« Palestine » : origine et migration d’un nom (à des fins politiques)

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Frédéric SROUSSI. FRONT POPULAIRE

16/09/2022

OPINION. Si une grande partie de la gauche indigéniste a pris fait et cause pour les Palestiniens, notre lecteur revient sur la généalogie de ce terme, qu’il qualifie de fiction identitaire créée à des fins politiques.

« Palestine » : origine et migration d’un nom (à des fins politiques)

Dans sa remarquable tribune intitulée « La synagogue brûle, mais nous regardons ailleurs », parue dans le Journal du dimanche du 30 juillet dernier, le philosophe Michel Onfray dénonce avec courage ce qu’il nomme « le troisième temps de l’antisémitisme », et qu’il définit comme « la formule antisioniste de l’antisémitisme » (succédant à l’antijudaïsme chrétien et à l’antisémitisme de type « anticapitaliste »).

À la fin de son texte, Michel Onfray reprend avec dérision l’expression « race palestinienne » telle qu’elle fut dénommée par les députés des quatre groupes de gauche de l’Assemblée nationale française lorsqu’ils écrivirent leur détestable proposition de résolution anti-israélienne/antisémite. Or, il faut bien le dire, le « peuple » palestinien tel qu’on nous le présente depuis des décennies est une invention identitaire très récente qui date en fait de la deuxième moitié du XXe siècle.

J’en veux pour preuve les propos de Zuher Mohsen (1936-1979), membre influent de l’OLP, qui, donnant une interview au quotidien néerlandais Trouw, le 31 mars 1977, expliquait : « Le peuple palestinien n’existe pas. La création de l’État de Palestine est seulement un moyen pour continuer notre lutte contre l’État d’Israël pour notre unité arabe. En réalité, aujourd’hui, il n’y a pas de différences entre Jordaniens, Palestiniens, Syriens et Libanais. Nous parlons aujourd’hui de l’existence d’un peuple palestinien seulement pour des raisons tactiques… » Quant à feu le Président égyptien Hosni Moubarak, c’est au magazine français L’Express daté du 19 décembre 1996 qu’il déclara : « Les Palestiniens ont, en tant que tels, à peine 30 ans d’existence. » Mieux (si j’ose dire) ! L’ancien ministre de l’Intérieur et de la Sécurité nationale du Hamas, Fathi Hammad, déclara à la chaîne de télévision Al-Hekma le 23 mars 2012 : « La moitié des Palestiniens est égyptienne et l’autre saoudienne ! » (traduction : Middle East Media Research Institute – MEMRI) L’Atlas de géopolitique du Moyen-Orient et du monde arabe des éditions Complexe (1993, page 185) explique clairement, quant à lui, la création très récente des « Palestiniens », je cite : « […] au moment de la partition de la Palestine [en 1947, NDA] ses habitants arabes ne se pensaient pas comme une nation, mais comme des Arabes habitant la Palestine […]. »

Alors, d’où vient le terme Palestine et quelle est sa migration sémantique ?

L’historien Claude Aziza explique par exemple dans la revue L’Histoire (numéro 175) que le mot Palestine est « un terme commode pour désigner un ensemble qui regroupe, au 1er siècle de notre ère, les anciens royaumes d’Israël et de Juda et qui deviendra officiellement après 135 la province romaine de Syria Palaestina ». Ajoutons qu’au début le nom Palestine se réfère au peuple philistin qui habitait Gaza aux temps bibliques (avec lequel, ironie de l’histoire, le peuple d’Israël eut maille à partir). Or, les Philistins n’ont strictement rien à voir avec le monde « arabo-musulman » puisqu’ils étaient issus de la Grèce maritime, minoenne ou mycénienne. Les Philistins sont donc un peuple occidental. Il est intéressant de noter que c’est l’empereur romain Hadrien qui décida de remplacer les noms hébraïques des régions qui composaient les anciens royaumes d’Israël et de Juda afin de tenter d’effacer (déjà !) le lien historique entre le peuple juif et la Terre d’Israël.

Les pires ennemis des Juifs ont toujours su, eux, que la Palestine était la terre du peuple juif. Citons le principal idéologue d’Hitler, l’abject Alfred Rosenberg, qui écrivit en 1935 dans son pamphlet Le Mythe du XXᵉ siècle : « À l’ambition de domination spirituelle et matérielle propre au judaïsme, il faut opposer ces mots : l’Allemagne aux Allemands. Car la parole du prophète völkische Paul de Lagarde doit s’accomplir : “L’Allemagne doit être pleine d’hommes allemands, pleine comme un œuf. Il n’y a en elle point de place pour la Palestine” — Dann ist für Palästina kein Raum in ihm . » Avant lui, Emmanuel Kant, par exemple, décrivait les Juifs dans son Anthropologie du point de vue pragmatique — de façon furieusement antisémite d’ailleurs — comme « les originaires de la Palestine qui vivent parmi nous ».

Du côté des amis du peuple juif, citons Winston Churchill qui déclara le 28 mars 1921 aux Arabes habitant la Palestine : « Il est manifeste que les Juifs, qui sont dispersés tout autour du monde, devraient avoir un centre national et un foyer national où certains pourraient se réunir. Et où cela pourrait-il en être autrement que sur la terre de Palestine, avec laquelle depuis plus de 3000 ans ils ont été intimement et profondément associés ? » Il faut toujours garder à l’esprit que le 24 juillet 1922, la Société des Nations — l’ancêtre de l’ONU — reconnaissait « le lien historique existant entre le peuple juif et la Palestine ». La Palestine était donc bien, une fois de plus, officiellement reconnue pour ce qu’elle est : un territoire appartenant aux Juifs. En 2009, le journal koweïtien Al Watan, publiait un article dans lequel était cité le pourtant très antisémite fondateur de la Confrérie des Frères musulmans, Hassan el-Banna en personne, qui déclara pourtant en 1940 : « Les Juifs sont les premiers habitants de la Palestine ». (rapporté par le magazine français L’Express le 15 janvier 2009)

Que s’est-il donc passé pour que le terme « Palestine » qui définissait pendant des siècles la terre du peuple juif puisse caractériser aujourd’hui, chez de très nombreuses personnes, le territoire prétendument ancestral d’un peuple arabe (quand ce n’est pas celui du peuple philistin qui a pourtant cessé d’exister depuis des millénaires) ? En fait, l’idée d’une « Palestine politique arabe » peut être datée avec précision et remonte au mois de décembre 1920.

Mais avant toute chose il faut insister sur le fait que cette date ne correspond absolument pas à une prise de conscience identitaire de la population arabe qui habitait (ou plutôt « bivouaquait » comme le dira Paul Claudel) sur le territoire appelé depuis des centaines d’années « Palestine ». En effet, les Arabes sont encore peu nombreux sur ce territoire avant la Première Guerre mondiale (Jérusalem par contre était déjà à majorité juive). La Palestine était composée de plusieurs ethnies dont les Arabes ne représentaient qu’un élément. L’arrivée massive des Arabes en Palestine à partir de 1922 est en réalité… un fait colonial ! Ce sont les Britanniques qui, ayant pris le contrôle de cette terre après la fin de la Grande Guerre, firent venir en Palestine des Arabes de Syrie, d’Égypte et de la Péninsule arabique. Ironie de l’histoire : le développement du mouvement sioniste fit aussi s’installer en Palestine de nombreux Arabes des pays avoisinants qui cherchaient du travail…

Comme le souligne avec pertinence l’historien américain Daniel Pipes, l’idée que des Arabes puissent s’identifier à la terre de Palestine était tout bonnement insupportable pour les musulmans qui savaient bien — comme nous l’avons expliqué supra – que cette terre, appelée Israël depuis les temps bibliques était un concept étranger à l’islam (d’ailleurs il n’existe nulle trace du mot « Palestine », ni d’ailleurs du nom « Jérusalem » dans le Coran !).

En avril 1920, la Conférence de San Remo distribua aux pays vainqueurs de la Première Guerre mondiale les différents mandats concernant la région du Proche et Moyen-Orient : la France hérita de la Syrie et du Liban, les Britanniques de l’Irak et la Palestine. Or, les Arabes musulmans qui se trouvaient en Palestine se tournèrent vers Damas pour faire allégeance à Fayçal 1er — issu de la lignée des Hachémites — qui souhaitait créer un royaume arabe en Syrie ; les Arabes vivant en Palestine s’identifiaient alors à des Syriens du Sud.

Or, comme le rappelle encore Daniel Pipes, en juillet 1920, la France s’opposa au rêve du souverain hachémite et de fait, la notion de Syrie du Sud cessa d’exister. C’est ainsi que le leadership arabe habitant la Palestine (et qui, comme le rappelle Michel Onfray dans sa tribune, se tournera vers Hitler via le grand mufti de Jérusalem qui rencontrera le leader nazi en 1941 à Berlin) décida en décembre 1920 que la Palestine devait devenir le nouveau bastion du nationalisme arabe.

La vacance du terme Palestine après la renaissance d’une souveraineté juive sur sa terre ancestrale joua un rôle essentiel dans les revendications illégitimes d’un nationalisme arabe ultra violent qui verra la naissance de mouvements terroristes tels que le Fatah puis l’OLP. Ces mouvements surfèrent allégrement sur la grande vague de décolonisations de l’époque en prétendant être concernés. L’URSS trop heureuse de pouvoir apporter aux mouvements dits palestiniens son expérience en matière d’antisémitisme institutionnel offrit les moyens de désinformations surpuissants du KGB à la prétendue cause palestinienne : l’antisionisme/antisémitisme était né et perdure jusqu’à aujourd’hui…

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