Crise énergétique : on ne règle pas les problèmes avec ceux qui les ont créés

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Thierry LEBEAUX

15/09/2022

OPINION. Ceux qui ont en main les leviers de l’État nécessaires à la résolution de la crise ont une responsabilité directe dans ses causes. Les Français vont encore payer pour l’incurie de ceux qui les gouvernent.

Crise énergétique : on ne règle pas les problèmes avec ceux qui les ont créés

Le 15 septembre 2008, la chute de Lehman Brothers annonçait le début d’une crise financière mondiale dont peu soupçonnaient alors l’ampleur qu’elle prendrait. Nous fûmes nombreux à penser qu’au moins le vote des Français aux présidentielles de l’année précédente avait évité que Ségolène Royal fût à la barre du pays, elle dont la démagogie et le manque de colonne vertébrale auraient fait tanguer le pays au gré des flux et reflux, jusqu’à ce qu’il fût irrémédiablement drossé sur les rochers.

À l’heure où une nouvelle crise frappe à la porte des économies mondiales, les Français examinent, avec quelques craintes, l’équipage du navire dans lequel ils sont embarqués contre leur gré. S’ils ont échappé à Ségolène Royal en 2008, ils se retrouvent avec Élisabeth Borne à la timonerie pour la suivante. C’est-à-dire avec… celle qui fut la directrice de cabinet de Ségolène Royal au ministère de l’Environnement. Pas vraiment de quoi se rassurer ! C’est elle qui mit en place au ministère de la Transition écologique où elle remplaça François de Rugy, la décision de Macron-président de réduire la part du nucléaire sous les 50 % au moyen d’un programme de démantèlement de pas moins de 14 réacteurs nucléaires. Comme elle mit en œuvre, sous Hollande et avec Royal, l’accord électoral avec les Verts sur le nucléaire : c’est dire si elle connaît son affaire.

Et donc pour gérer une crise dont l’essentiel est énergétique, les Français doivent se reposer sur une personne qui, dans différentes positions de sa carrière, a été payée à mettre en œuvre une série d’accords électoraux scélérats entre les Verts et, d’abord, le Parti socialiste, ensuite le parti En Marche ! où l’on fit troquer aux Français la souveraineté énergétique nucléaire contre quelques circonscriptions et le racolage du très désiré Nicolas Hulot pour un poste ministériel. Un Hulot que l’on n’a pas beaucoup entendu récemment…

Aux machines du navire trône le grand, l’immense, l’irremplaçable Bruno Le Maire, qui, tous les matins face à son miroir, se pâme d’admiration devant ce fringant ministre de l’Économie et des Finances de la France. Celui dont la droiture des convictions inquiète depuis qu’il augmenta, pour satisfaire à la fois Macron et son envie de maroquin, une CSG qu’il jurait être la pire des mesures quand il voulut être calife à la place du calife. Si visionnaire qu’il déclarait le 13 février 2020 sur BFMTV que « si on estime que le pic [du COVID] est près d’être atteint, l’impact sur la croissance chinoise sera de l’ordre d’un point sur l’année. Ce qui voudrait dire 0,1 point de croissance pour la France, c’est notre évaluation », quand la récession fut de 8,5 points. Alors quand ce hâbleur nous professe aujourd’hui que « la croissance française est solide, car les fondamentaux de l’économie sont bons » et qu’il réaffirme le « sérieux budgétaire de la France », les Français seraient inspirés de se préparer au pire.

Le Maire est le Premier ministre bis. L’autre, Élisabeth Borne, n’est là que pour le décorum. Elle n’a pas sa stature. Ni énarque ni normalienne ! Jamais élue avant d’être nommée. Parce que lui, Bruno, n’a pas attendu Macron pour être ministre, à une époque où il fallait un profil politique un peu plus étoffé pour le devenir et où Borne n’aurait pas même eu un secrétariat d’État. Il a même été candidat à une primaire pour les présidentielles. Il ne remerciera jamais assez les Français de ne lui avoir donné que 2,35 % des voix, car sinon, c’eût pu être lui qui aurait eu à s’expliquer sur le travail de son artiste-peintre d’épouse comme assistante parlementaire entre 2007 et 2013. Un truc à vous démolir pour de bon vos ambitions politiques !

Là où les choses se corsent davantage, c’est que la navigation dans cette période de gros temps est confiée à la très falote Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique. Elle frisa théoriquement une peine de prison de trois ans, si elle n’avait été d’un parti où l’immunité est garantie, pour s’être mise en couple avec son directeur de cabinet, ce qu’interdit la loi sur la confiance dans la vie publique. L’énergie, c’est son domaine, même si elle en montre assez peu. Mais un domaine dans lequel elle n’a strictement aucune compétence, ce qui, en Macronie, la destine tout particulièrement au job qu’elle occupe.

Mais par chance pour les Français, celui qui compte, le seul qui compte, c’est le Pacha, c’est Emmanuel. Car Macron n’est pas seulement christique et jupitérien. Il a surtout beaucoup d’intelligence, une qualité qu’il ne détecte que rarement chez les autres membres de l’exécutif. Oui, Macron eut l’intelligence de rallier un gouvernement qui sacrifia le nucléaire aux Verts sous Hollande, car y être était un don de sa personne qu’il fit à la France. Étape sacrificielle indispensable pour ensuite se faire don de la France au terme d’un hold-up démocratique qui tint lieu d’élection (cf. La prophétie de Mitterrand – de l’affaire Fillon à l’État Macron, éditions Sydney Laurent, 2021).

Il eut l’intelligence de vendre Alstom à General Electric (GE) pour un plat de lentilles, non sans grassement rétribuer quelques intermédiaires qui surent se montrer reconnaissants. Puis il eut l’intelligence de racheter les turbines pour réacteurs nucléaires d’Alstom à GE pour un prix exorbitant, maintenant que GE dispose des brevets. Il eut l’intelligence le 27 novembre 2018, quelques jours après le début de la crise des Gilets jaunes, de promettre la fermeture de douze autres réacteurs, en plus des deux de Fessenheim, entre 2030 et 2035 pour répondre aux fortes attentes des ronds-points. Puis il eut l’intelligence pendant la campagne de proposer la construction de quatorze petits réacteurs nucléaires pour rassurer les Français, toujours avec l’intelligence de ne pas remettre en cause la fermeture des grands réacteurs promise aux écolos. Et quelle intelligence que celle des nombres, quatorze contre quatorze ! Le « en même temps » parfait : on ferme pour plaire aux uns et on ouvre pour plaire aux autres.

Car Macron a l’intelligence du zag après le zig, du Yang après le Yin ; il serpente, il louvoie, il sinusoïde, il godille. Le roi du gymkhana. Parce qu’en permanence, Macron disserte, glose, discute, dispute… Il « exégète » sur tout, mais il a aussi l’intelligence de le faire sur son contraire. Puis il ne fait rien : il « macroone », comme disent les Ukrainiens dans un néologisme qui n’a pas encore fait son chemin dans le Larousse. Eux aussi viennent de payer pour apprendre. Qui doivent-ils croire ? Celui qui pourfend les effets sur les prix de l’énergie que payent les Français du fait des sanctions contre les Russes ou celui dont le ministre de l’Économie souhaite « l’effondrement de l’économie russe » ? Celui qui refuse de parler aux dictateurs ou celui qui entend entretenir le dialogue avec les Poutine et Erdogan parce que la paix l’exige ?

Il a aussi l’intelligence de tuer dans l’œuf toute controverse gênante, telle celle de son interaction (comme futur candidat) avec Uber contre les taxis parisiens. Une chiquenaude a suffi : « Ça m’en touche une sans secouer l’autre », dit-il tout sourire pour solde de tout compte. Mais il n’a pas la truculence goguenarde d’un Jacques Chirac pour se permettre une telle saillie : lui manque complètement son effet. Il fait vulgaire, méprisant, hautain et uniquement soucieux de distraire l’attention avec une « perlimpinpinnade » qui n’est pas même de son cru.

Pourtant, il en est un qui réussit à « lui en toucher une et en même temps secouer l’autre »… C’est Jean-Bernard Lévy, le président d’EDF, quand il rappelle les choix énergétiques de Macron. « Nous avons recruté les personnes pour fermer douze réacteurs comme on nous l’a demandé, pas pour en construire », ose-t-il asséner sur l’estrade du MEDEF, au côté d’une Agnès Pannier-Runacher coite (on imagine le savon que Macron dut lui passer…). Alors Macron de le fouailler en public, gourmé et rouge de colère, joignant pouces et index des deux mains pour mieux marteler la sentence. « Inacceptable ! »Il fustige ceux qui « n’ont pas pris leurs responsabilités ». Quelle responsabilité ? Celle de ne pas s’opposer à une politique aussi stupide que coupable, uniquement décidée pour des motifs politiciens sans aucune considération des intérêts stratégiques du pays ? La fureur de Macron n’a pas dû être trop désagréable à Lévy.

Macron est seul responsable, car l’exécutif commence et finit par lui. Heureusement, les Français lui ont refusé la majorité absolue, on l’entend moins jaboter, seul dans son CNR. Il n’a pas encore renoncé aux Conseils de défense, aujourd’hui énergétiques, hier sanitaires. Ce qui s’y passe est sans importance : l’Assemblée a retrouvé ses droits. Gabriel Attal suit le même chemin avec ses « dialogues de Bercy », peut-être jaloux du succès de mesdames Schiappa et Bachelot avec leur récitation d’un coquin monologue en février 2018 à Bobinot. Pour paraphraser le député européen François-Xavier Bellamy (LR) sur Macron, le ministre du Budget est à deux doigts d’inventer la Commission des finances.

Macron se fiche du sort des Français : seul le sien l’intéresse. Il a travaillé à son seul destin pendant deux ans comme ministre, aux frais du contribuable, et il doit aujourd’hui, comme président, faire semblant de gérer les conséquences de ses actes que vont subir les Français. C’est plus fort que lui : il continue sur le registre anxiogène — c’est vrai qu’il lui a si bien réussi. Face à la pénurie d’énergie et la perspective de rationnement, soyez « vertueux », sinon on vous y contraindra. Il s’était essayé au même stratagème avec les masques dans les transports, en juillet. Mais toujours ivre de son pouvoir absolu du premier quinquennat, il oublia d’ajouter « si une majorité de députés ne s’y oppose pas »

Les Français, eux, continuent de trinquer. Ils n’ont pas les moyens d’un second quinquennat Macron : on le leur avait dit, mais ils n’ont pas voulu le croire. Ils seront les premiers à souffrir cet hiver de l’incurie des politiques qui les gouvernent depuis des années, quand ils payent aujourd’hui durement les accords électoraux par lesquels a été sacrifié le nucléaire. Ils désespèrent, car comme le disait Einstein, « les problèmes ne se règlent pas par ceux qui les ont créés ». Et qui sont toujours là.

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