L’Egypte et le Parlement européen : les leçons du « printemps arabe » n’ont pas été retenues 

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L’Egypte, pays démocratique, constitue un rempart vital contre le terrorisme djihadiste.

Abdelrahim Ali 

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23 décembre 2022. CAUSEUR

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L’Egypte et le Parlement européen : les leçons du « printemps arabe » n’ont pas été retenues
Abdelrahim Ali

La campagne menée actuellement contre l’Egypte sur la question des Droits de l’homme ne profite qu’aux fanatiques fréristes et leurs légions terroristes. Ceux qui sont à l’origine de cette campagne contribuent à freiner les efforts de l’Egypte sur la voie de l’évolution démocratique. Tribune d’Abdelrahim Ali, Egyptien francophile, spécialiste des Frères musulmans et du djihadisme.


Les parlementaires européens ont la mémoire sélective. Car si la défense des Droits de l’homme est devenue le cheval de bataille de l’Occident dans la période post-soviétique, ces nobles valeurs sont souvent déformées par un certain nombre de mouvements et d’acteurs politiques, dont l’agenda réel n’a rien à voir avec elles car ils poursuivent en fait des buts politiques subversifs sous prétexte de liberté et de démocratie.

Le meilleur exemple en France et ailleurs en Occident, est celui de nombreuses organisations islamo-gauchistes qui s’en prennent constamment à l’Egypte, ce pays qui se dresse sur la ligne de confrontation avec l’organisation fanatique des Frères musulmans, qui dirige et orchestre le terrorisme islamique, et continue de noyer dans le sang l’Egypte et de nombreux autres pays arabes depuis qu’ils ont détourné le soi-disant « printemps arabe ».

Les Droits de l’homme sont devenus des prétextes utilisés systématiquement par les Frères musulmans, depuis l’Europe, dans leur campagne contre l’Egypte. Les cercles démocrates américains, le Qatar et la Turquie y participent afin de diaboliser l’État égyptien et d’agiter les forces mondiales et l’opinion publique occidentale contre l’Égypte.

En tant qu’Egyptien, islamologue francophile attaché à une défense de la laïcité, et en tant que spécialiste des Frères musulmans et du jihadisme, je ne peux que déplorer le fait que la campagne de dénonciation contre l’Egypte ne profite qu’aux fanatiques fréristes et leurs légions terroristes. Ceux qui lancent ces campagnes contre Le Caire contribuent volontairement ou involontairement – car les «idiots-utiles» et les naïfs sont légion – à freiner les efforts de l’Egypte sur la voie du développement et de l’évolution démocratique.

Hélas, nombre d’organisations de défense des Droits de l’Homme puisent leurs informations concernant l’Egypte auprès des cadres de la Confrérie des Frères musulmans en fuite à l’étranger. L’organisation internationale des Frères musulmans des capitales occidentales fournit des informations mensongères à de nombreux militants des Droits de l’homme ou de l’islamo-gauchisme, ce qui fait circuler les accusations des Frères musulmans dans les médias et au Parlement européen. 

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Je rappelle que les organisateurs et les auteurs des vagues d’attentats terroristes qui ont fait des centaines de morts en France et en Europe sont également responsables de milliers de victimes égyptiennes innocentes dans mon pays. Aucun endroit en Égypte n’a été épargné.

En effet, l’Égypte a parcouru un long chemin dans la lutte contre le terrorisme, et nous devrions l’aider plutôt qu’entraver ses efforts dans sa lutte contre ce groupe. Malheureusement, cette période est souvent oubliée lorsque l’Egypte est mise en cause par les défenseurs des Droits de l’homme.

Le Caire a connu deux révolutions majeures : la première a vu les Frères musulmans s’approprier le pays en juin 2012. La seconde a vu l’arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah El-Sissi en juin 2014, après que des millions d’Égyptiens aient manifesté afin que l’armée se range du côté du peuple et destitue l’ancien président Morsi, qui voulait établir un État islamiste extrémiste.

Lorsque Abdel Fattah El-Sissi a été plébiscité par une majorité populaire, la demande du peuple était que le nouveau chef d’Etat redresse l’économie égyptienne au bord de l’effondrement et sauve littéralement une société plongée dans un état chaotique. Le jihadisme sanguinaire frappait les administrations, les lieux de culte chrétiens, la cathédrale copte du Caire, les mosquées modérées non soumises aux Frères et elle a fait des centaines de martyrs, musulmans et chrétiens. Le terrorisme envahissait la capitale, les villes et les villages, et il dissuadait les investisseurs étrangers et les touristes : il fallait un homme fort et des mesures exceptionnelles pour rétablir la confiance, l’ordre, la sécurité et la stabilité, afin de reconstruire totalement le pays et le sortir du marasme économique et financier. Le Parlement élu en octobre 2015 – dans lequel j’ai eu l’honneur de siéger – a adopté à cet effet des lois d’exception, parfois dérogatoires à certains droits politiques comme la liberté d’expression et de manifestation ainsi que le droit d’assignation des services de l’Etat devant les tribunaux. Mais dans des circonstances de guerre civile larvée et d’extrême urgence, mêmes les plus anciennes et irréprochables des démocraties occidentales ont prévu dans leurs constitutions des phases d’état d’urgence, de répression et de restriction des libertés lorsqu’il faut combattre un ennemi omniprésent, l’éradiquer de la société et punir ses partisans et complices.

Que cherchent les détracteurs du pouvoir égyptien ? Le chaos ?

L’Egypte revient de loin : aidons-là à combattre le fascisme islamiste.

Par ailleurs, on peut demander aux députés européens verts, de gauche et autres, qui ont voté en novembre dernier une résolution contre l’Egypte et le président Al-Sissi, ce qu’ils feraient si l’Egypte s’effondrait et devenait – comme la Libye – un « trou noir stratégique », abandonné aux jihadistes, aux mafias et aux trafiquants de migrants sur fond d’exil massif de millions d’âmes terrorisées et appauvries ?… Que resterait-il des Droits de l’homme et du citoyen si le pays faisait totalement faillite et devenait, comme les pays du Sahel après la chute de Kadhafi, le centre du terrorisme africain et arabe ? Et qu’adviendrait-il de la paix mondiale si on laissait le terrorisme déstabiliser la région, à travers le plus peuplé et plus grand des Etats arabes ? Enfin, qu’arriverait-il à l’Europe si le prétendant au Califat, Recep Taiyyp Erdogan, parrain des Frères musulmans et des terroristes de Daech, étendait son influence et ses bases dans toute la Libye puis trouvait son voisin égyptien dans un état de faiblesse générale, donc incapable de lui tenir tête alors que Le Caire protège pour le moment ses voisins du sud de l’Europe et arabes contre l’impérialisme turco-ottoman frériste ?

Une autre question doit être posée aux militants des droits de l’homme occidentaux qui défendent les militants des Frères musulmans arrêtés en Egypte depuis 2013 et les présentent comme des “prisonniers politiques démocrates” : savez-vous que le Hamas, l’un des plus anciens groupes terroristes qui sévit depuis Gaza, celui qui a lancé la “mode” des attentats suicides barbares (en lien avec l’Iran et le Qatar qui le financent), est une section officielle des Frères musulmans en Palestine ? Que le fondateur d’Al-Qaïda et formateur d’Oussama Ben Laden, Abdullah Azzam, était un cadre officiel des Frères musulmans ? Que Saiyd Qutb, le plus grand penseur des Frères musulmans avec Hassan al Banna, est le père du jihadisme et la référence première des idéologues d’Al-Qaïda, de Daech et même de l’ayatollah Khomeiny ? Que l’une des plus hautes figures mondiales des Frères musulmans, Youssef al-Qardaoui, cofondateur de la plupart des associations des Frères musulmans officiels en Europe, référence suprême de l’ex-UOIF membre du CFCM français, est l’auteur de centaines de fatwas invitant à lancer des attaques-suicides contre les Américains, les Juifs, les dirigeants arabes nationalistes et laïques, les blasphémateurs, les apostats, et qu’il ordonne aux musulmans d’Europe de ne pas s’intégrer, les autorise à battre leurs femmes et appelle à conquérir l’Europe et envahir Rome, comme l’Etat islamique et Daech ? Ceux qui ne croient pas que cela soit possible peuvent consulter les fatwas de Qardaoui aisément et même acheter ses ouvrages en vente libre, comme Le Licite et l’Illicite qui incite à tuer les blasphémateurs et apostats… Les organisations de défense des Droits de l’homme dites “antifascistes” qui défendent les Frères musulmans sous prétexte que certains de leurs cadres ont tactiquement préféré l’action politique “démocratique” au lieu du jihadisme, ignorent-elles réellement tout cela ? Ces militants peuvent-ils ignorer également, eux qui luttent contre l’extrême-droite, que les Frères musulmans ont été des admirateurs d’Hitler, que Qardaoui a vanté l’holocauste ouvertement, appelé à tuer les Juifs, et que l’ami et collaborateur de Hassan al Banna, le Grand Mufti de Jérusalem Al-Husseini, fut officiellement un collaborateur de l’Allemagne nazie, un théoricien de la Solution finale et qu’il fut accueilli en héros au Caire par les Frères musulmans en 1945, lorsqu’il s’échappa de sa prison française après avoir été condamné pour crimes contre l’humanité au Tribunal anti-nazi de Nuremberg ? Le dossier des Frères est “lourd”, mais les anti-fascistes européens et occidentaux semblent curieusement pardonner aux fascistes islamistes ce qu’ils reprochent à leurs dirigeants patriotes ou nationalistes occidentaux.

A ceux qui, lors d’appels et de résolutions de députés européens ou américains contre l’Egypte, ont réclamé (en vain) un embargo sur les ventes d’armes vers l’Egypte, il convient de rappeler, que, outre la lutte contre le terrorisme et le renforcement de la police nationale égyptienne, vitale pour sécuriser le pays, l’Egypte doit développer les capacités de son armée afin d’affronter les interventions turques de plus en plus menaçantes dans la région, pas seulement pour l’Egypte, mais pour l’UE elle-même, car deux de ses membres, la Grèce et Chypre, sont également visées par les agressions militaires turques en Méditerranée orientale. C’est dans ce contexte global que l’Egypte a renforcé son partenariat stratégique avec la France et ces deux pays, ainsi qu’avec un autre allié stratégique de la France, les Emirats arabes unis, qui abritent une base militaire française. C’est dans ce même contexte stratégique que le Parlement égyptien démocratique a voté un grand projet de reconstruction et de développement durable du pays. Nous répondons, à ceux qui accusent Le Caire de ne pas se soucier des Droits de l’homme, que ce plan élargit au contraire les assises du concept traditionnel des Droits de l’homme pour y inclure les droits sociaux et économiques concrets, au moins aussi fondamentaux que les droits politiques et les références théoriques.

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On peut citer parmi ces grands travaux nationaux, la suppression des bidonvilles, le droit des citoyens à des logements décents, l’amélioration des services de santé, la modernisation de l’enseignement, essentielle pour lutter contre le fanatisme, l’octroi aux femmes et aux chrétiens coptes du droit élémentaire à une représentation politique adéquate – grâce à des procédures de discrimination positive lors d’échéances électorales, etc. Sans oublier les projets d’électrification géants réalisés et vitaux pour le développement, lui-même crucial pour lutter contre le terreau social de l’extrémisme. Grâce à ces mesures, les femmes ont pour la première fois dans l’histoire de l’Egypte obtenu 25% de sièges au parlement. Quant aux Coptes, ils ont obtenu 31 sièges, soit six fois plus que dans les précédents parlements. Nous aurions apprécié que les défenseurs des Droits de l’homme, qui se soucient des « répressions » en Egypte et défendent les Frères musulmans jihadistes arrêtés depuis 2013, mentionnent ces acquis et progrès inédits réalisés par le président Abdelfattah al-Sissi.

Hélas, on constate que nombre de ces associations tentent au contraire, depuis des années, sous prétexte de dispositions internationales relatives aux Droits de l’homme, de réaliser d’autres objectifs, notamment au profit des Frères musulmans.

Enfin, nous posons cette question à ceux qui critiquent l’Égypte et aux activistes du droit d’ingérence au nom des Droits de l’homme : veulent-ils que nous, pour leur plaire, sacrifiions notre cohésion nationale, notre souveraineté, et que nous approuvions leurs opinions, simplement pour leur plaire, quitte à semer le chaos dans le pays ?

Nous leur répondons que l’Égypte est un État souverain, qu’elle a mené et mène, toujours seule, la guerre contre le terrorisme. L’Egypte n’aura de cesse de combattre le terrorisme des Frères musulmans tant qu’elle n’aura pas remporté la victoire complète, et que seul le peuple égyptien dispose du droit d’interroger et de juger ses dirigeants, non pas le Parlement européen ou d’autres organisations internationales.

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