Emmanuel Macron, des images au lieu des actes

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Arnaud Florac 19 décembre 2022.

 BOULEVARD VOLTAIRE

Capture d’écran

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Décidément, on ne l’arrête plus. Ce n’est pas un homme, c’est un météore. Jamais fatigué, jamais « jetlagué », toujours entre deux poignées de main, entre deux embrassades. Emmanuel Macron habite le monde, mentalement, puisqu’il considère que la culture française n’existe pas, et physiquement, depuis 2017, puisqu’il a décidé – probablement pour « faire régalien » – de porter à l’extérieur une parole qu’il veut singulière, qu’il veut française et qui peine, le plus souvent, à convaincre.

Le président de la République avait fait le déplacement pour la finale de la Coupe du monde de football. Il en a profité pour se faire photographier dans les vestiaires ou sur la pelouse, enlaçant étroitement Kylian Mbappé, l’impérial artisan de la remontada française. À peine reparti du Qatar, alors même que cet émirat, phare des droits de l’homme et de la transparence financière, menace de façon à peine voilée l’Union européenne de sanctions en cas de poursuite de sa tentaculaire enquête pour corruption, voici Macron de nouveau sur le départ. Cette fois, c’est sur le Charles-de-Gaulle, en pleine mer, que le chef des armées ira passer un peu de son précieux temps.

L’emploi du temps présidentiel pour le 19 décembre détaille par le menu les macronesques déambulations : entretien avec le personnel, discours puis dîner de Noël avant l’heure, histoire de faire passer quelques messages et, sans doute aussi, quelques pilules. En effet, la loi de programmation militaire, qui prévoit une augmentation de budget historique, risque de n’avoir aucun des effets escomptés. L’armée française verra ce budget gargantuesque englouti par l’inflation du fait de la guerre en Ukraine (« en raison du contexte », comme on dit pour les pénuries de moutarde ou les augmentations du prix à la pompe…). Par ailleurs, le changement stratégique de la France, qui veut désormais se préparer à la guerre de haute intensité, induit des coûts très importants : une guerre comme avant (mais pas avec les moyens d’avant) implique davantage de soldats, de véhicules, de munitions…

Il est probable que Macron n’en ait cure : ce qui l’intéresse, ce n’est pas le succès des Bleus, les performances du Charles-de-Gaulle ni même l’avenir des armées. Ce qui l’intéresse, ce sont les images, ces images tellement importantes aux yeux de ceux qui l’ont réélu : Macron au téléphone, Macron en pilote, Macron en chef de chantier, Macron en sweat-shirt des commandos de l’air, Macron en mini-série (Le Candidat, souvenez-vous…). De telles images lui permettront peut-être d’atteindre l’un de ses prochains objectifs : prix Nobel de la paix, président de l’Union européenne… On devine que, pour lui, le rôle de chef de l’État n’est qu’un passage, une ligne sur un CV. Cette fuite en avant gesticulatoire montre assez bien que l’état réel du pays (tout comme l’état du pays réel) lui importe assez peu. Il n’est pas venu rendre hommage à la mobilisation des policiers contre les supporters marocains, ni présenter ses condoléances à la veuve de Bezons dont le mari a été massacré par des racailles, la semaine dernière. Il est bien au-dessus de ça, y compris littéralement, puisqu’il est en avion.

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