Quand McKinsey inspire la politique éducative de Macron et Pap Ndiaye

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Philippe Kerlouan 15 janvier 2023 BOULEVARD VOLTAIRE

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On savait depuis longtemps que les réformes successives de l’Éducation nationale, sous tous les gouvernements, s’inspiraient de rapports, toujours orientés dans le même sens, ou de directives européennes. Mais Macron pousse le bouchon plus loin : son programme éducatif semble obéir aux recommandations de McKinsey. L’hebdomadaire Marianne consacre un article à un rapport sur l’évolution du métier d’enseignant, commandée à ce cabinet de conseil. Un rapport de 200 pages (téléchargeable jusqu’au 25 janvier) très instructif pour comprendre les prétentions de mainmise du néolibéralisme sur l’enseignement et que l’on peut consulter après les démarches entreprises par David Libeau, développeur, membre de l’association Open Knowledge France, et Marc Rees, journaliste pour le site d’investigation L’Informé, comme le rapporte Marianne.

Macron, lors de sa campagne présidentielle de 2022, a présenté l’autonomie des établissements, les rémunérations au mérite et le fonctionnement décentralisé comme la panacée pour sortir l’enseignement du marasme dans lequel il est plongé. Eh bien, c’est du McKinsey ! Pas très original, au demeurant : facturer pour la bagatelle de 496.800 euros ce qui traîne dans la plupart des rapports antérieurs, Thélot, Meirieu, Pochard et tutti quanti, avec ces formules ronflantes qui signifient tout et rien, peut paraître un peu cher. « Rémunérations au mérite », par exemple, voilà qui sonne bien, qui paraît équitable : mais comment évaluer objectivement le mérite d’un professeur ? Demandez-le à McKinsey, il le sait !

Les professeurs « ne sont plus uniquement des « sachants » qui transmettent un savoir théorique »,  ce sont des êtres hybrides, mi-moniteurs, mi-animateurs, qui accompagnent l’épanouissement de l’élève, y compris en l’éduquant sur des sujets comme « le respect de la diversité, le développement durable, l’équité sociale ou l’égalité des sexes ». Il est vrai que pour ce faire, il n’est pas besoin de professeurs qui maîtrisent la matière qu’ils enseignent. Fini la crise du recrutement ! Il suffit d’embaucher des gens bien-pensants qui répètent, comme des perroquets, les slogans à la mode.

Ledit cabinet de conseil préconise également de faire évoluer les méthodes pédagogiques en développant, notamment, le numérique, mais pas seulement comme un outil au service de l’instruction. Ainsi, cette technologie pourrait aider le futur enseignant à « préparer les cours, automatiser partiellement la notation » ou encore le « seconder dans l’analyse des progrès réalisés par les élèves ». Comme l’écrit Marianne, il deviendrait « un simple gestionnaire, analysant courbes, graphiques et pourcentages au profit de la maximisation des résultats ».

N’employez surtout plus le mot de « professeur », encore moins celui de « maître ». C’est obsolète. L’adulte qui s’occupera de vos enfants – on n’a pas encore défini son nom – et qu’il conviendra de distinguer pour ses mérites, s’il répond bien aux normes définies, c’est celui qui sera un bon « manager » de ses élèves – pardon, des « apprenants » –, voire un chief happiness officer, ce « responsable du bonheur » qu’inventa la Silicon Valley. Lui-même sera « managé » par un chef qui aura davantage de prérogatives, un « leadership pédagogique », ignorât-il tout de l’enseignement, avec « des pouvoirs étendus dans l’allocation de ressources financières et humaines ».

Il n’est pas étonnant que cet esprit start-up de McKinsey séduise un Président pour qui les valeurs suprêmes sont la rentabilité et le profit, tandis que le peuple doit être formé à exécuter et à consommer docilement. Chez ces gens-là, on conçoit une société qui tiendrait à la fois du Meilleur des mondes de Huxley et de 1984 d’Orwell, où le conditionnement serait un mode de gouvernement. Une société où la normalisation est la règle, la servilité récompensée, la liberté honnie.

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Philippe Kerlouan

Chroniqueur à BV, écrivain, professeur en retraite

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