réconciliation impossible ? Les enjeux sécuritaires en Afrique de l’Ouest sont pressants et nécessitent une riposte rapide. Pour contourner le verrou algérien, le Maroc offre une alternative si la France voulait bien reconnaître son rôle historique au Sahara.

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Les récentes reconnaissances de la marocanité du Sahara-occidental par les États-Unis ou Israël ont montré que la France pouvait perdre le Maroc sans gagner l’Algérie si elle persistait dans une position ambivalente sur ce sujet. Récemment, l’Espagne et l’Allemagne se sont montrés favorables à la proposition marocaine pour l’autonomie du Sahara-occidental. Le 20 août dernier, le roi marocain Mohammed VI en a fait l’axe principal de sa diplomatie. « Le dossier du Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement international », a-t-il déclaré. La France aurait tout intérêt à relancer ses efforts en faveur de l’autonomie des provinces du sud-marocain si elle voulait s’appuyer sur Rabat pour redéployer son influence en Afrique de l’ouest. Certains de nos partenaires, dont les États-Unis, ont déjà installé des consulats à Dakhla ou à Laayoune. Leurs gouvernements y travaillent au développement de leurs entreprises. Or nos échanges économiques franco-marocains surpassent nettement ceux qui nous lient à l’Algérie en dépit de notre dépendance gazière.

LUTTE CONTRE L’ISLAMISME RADICAL

Dans cette région riveraine de l’Atlantique, potentielle passerelle stratégique entre le nord et le sud de l’Afrique de l’Ouest, Paris entretient d’excellents rapports avec la Mauritanie, traditionnellement neutre sur la question du Sahara-occidental. La France pourrait la convaincre de profiter d’un accord frontalier avec le Maroc. La place de la France au conseil de sécurité de l’ONU est un atout dans le cadre de la MINURSO, la mission des Nations Unies chargée depuis 1991 de faciliter un référendum sur la question.

La reconnaissance de la marocanité du Sahara-occidental aurait également pour avantage de faciliter les relations franco-marocaines dans le domaine de la lutte contre le djihadisme. L’immigration subsaharienne qui frappe à la porte d’entrée espagnole pourrait profiter du statu quo. Le royaume chérifien est pourtant un allié solide dans la lutte contre l’islamisme radical. En 2021, les islamistes du PJD [Parti de la justice et du développement] qui dirigeaient le gouvernement depuis dix ans ont reculé aux élections générales.

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Entre une Algérie dont la junte persiste à forger son identité nationale dans la détestation de son ancienne métropole et le Maroc qui n’attend qu’un signal de notre part au Sahara pour que la France puisse de nouveau rayonner en Afrique, il n’y a plus à hésiter. Le Maroc est notre seul allié crédible au Maghreb.

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