Après l’Algérie, Gérald Darmanin au Sénégal : des visas, des visas, encore des visas…

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Gabrielle Cluzel 21 décembre 2022. BOULEVARD VOLTAIRE

 

Mandatory Credit: Photo by Laurent Coust/SOPA Images/Shutterstock

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Gérald Darmanin ne plaint pas sa peine. Après l’Algérie lundi, le voici, ce mardi, au Sénégal. Celui que d’aucuns décrivent comme un « vice-Premier ministre, qui se verrait bien prendre la place d’Élisabeth Borne d’ici la fin du mandat » ne connaît pas de trêve des confiseurs. Mais il a quand même la hotte du père Noël. Remplie de visas.

En Algérie, Gérald Darmanin a signifié – comme cela a été fait en Tunisie et au Maroc – la fin de la « crise des visas ». On se souvient qu’en septembre 2021 – début de la campagne présidentielle, sûrement une coïncidence -, Emmanuel Macron avait annoncé diviser par deux les visas délivrés aux ressortissants de ces pays. Une mesure de rétorsion envers des États renâclant à délivrer des laisser-passer consulaires. Foin de ces mesquines chamailleries aujourd’hui, embrassons-nous, Folleville ! Qu’a-t-il été négocié en échange de ces largesses ? Difficile à dire précisément.

Au Sénégal, la question des visas est encore et toujours au cœur de la visite ministérielle. Gérald Darmanin a tenu à rassurer les demandeurs, promettant une accélération du traitement et envoyant des signaux forts, notamment aux étudiants : « Si je prends l’année 2022 que nous terminons, il y deux fois plus de visas accordés aux étudiants sénégalais qu’en 2015. » Et ce n’est pas encore assez, selon lui : « Il faut continuer encore cette augmentation pour ceux qui souhaitent terminer leurs études en France, qu’on puisse faciliter leur venue et la reconduite de leurs titres de séjour. »

Qu’a-t-il été obtenu en retour ? Là encore, le mystère reste entier, ou presque.

Une amorce de solution pour le trafic de crack ? Rien n’est moins sûr. Car Darmanin est formel : il veut « couper court à [la] rumeur » : « Il n’y a pas, en tout cas, pas dans des quantités très importantes, de drogue qui circule entre le Sénégal et la France. » Tout au plus y a-t-il « quelques personnes – il ne s’agit vraiment que de quelques personnes – qui participent à des trafics, notamment à Paris ».

Sans doute l’essentiel des autres trafiquants sont-ils des militants d’ultra-droite ou des supporters anglais ? Pourquoi, dans ce cas, les nourrices recélant le crack s’appellent-elles communément « Modou », comme en wolof, et non « Nanny », comme dans la langue de Shakespeare ? Allez savoir !

C’est quand même pour ces « quelques personnes »« cette question vraiment marginale », ces « clichés à casser », selon les mots, cette fois, de son homologue sénégalais Antoine-Félix Abdoulaye Diome que Gérald Darmanin a fait le déplacement puisque le dossier « crack » était officiellement au programme. Mais pourquoi donc perdre son temps et l’argent public nécessaire au déplacement dans un pays qui n’y est quasiment pour rien ?

Notons que Gérald Darmanin a profité du voyage pour se rendre à Gorée, fameuse île aux esclaves à quelques encablures du port de Dakar. Sur Twitter il évoque « une visite très émouvante » de la « maison des esclaves » – dont la plupart des historiens s’accordent à penser aujourd’hui qu’elle était plus sûrement la maison d’une signare (riche métisse) qu’un lieu de transit pour les esclaves mais qui reste dans les esprits un symbole -, remerciant « ceux qui font perdurer cette mémoire » : « N’oublions pas. »

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Un autre monument, de bien moindre importance, bien sûr, mais qui ne devrait pas être dénué d’intérêt pour un ministre français, s’élève sur la place principale de l’île, en face de la mairie. Il n’a pas pu lui échapper. Il s’agit d’une stèle de quatre mètres portant 21 noms, ceux des médecins et pharmaciens français, « victimes de leur dévouement pendant l’épidémie [de fièvre jaune] de 1878 ».

L’occasion aurait été bonne de faire sortir de l’oubli, ne serait-ce que par un tweet, ce monument. Si le Sénégal – et tant de pays d’Afrique – peuvent se targuer d’une démographie insolente qui est leur grande richesse, ils le doivent pour bonne part à la science et à la diligence des médecins français. Ceux-ci soignaient des populations civiles, développant maillage sanitaire, programmes de vaccination, protection maternelle et infantile, venant à bout de fléaux réputés invincibles : lèpre, tuberculose, peste, choléra, maladie du sommeil, paludisme (l’hématozoaire fut découvert par le médecin militaire Alphonse Laveran), fièvre jaune, variole (éradiquée), etc.

Certains l’ont payé de leur vie.

Darmanin aurait pu s’y arrêter un instant. Pour leur rendre l’hommage que la France leur doit, et parce que pour négocier sans être certain de perdre à tous les coups, il faut en finir avec l’éternel statut de débiteur, masochiste et amnésique. Oui, la colonisation a porté, aussi, des fruits positifs.

Mais il se dit aussi que Gérald Darmanin penserait à 2027. Et sans doute n’oublie-t-il pas que son Pygmalion Macron, en 2017, avait choisi d’accabler la France coloniale en l’accusant de « crime contre l’humanité », et que cela lui avait plutôt bien réussi. Ces médecins qui ont fait don de leur vie ne sont pas encore prêts de sortir de l’oubli.

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