Du fédéralisme à la servitude, la logique de l’AMGOT, par Jean Goychman

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Jean GoychmanparJean Goychman

 6 janvier 2023

LE COURRIER DES STRATEGES

Du fédéralisme à la servitude, la logique de l’AMGOT, par Jean Goychman

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Le grand obstacle à la mondialisation monopolaire a toujours été la souveraineté des nations. Au-delà de l’évidence antinomique, qui ne devait jamais apparaître, faute de disqualifier le processus avant même que sa mise en œuvre ne débute, le contournement de cette souveraineté ne pouvait se faire qu’en remplaçant les nations par une autre entité.


Pour réussir une telle mystification, cette entité devait apparaître comme un substitut amélioré de la nation, présentant les mêmes avantages tout en étant mieux adaptée aux changements que l’inéluctable évolution des choses allait entraîner.

C’était, en quelque sorte, une modification fondamentale qui devait rester souterraine, du moins tant que les choses ne devenaient pas irréversibles.

Le mythe de la paix d’une Europe intégrée

Au lendemain de la guerre, tous les peuples aspiraient à la paix. Il y a fort à parier qu’ils y ont toujours aspiré et je n’ai pas trouvé d’exemple de guerre déclarée à un peuple par un autre peuple.

Depuis 150 ans,  la France n’a jamais déclaré directement la guerre à un autre pays. Nous nous sommes toujours trouvés en état de guerre par le jeu des « alliances ». 

Mais lorsque les malheurs de la guerre sont encore présents dans les esprits, l’opinon publique est plus réceptive aux discours pacificateurs. Faire de la nation la cause universelle des guerres en la désignant comme résultat du nationalisme s’imposait à ceux qui voulait détruire les nations, et ce fût efficace. Evidemment, s’il n’y avait plus de guerre en vue et que les causes de celle-ci avaient disparu, pourquoi entretenir une armée nationale?

C’est ainsi que le piège tendu par l’AMGOT s’est refermé sur l’Europe de l’Ouest.

L’OTAN, fille de l’AMGOT

Démilitarisation d’un côté, guerre froide de l’autre, qui pouvait défendre l’Europe de l’Ouest face au menaçant « Ours soviétique »? D’autant plus que depuis 1949 l’URSS était devenue une puissance nucléaire. La réponse parut naturelle et, dans leur grande sollicitude, les Etats-Unis proposèrent de créer l’OTAN. Cette dernière paracheva en quelque sorte un des objectifs de l’AMGOT qui n’avait pu être atteint à la fin de la guerre, à savoir une occupation militaire du territoire français avec un certain nombre de bases américaines:


Mais l’OTAN avait vocation à s’étendre dans tous les pays signataires, qui se trouvaient, dans un premier temps, essentiellement en Europe de l’Ouest. A ce titre, on peut la considérer comme étant un des socles de la future Europe, et ceci est très important, car cela signifiait depuis le départ que la défense européenne dépendrait essentiellement du bon vouloir des Etats-Unis. La CED (Communauté Européenne de Défense) ne pouvait dès lors, que prétendre à « faire de la figuration »

Cet abandon manifeste de souveraineté n’avait guère suscité d’interrogation de la part des dirigeants des pays européens, dont une partie d’entre-eux envisageaient probablement avec sérénité le futur fédéralisme européen.

De Gaulle, opposant résolu à la vassalisation de l’Europe

A peine libéré du fardeau algérien, alors qu’il avait d’une façon prioritaire la future « force de dissuasion » dès son arrivée aux affaires en 1958, de Gaulle se hâte de proposer au Chancelier Adenauer le fameux « Traité de l’Elysée ». La France est devenue une puissance nucléaire en février 1960 et cela lui permet de proposer à l’Allemagne ce « bouclier nucléaire » qui serait devenu ainsi une pièce-maîtresse de la future défense européenne, rendant ainsi caducque l’existence de l’OTAN.

Kennedy avait fait en sorte que les députés allemands du Bundestag réduisent à une coquille vide le traité de l’Elysée, pourtant signé par Adenauer, montrant clairement leur soumission aux Etats-Unis.

Poursuivant seul sa démarche, de Gaulle retire la France du commandement intégré de l’OTAN en 1966, affirmanr haut et fort son indéfectible attachement à la souveraineté nationale.

Soixante après, où en sommes nous?

La guerre fait rage en Europe, sous l’apparence d’un conflit opposant l’Ukraine et la Russie, mais qui, dans sa réalité, est un affrontement direct entre la Russie et l’OTAN et peut-être même entre les tenants d’un monde monopolaire et ceux partisans d’un monde multipolaire. Feignant de ne rien voir, la plupart des pays de l’Union Européenne ont servilement décidé de ne pas provoquer la colère des Etats-Unis et de ceux qui les dirigent et, sous couvert de leur appartenance à l’OTAN, ont accepté de soutenir l’Ukraine, alors que la logique aurait voulu que l’UE joue un rôle d’arbitre. C’était du reste dans cet esprit que l’Allemagne et la France étaient cosignataires des « Accords de Minsk » de 2015.

Ayant accepté de prendre parti pour l’Ukraine, ils devaient appliquer les sanctions économiques infligées à la Russie alors même qu’ils allaient en être les principales victimes. Pourquoi?

On comprend ainsi toute l’indignation manifestée par Oskar Lafontaine dans une interview récente:

Cette phrase est attribuée au poète Eschyle : « La vérité est la première victime de la guerre ». « Cela conduit à la conclusion que pour trouver la paix, il faut revenir à la vérité. Et cela signifie que chaque guerre a sa propre histoire. Et la préhistoire de la guerre d’Ukraine commence avec l’image que les États-Unis se font d’une nation élue, prétendant être et rester la seule puissance mondiale ».

Et il poursuit :

« La politique étrangère allemande nuit aux intérêts de notre pays et ne contribue pas à la paix en Europe. Elle a besoin d’une restructuration complète. Si la géopolitique américaine menace d’une guerre entre puissances nucléaires, il appartient aux politiciens allemands et européens de faire tout ce qui est possible pour maintenir notre région en dehors de ce conflit.

L’Europe doit se séparer des États-Unis et jouer un rôle de médiation entre les puissances mondiales rivales. Ensemble, l’Allemagne et la France ont le potentiel pour développer une politique étrangère et de sécurité européenne indépendante ».

Force est de constater que ces propos, pourtant de pur bon sens, sont jusqu’alors restés lettre morte.

D’autres voix, telle celle de Henri Guaino, ont pourtant tenté de se faire entendre, mais rien ne semble pouvoir arrêter aujourd’hui ce qui ressemble de plus en plus à une sorte de suicide collectif européen.

Non contents de nous avoir occupé, puis neutralisé militairement et maintenant vassalisé, les descendants de l’AMGOT, nous considèrent-ils aujourd’hui comme des pays potentiellement dangereux pour eux au point de nous interdire tout développement futur ?

Quels sont nos intérêts ? Est-ce de suivre aveuglément les Etats-Unis qui, visiblement, veulent continuer à dominer le monde, ou bien ne devrions-nous pas plutôt réfléchir à cette nouvelle donne qui peut donner à l’Europe, dans un monde multipolaire, un rôle d’équilibre, voire d’arbitre, entre les continents appelés à devenir les futurs pôles de ce nouveau monde ?

Les peuples de l’Union Européenne doivent être conscients de la réalité de ce qui se joue sous nos yeux mais dont, visiblement, on veut les tenir éloigné.

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