[Débat] Réponse à Philippe Charlez sur la crise énergétique : la France peut déroger aux règles européennes

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Daniel Fédou 16 janvier 2023. BOULEVARD VOLTAIRE

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Boulevard Voltaire a demandé, le 7 janvier, à Philippe Charlez de donner son avis sur la crise énergétique. Il nous livre des explications historiques fournies auxquelles je crois néanmoins utile d’ajouter un petit commentaire.

Jusqu’à François Hollande, on avait fait beaucoup de promesses pour acquérir les voix des écologistes. Mais on n’avait pas touché à nos capacités productives d’électricité nucléaire : la voix de la raison parvenait encore à se faire entendre. Emmanuel Macron l’a fait : il a fermé Fessenheim. On mesure aujourd’hui son incompétence et celle de son équipe.

In fine, Phillipe Charlez aborde succinctement les solutions : « Quels sont les points qui empêchent la France de sortir du marché électrique européen ? Le premier est juridique. » Certes, il y a des questions juridiques à régler. Mais, comme il le rappelle, « les Espagnols et les Portugais ont obtenu une dérogation pour s’affranchir momentanément du système électrique européen ». Il paraît difficile de penser que la France ne pourrait pas obtenir une dérogation équivalente. Il ajoute que des sociétés qui ne l’étaient pas sont devenues productrices d’électricité. Que cela constituerait un obstacle. Il cite Total et Engie. Mais qui peut imaginer qu’on les empêchera – ou qu’ils s’arrêteront – d’en produire et d’en vendre ? D’autant qu’en cette période de pénurie, ils seront en position de force pour discuter les prix.

On voit là que Philippe Charlez joue sur les mots. Il s’emploie à démontrer que la France ne peut pas sortir du marché européen de l’électricité. Bien sûr qu’elle ne le peut pas : le marché européen de l’électricité est constitué des producteurs et des consommateurs européens, la France restera de toute façon dedans. La question n’est pas de sortir de ce marché mais de sortir d’un certain nombre de règles qui ont été décidées au niveau européen pour le réglementer et qui ne fonctionnent pas, en tout cas pas pour nous.

Philippe Charlez expose ensuite une deuxième raison : « À cause de la fermeture de ses centrales nucléaires […], la France n’est plus totalement indépendante énergétiquement […]. On a besoin de leur électricité en cas de froid […]. » Certes. Mais ils nous la vendront. Car eux aussi pourront avoir besoin de notre électricité. Ils seront alors contents de nous trouver pour qu’on la leur vende. Certes, il se pourrait qu’il manque de l’électricité au total. Mais dans ce cas, ce n’est pas la réglementation européenne qui empêchera la pénurie.

Puis il explique que les entreprises qui produisent à partir du gaz ne mettront pas leurs centrales en route si elles ne sont pas rémunérées à un niveau suffisant. Bien sûr. Mais il ajoute qu’il faudra alors subventionner le gaz. Pas du tout : on achètera simplement leur électricité au prix convenable. En revanche, les Français pourront cesser d’acheter l’électricité nucléaire au prix de celle au gaz. Pour eux, la différence par rapport à la situation actuelle sera très avantageuse.

Philippe Charlez avance enfin son quatrième argument : « La consommation électrique sera presque doublée vers 2050. La France pourra-t-elle le faire sans soutien ou collaboration de ses voisins ? Ce n’est pas sûr non plus. » La forme interrogative utilisée montre qu’il a conscience de sortir, là, de son domaine de compétences. De fait, son hypothèse ne tient pas : la France trouve actuellement des prêteurs pour financer des dépenses de fonctionnement qui ne rapportent rien et n’en trouverait pas pour financer des investissements destinés à produire davantage d’électricité ?

Pour Philippe Charlez, donc, on ne peut rien faire. Or, la France doit sortir d’urgence de ce système de tarification européen insensé pour elle. Car si elle continue à faire des chèques pour compenser tant bien que mal un prix de l’électricité beaucoup trop élevé, elle ne pourra plus emprunter. Elle se sera mise à la merci complète des financiers internationaux.

Nous avons beaucoup d’experts pour exposer nos problèmes, peu pour proposer des solutions.

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