Les parents n’osent plus laisser sortir leurs enfants en ville : seulement à cause des voitures et des pédophiles ?

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Frédéric Sirgant 14 janvier 2023. BOULEVARD VOLTAIRE

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C’est un phénomène qui n’a rien de nouveau mais qui s’est amplifié ces dernières années : les enfants ont déserté les villes. Invisibles. À l’école, au collège ou chez eux. Dans leur club de sport, leur conservatoire ou chez des copains. Et, entre les deux, en voiture. Et pour ajouter de l’enfermement à l’enfermement, sur leurs écrans. Mais jamais sur les places, que ce soit dans les grandes ou les petites villes et même dans les villages. Il suffit de revoir un film de Tati pour mesurer l’ampleur de cette régression. À l’effondrement de la natalité est venue s’ajouter la réclusion des enfants. L’espace urbain est préempté par de jeunes adultes ou des quincados en trottinette et des boomers en SUV (je sais, je caricature).

Le Covid n’a été qu’un accélérateur. Les conséquences néfastes sur la santé physique et mentale des enfants sont bien connues : addiction aux écrans, repli sur les réseaux sociaux, manque d’activité physique, surpoids, phobies scolaires quand, en plus, le collège devient pour certains le lieu du harcèlement, comme vient de le rappeler tragiquement le suicide du petit Lucas. Mais la raison de ce phénomène est également connue : l’inquiétude des parents souhaitant légitimement protéger leurs enfants, devenus des « enfants d’intérieur », selon l’expression d’un philosophe cité par Le Parisien.

Nous avons là une nouvelle conséquence désastreuse de la montée de l’insécurité en France. Mais, pour Le Parisien, celle-ci n’a que deux visages : « l’essor du trafic automobile qui, par ricochet, a fait disparaître les aires de jeux pour enfants pour les transformer en places de stationnement. Mais aussi l’apparition, depuis les années 1990, de la figure du pédophile et une plus grande sensibilisation des parents à ce sujet. » Le chauffard et le pédophile. comme si le terrain n’était pas occupé par d’autres profils. Les dealers qui tiennent un quartier ? Les bandes de racailles ? Des centaines d’étrangers sous OQTF ou mineurs non accompagnés qui traînent ? Les fichés S libres comme l’air ? Les récidivistes remis en liberté ? Les parents ont bien compris le message répété par le général Schmitt : ils savent que « dans la rue, il y a des bombes ». Les parents ont bien raison d’être vigilants et toute l’actualité récente en ce domaine, du meurtre de Lola au calvaire des habitants de Stalingrad, ne peut que les conforter. Et si un universitaire spécialiste de cette question cité par Le Parisien reconnaît que « la tendance globale dans les villes européennes est donc celle d’un retrait des enfants de l’espace public », c’est peut-être que, justement, ces villes ou ces quartiers sont de moins en moins européens…

Mais tout ce pan de la réalité est soigneusement évité par l’article comme on contourne un quartier mal famé. Même évitement quand il passe devant le marché des solutions. Ce serait « aux parents de changer leur regard sur les normes éducatives en vigueur et le danger, réel ou supposé, d’accorder de la liberté aux petits » ! Et, bien sûr, la ville de Paris, toujours à la pointe de l’innovation urbaine, a « des pistes […] à l’étude pour piétonniser l’espace public, créer des « rues aux enfants », des aires de jeux ».

Comment n’y avait-on pas pensé plus tôt…

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