Après la Russie, les États-Unis se préparent à une guerre avec la Chine

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Frédéric Lassez 18 janvier 2023 

 

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Les récentes déclarations au Financial Times du lieutenant général James Bierman, plus haut gradé du corps des Marines des États-Unis au Japon, ont eu le mérite de la clarté. Prenant modèle sur la préparation militaire de l’Ukraine à une future confrontation avec la Russie après 2014, l’armée américaine et ses alliés préparaient désormais « le théâtre » d’une guerre avec la Chine : « Pourquoi avons-nous atteint le niveau de succès que nous avons obtenu en Ukraine ? Cela s’explique en grande partie par le fait qu’après l’agression russe en 2014 et 2015 [annexion de la Crimée], nous nous sommes sérieusement préparés à un futur conflit : formation pour les Ukrainiens, prépositionnement d’équipement, identification des sites à partir desquels nous pourrions opérer, opérations de soutien. Nous appelons cela le théâtre. Et nous préparons le théâtre au Japon, aux Philippines, dans d’autres endroits », indiquait le lieutenant général.

Des déclarations suivies, quelques jours plus tard, le 13 janvier dernier, par la visite à Washington du Premier ministre japonais, Fumio Kishida, à un moment où son pays opère, comme l’Allemagne, un virage idéologique majeur en renonçant à sa posture pacifiste héritée de la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En décembre dernier, le Japon annonçait en effet sa décisionde réviser sa stratégie de sécurité nationale de « défense défensive » (avec une armée configurée uniquement pour l’autodéfense), non seulement en doublant ses dépenses militaires, mais aussi en développant des capacités de « contre-attaque », c’est-à-dire de projection offensive vers l’extérieur.

Un changement radical encouragé par les Américains qui ont besoin de renforcer leurs alliances face aux défis lancés par un couple sino-russe bien décidé à mettre un terme au monde unipolaire issu de la fin de la guerre froide. « Nous modernisons notre alliance militaire en nous appuyant sur l’augmentation historique des dépenses de défense du Japon et sur sa nouvelle stratégie de sécurité nationale », se félicitait Joe Biden lors de sa rencontre avec le dirigeant japonais. La perspective d’une prochaine confrontation avec la Chine conduit les Américains à accélérer, non seulement le renforcement, mais aussi la jonction de ses partenariats transatlantiques et transpacifiques. Comme le notait le New York Times, le 13 janvier dernier, les discussions du Premier ministre japonais et du président américain ne s’étaient pas limitées à la zone asiatique mais avaient également porté sur l’instabilité de l’Europe et la guerre en Ukraine : « Nous nous opposons fermement à toute tentative unilatérale de modifier le statu quo par la force ou la coercition, où que ce soit dans le monde », avaient-ils déclaré.

Un « statu quo » unipolaire remis en question par des puissances dites « révisionnistes » et dont il convient de contenir les ambitions. Si Russes et Chinois s’unissent avec d’autres pour contester l’ordre mondial actuel, les Américains ne sont pas en reste pour mobiliser leurs alliés de l’Atlantique au Pacifique. L’ambassadeur américain au Japon, Rahm Emanuel, cité par le Washington Post, évoquait récemment les efforts réalisés par les Américains et les Japonais pour « réduire la distance entre le transatlantique et l’Indo-Pacifique en une seule sphère stratégique ».

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre la présence, pour la première fois, en juin dernier à Madrid, de pays de la zone indo-pacifique à un sommet de l’OTAN. Le Japon mais aussi l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la République de Corée avaient été invités. Lors du sommet, un « nouveau concept stratégique » de l’OTAN avait été présenté qui contenait une évolution majeure en évoquant pour la première fois la Chine et en la présentant comme une menace directe à la sécurité de l’Alliance : « La République populaire de Chine affiche des ambitions et mène des politiques coercitives qui sont contraires à nos intérêts, à notre sécurité et à nos valeurs. »

Sous l’influence américaine, l’Alliance a, ainsi, progressivement évolué pour passer d’une approche défensive euro-atlantique à une logique de projection hors de sa zone géographique initiale au nom de la « sécurité internationale » (sommet de Lisbonne, novembre 2010). L’accélération de l’arrimage de l’Union européenne à l’OTAN constituant un dernier aspect du grand chambardement en cours et des efforts américains pour aligner leurs alliés sur leur programme stratégique. La récente déclaration conjointe UE-OTAN, du 10 janvier dernier annonçait ainsi un renforcement du partenariat actuel et ciblait directement la Chine : « Notre époque est marquée par une intensification de la compétition stratégique. L’enhardissement de la Chine et les politiques appliquées par celle-ci sont sources de défis auxquels il nous faut répondre. »

Pour ceux qui s’interrogeraient sur la position de la France au milieu de cette gigantesque partie d’échecs géopolitique, on rappellera les propos tenus par le chef d’état-major de la Marine nationale, l’amiral Vandier, en juillet 2022, devant la commission de la Défense de l’Assemblée nationale : « Nous devons préparer la capacité à combattre ensemble. Contre la Marine chinoise, nous gagnerons si nous nous battons ensemble, en coalition. » La guerre, donc, une guerre mondiale, qui part du principe que les intérêts américains se confondent avec ceux de l’Europe et de la France.

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