Les somnambules, précieux alliés de Macron

PUBLIÉ LE :9 JANVIER 2023 DANS le blog d’Ivan Rioufol. TOUS LES ARTICLES

Que sont les Français devenus ? Les voici pantouflards, désabusés, râleurs immobiles. Le vieux peuple vif-argent, prêt à se lever pour défendre des libertés ou des injustices, se laisserait-il gagner par l’apathie, l’indifférence, le renoncement ? Tout le démontre pour le moment. Samedi, la relance des Gilets jaunes s’est soldée par un fiasco. La manifestation parisienne (2000 personnes environ) a été majoritairement celle d’une extrême gauche ayant vidé le mouvement initial de sa substance. Le 17 novembre 2018, les drapeaux des provinces avaient envahi les Champs Elysées, témoignages spontanés du réveil de la France oubliée. C’est un drapeau palestinien que j’ai vu brandi au départ d’un maigre cortège, encadré de près par des forces de l’ordre musclées et déployées en nombre. Il est vrai que la stratégie policière de la nasse, qui interdit à un participant de quitter le cortège en cas de tension, dissuade quiconque aimerait se joindre au défilé. Les quelques rares <historiques> que j’ai néanmoins rencontrés reconnaissaient s’être fait voler leur création. En réalité, l’extrême gauche se comporte comme l’alliée utile du pouvoir, en ayant rendu répulsif le symbole du Gilet jaune. Son esprit, construit sur le rejet des syndicats et des récupérations politiques, est à rechercher ailleurs.

Emmanuel Macron est le premier à admettre que « plus personne ne tient aucune troupe ». Il se sait vulnérable à une coalition des colères. Pour l’instant, elles sont sourdes, dispersées, craintives face à une répression policière qui ne craint pas la brutalité. « Mettez-vous du côté des gens », a conseillé le président à ses ministres, comme si cette attitude n’allait pas de soi. Macron ne peut espérer sauver son quinquennat qu’en misant sur la perpétuation du somnambulisme de la société. Il est vrai qu’elle a montré ses dispositions pour la soumission, durant la gestion de crise déployée contre le Covid. Alice Desbiolles, médecin de santé publique, porte un jugement très critique (1) sur cette instrumentalisation de la peur et le refus d’entendre des avis divergents. Elle écrit, s’inquiétant du renoncement à nos acquis démocratiques : « Ce que nous avons fait au nom d’une certaine vision de la « santé » et de la « science », nous pourrions le refaire  pour un autre motif, d’apparence légitime (l’écologie, la paix, la défense de la démocratie) mais dont le sens, des mots comme des interventions, serait vicié et détourné dès la racine ». Le « quoi qu’il en coûte » est un anesthésiant efficace pour calmer les irritations des maltraités. Cependant, la France n’a plus les moyens de poursuivre cette fuite en avant dispendieuse. « Il faut mettre fin à l’ivresse de la dépense publique », a d’ailleurs prévenu Bruno le Maire, ministre de l’Economie. Reste que ce couperet annoncerait, pour Macron, la fin de sa tranquillité.

(1) Réparer la santé,  Rue de l’Echiquier

Je participerai, cette semaine, à La belle équipe, sur CNews (14h-15h30)Replay de lundi.

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