Leurs systèmes de corruption

18 Déc, 2022 | Union européenne | 0 Commentaires

Vice-Présidente du Parlement européen, Eva Kaili a été jetée en prison, suivie de son assistant parlementaire, d’un ancien député européen et du dirigeant de l’ONG No Peace without justice – ce qui ne manque pas de sel. Tous quatre sont soupçonnés d’avoir été grassement rémunérés par le Qatar, connu pour défendre ses intérêts et sa très douteuse réputation par d’infinies largesses.

Comme on pouvait s’y attendre, Strasbourg brandit sa vertu offensée et appelle à faire front dans l’épreuve. “La démocratie européenne est attaquée”, s’est écriée Roberta Metsola, présidente du Parlement européen. C’est, si l’on peut dire, nous payer de mots. La démocratie risque d’autant moins d’être attaquée qu’elle n’a pas le moindre semblant d’existence à Strasbourg, Bruxelles et Francfort.

Le traité de Lisbonne a comme fondement le déni de démocratie, puisqu’il reprend un texte rejeté par référendum en France et aux Pays-Bas.

Les organes de l’Union européenne, organisation internationale régie par des traités et non par une Constitution, entretiennent par leur dénomination une fiction institutionnelle étrangère aux principes de la démocratie représentative : le Parlement de Strasbourg n’a pas l’initiative des lois, c’est le Conseil des ministres de l’UE et la Commission européenne qui se partagent les pouvoirs exécutif et législatif, au mépris du principe fondamental de séparation des pouvoirs.

La Banque centrale européenne et la Cour de justice de l’UE agissent hors de tout contrôle démocratique, alors que leurs décisions et arrêts influent directement sur les Etats et sur la vie quotidienne des citoyens.

Ce n’est pas la démocratie que le Qatargate met en échec, c’est l’empire des normes. Pour éviter la corruption à Bruxelles et à Strasbourg, un énorme dispositif réglementaire a été mis en place. Il existe un Office européen de lutte antifraude qui fait des enquêtes et qui contribue à l’élaboration de la politique antifraude. Il existe un Parquet européen qui peut mener des enquêtes pénales et poursuivre les affaires de fraudes et de corruption. S’y ajoutent les deux directions – affaires intérieures et justice – de la Commission européenne qui s’occupent de corruption. Résultat : c’est grâce à la justice belge que le scandale de Strasbourg a été dévoilé !

Ce n’est pas tout. En s’appuyant sur une montagne de textes réglementaires, la citadelle bruxelloise de la vertu émet chaque année un Rapport sur l’Etat de droit riche en recommandations destinées aux États qui ne respectent pas les règles communes. C’est ainsi que la Commission européenne recommande à la France de “veiller à ce que les règles relatives aux activités de lobbying soient appliquées de manière cohérente à tous les acteurs concernés, y compris au plus haut niveau de l’exécutif”. C’est là une discrète allusion aux relations nouées entre la compagnie américaine Uber et Emmanuel Macron quand il était ministre de l’Economie – mais la recommandation bruxelloise n’empêchera pas l’intéressé de dormir sur ses deux oreilles.

Plus la République était corrompue, plus les lois se multipliaient. La citation bien connue de Tacite ne trouble pas les producteurs de normes qui annoncent déjà de nouveaux dispositifs de lutte anti-corruption. Ils ne veulent pas voir que l’Union européenne a, sans le vouloir, installé la corruption au cœur de ses structures.

L’intention initiale semblait pertinente : reconnaître l’existence des groupes de pression plutôt que de subir leurs opérations clandestines de corruption. Il est cependant difficile, voire impossible, de faire la différence entre les différents degrés de l’influence car l’information diffusée par les groupes de pression et l’expertise qu’on leur prête ne sont jamais neutres. Il est par ailleurs impossible d’imposer un équilibre entre les groupes d’influence : l’avantage va aux plus riches qui peuvent déployer d’innombrables avantages permettant d’échapper aux normes de la transparence et qui peuvent peser efficacement sur les décisions. Les grandes firmes européennes et américaines consacrent chaque année plusieurs millions d’euros à la promotion de leurs intérêts alors que Force ouvrière, par exemple, ne dépense que 25 000 euros. Le budget comparé des syndicats et des groupes capitalistes dit clairement qui fait la loi à Bruxelles et à Strasbourg.

Il n’est donc pas possible d’affirmer que le Qatargate est un regrettable accident. Nous assisterons peut-être au jugement et à la condamnation d’Eva Kaili et de ses amis mais il faudra garder à l’esprit une vieille maxime italienne : Quand la corruption devient visible, c’est que tout est pourri. Les citoyens des Etats européens, parmi tant d’autres, sont victimes d’une corruption systémique. Celle-ci ne touche pas seulement les organes de l’Union européenne : qu’il s’agisse de la politique, du sport, de l’affairisme ou des mafias, les réseaux s’articulent et l’argent sale est placé dans les paradis fiscaux – pour 8 700 milliards de dollars selon une estimation récente.

Le mélange d’impuissance verbeuse, de complaisance et de complicité active que nous avons sous les yeux aboutit au total discrédit de ceux qui prétendent incarner l’Europe.

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Editorial du numéro 1246 de « Royaliste » – 18 décembre 2022

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