"La Fifa et le Qatar auront réussi à étouffer le débat sur les travailleurs et les LGBT"
« Quant aux promesses de la création d’un fonds d’indemnisation pour les travailleurs blessés ou tués durant l’organisation du Mondial, la FIFA a réussi à étouffer le débat. »
© NurPhoto via AFP

« La Fifa et le Qatar auront réussi à étouffer le débat sur les travailleurs et les LGBT »

Entretien

Propos recueillis par Etienne Campion

Publié le 21/12/2022 à 18:26

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« La Fifa et le Qatar auront réussi à étouffer le débat sur les travailleurs et les LGBT »

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On dresse le bilan politique de la Coupe du Monde avec Kévin Veyssière, journaliste, fondateur du média FC Geopolitics, qui vient de faire paraître « Mondial Football Club Geopolitics – tome II, 22 histoires insolites sur la Coupe du monde de football » (Max Milo).

Marianne : Ce jour de finale de Coupe du Monde, avec la remise du trophée, était, comme ce tournoi, très politique…

Kévin Veyssière :On a vu, en effet, Emmanuel Macron très présent, voire trop, auprès de l’Équipe de France. Pour témoigner, certes, qu’il était leur premier supporter. Mais les scènes avec Kylian Mbappé et dans les vestiaires étaient excessives. Emmanuel Macron a beau être fan de foot, il y a eu politisation à outrance de l’évènement de sa part.

Ensuite on l’a vu aux côtés de l’émir du Qatar, Tamim Al-Thani, lors de la remise des médailles et du trophée. Sans doute une volonté d’affirmer le partenariat France-Qatar dans un contexte où les pays de l’Union européenne ont besoin des pays du Golfe persique sur la question énergétique, et que la France préparait un sommet en Jordanie pour tenter d’apaiser les relations de la région autour du cas irakien.

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À LIRE AUSSI : « Qatargate » : Doha menace de couper le gaz à des Européens encore trop dépendants

Enfin, la cérémonie a été marquée par la remise surprise d’une tenue traditionnelle, un « bisht », par l’émir du Qatar à la star de l’effectif argentin, Leo Messi. Un marqueur d’honneur pour célébrer le joueur argentin comme « le roi du football », mais aussi un moyen pour le Qatar d’associer son identité, et plus largement celle du monde arabe, à la victoire de l’Argentine à travers une photo qui fera le tour du Monde.

La question des conditions des travailleurs migrants et celle du coût écologique de l’évènement ont été mises au second plan… La réussite est totale pour le Qatar ?

Il est vrai que peu a été dit sur le sort des travailleurs migrants lors de cette Coupe du Monde. Il faut dire que le resserrage de boulons du Qatar et de la Fifa au début de la compétition a fonctionné et que l’enjeu sportif a vite pris le pas sur les polémiques autour du Mondial. La question qui se pose est plutôt pour l’après, de savoir ce qu’il va advenir pour ces milliers de travailleurs migrants dont les conditions de travail ont légèrement évolué, mais qui ne seront plus sous les projecteurs de l’enjeu de la Coupe du Monde.

Quant au coût écologique, la question de la climatisation a quand même été mise en avant puisqu’elle a été utilisée dans les stades alors même que cela n’était pas nécessaire. Maintenant que les stades sont construits, c’est surtout la question de l’héritage et de l’utilisation future de ces enceintes ultra-modernes qui interroge, vu le peu d’entrain des Qataris pour se rendre au stade et même supporter leur équipe nationale de football.

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Le débat politique aura finalement été plus mis en avant autour du port du brassard « One Love » et de la défense communauté LGBT+. Finalement peu d’équipes nationales se sont clairement mobilisées, si ce n’est l’Allemagne mais qui a dû faire marche arrière face à l’intransigeance de la Fifa et aux enjeux de la « realpolitik » (signature d’un contrat de gaz à Doha entre l’Allemagne et le Qatar en marge du Mondial).

Coté Fifa, c’est également une réussite ? Quels sont désormais ses enjeux ?

Gianni Infantino, le président de la Fifa, est tout sourire. Pour lui, cette Coupe du Monde est « la meilleure de tous les temps », comme il l’avait déjà dit pour la précédente édition en Russie. L’organisation de ce Mondial au Qatar n’a eu affaire à aucune faille majeure et l’ambiance était même plutôt bonne durant certains matchs. Sans compter de nombreuses surprises sportives, un parcours exceptionnel du Maroc et une finale de rêve entre la France de Mbappé et l’Argentine de Leo Messi.

Les enjeux sont aussi économiques. La Fifa, qui tire 50 % de ses revenus de la vente des droits TV de la Coupe du Monde, a déclaré avoir fait 7,5 milliards de revenus grâce au Mondial au Qatar. Elle ambitionne de faire 11 milliards pour la prochaine Coupe du Monde, à 48 équipes, et qui aura lieu sur 3 pays (Canada, États-Unis, Mexique).

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