Couple franco-allemand: «Dérive des continents»

Par Philippe Gélie

23 octobre 2022. LE FIGARO

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Philippe Gélie Le Figaro

L’éditorial du Figaro, par Philippe Gélie.

Les relations glaciales au sein du «couple» franco-allemand commencent à faire jaser dans le village européen. Pour faire taire les cancaniers, Emmanuel Macron recevra Olaf Scholz ce mercredi à l’Élysée: les deux hommes feront assaut d’amabilités et de promesses de coopération pour surmonter des divergences d’analyses ou d’intérêts qu’ils s’emploieront à minimiser. Mais qui sera dupe? Ce qui est à l’œuvre aujourd’hui relève d’un basculement géostratégique profond, une dérive des continents amorcée de longue date et promise à transformer pour longtemps le visage de l’Europe.

On mesure parfois mal, en France, l’ampleur du choc provoqué outre-Rhin par la guerre en Ukraine. L’agression russe y suscite tout à la fois une remise en cause du modèle économique, une prise de conscience des défis sécuritaires et un sentiment de culpabilité envers des voisins en première ligne au nord et à l’est. L’Allemagne redevient brutalement un acteur géopolitique, et ce n’est pas pour faire de la figuration: 100 milliards d’euros sur la table destinés à bâtir la première armée conventionnelle du continent, à prendre la tête du pilier européen de l’Otan (en sonnant au passage le glas d’une défense européenne autonome), à acheter des matériels américains (aux dépens, en particulier, des projets franco-allemands), à créer un bouclier antiaérien aux dimensions de l’ancienne ligue hanséatique (c’est-à-dire sans nous)…

Dans cette tectonique des plaques, ce n’est pas l’Allemagne qui risque «l’isolement», comme s’en inquiète Emmanuel Macron, mais la France, qui disparaît du projet européen du chancelier. Décomplexé, Berlin se voit comme le centre d’une Europe considérablement élargie à l’est, de l’Ukraine aux Balkans. Paris s’en trouverait relégué à la tête du «Club Med» – Italie, Espagne, Grèce… -, sympathiques destinations de vacances aux économies fragiles et à la puissance déclinante. À nous de redéfinir sans tarder nos priorités, de réinventer notre politique européenne, d’assainir nos comptes publics au lieu de mendier l’aide de Bruxelles, de développer nos capacités industrielles et militaires, pour mériter de poursuivre un dialogue d’égal à égal avec l’Allemagne, essentiel au maintien de la cohésion de l’Europe.

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