Loi immigration: pour le sénateur Philippe Bas, Élisabeth Borne avoue son «impuissance» et s’y résigne

Par Emmanuel Galiero. LE FIGARO. 27 avril 2023

Le questeur LR du Sénat a analysé une certaine confusion chez Emmanuel Macron et son gouvernement.

Vu du sénat, la suite du quinquennat est très mal engagée. Philippe Bas, sénateur LR de la Manche, porte un regard sévère sur le retrait du projet de loi immigration et sur la manière dont la première ministre renvoie la responsabilité de ce report sur les épaules de la droite.

«Ce qui reste de son programme, c’est d’abord ce qu’elle en a retiré: la loi sur l’immigration», accuse le questeur du Sénat. Rappelant que ce texte était «pourtant» prêt et déjà réécrit par la commission des lois au Palais du Luxembourg, il fustige le prétexte brandi par le chef du gouvernement pour justifier ce retrait. «L’excuse avancée – il n’y a pas de majorité! – est un terrible aveu d’impuissance, et même de résignation à cette impuissance, ce qui me paraît très grave. Avec ce raisonnement, le gouvernement aurait dû retirer aussi la réforme des retraites le mois dernier, puisqu’elle n’avait pas non plus de majorité à l’Assemblée nationale», tance le parlementaire.

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Selon lui, la dérobade de l’exécutif sur l’immigration préfigure des jours sombres dont il ne sortira «rien de bon».«Seules les réformes faciles correspondant au plus petit commun dénominateur de la politique française seront désormais proposées pour donner le change. Mais c’est la fatalité de l’immobilisme qui s’impose sans que la première ministre fasse autre chose que la constater. On est tombés de la toute-puissance de Jupiter à la soumission de Gulliver», blâme l’ex-secrétaire général de Jacques Chirac à l’Élysée.

Sans cap ni grande cohérence

À la lumière des récentes déclarations présidentielles, au lendemain de la validation de la retraite à 64 ans par le Conseil constitutionnel, Philippe Bas avait analysé une sorte de confusion chez Emmanuel Macron. «On pourrait s’attendre à ce que le président de la République prenne un petit peu de hauteur et qu’il fasse une distinction plus nette entre présider et gouverner. Mais c’est très curieux, car il y a une sorte de déni de la réalité politique.» Car, selon le sénateur, le chef de l’État fait comme s’il avait des moyens d’action qui lui permettaient de réformer alors que, sans majorité, l’agenda lui est largement imposé. «Au lieu de revêtir les habits de l’arbitre au-dessus de la mêlée, il se reproche à lui-même de ne pas y être descendu. Et donne ainsi le mauvais exemple d’un président confondant son rôle avec celui d’un premier ministre», constatel’élu manchois.

Pour le questeur LR du Sénat, Emmanuel Macron n’ayant plus cette majorité absolue, comme ce fut le cas lors de son premier quinquennat, il serait bien inspiré d’imaginer des chemins pour redevenir l’«arbitre» que la Constitution de la Ve République fait de sa fonction présidentielle. Le sénateur s’étonne d’ailleurs d’avoir entendu le chef de l’État reconnaître lui-même son manque d’engagement dans l’action gouvernementale pour la réforme des retraites. «C’est assez singulier»,pointe-t-il, notant chez Macron une forme d’impatience à vouloir purger la question des retraites en ouvrant une série d’autres chantiers dans le domaine social, mais sans cap ni grande cohérence. Comme l’a cruellement montré le catalogue récité jeudi par la première ministre depuis l’Élysée.

Il n’y a pas de fatalité ou de malédiction imposant une impossibilité de négocier cette réformePhilippe Bas

Quatre jours avant les manifestations du 1er Mai, dans le contexte bruyant des «casserolades» qui fleurissent un peu partout sur un territoire français où certains ministres sont contraints d’annuler leurs déplacements, Philippe Bas souligne la nécessité pressante d’une autre méthode. Il est plus qu’urgent, insiste-t-il, que le pouvoir prenne la mesure des priorités du pays, comme le sont la question migratoire, le pouvoir d’achat et l’inflation.

Enfin, en cas de décision positive du Conseil constitutionnel le 3 mai concernant le deuxième référendum d’initiative partagée réclamé par la gauche, Philippe Bas croit que le gouvernement pourrait ouvrir un nouveau chapitre plus vertueux. Au lieu d’y aller «dos au mur et crispé», il pourrait amorcer une vraie négociation sociale. «Il n’y a pas de fatalité ou de malédiction imposant une impossibilité de négocier cette réforme», juge l’élu en citant l’exemple du texte de 2003, «plus difficile à faire» puisqu’il touchait les fonctionnaires. Cette réforme avait finalement débouché sur un accord avec la CFDT et la CGC. En cas de RIP, le sénateur LR pense que le pouvoir serait en position de force pour ouvrir une nouvelle page et border l’impératif des 17 milliards de recettes à dégager d’ici à 2030. Une telle perspective ouvrirait la voie d’un apaisement d’autant plus nécessaire que l’inquiétude des syndicats réformistes face à une radicalisation des positions lui semble immense aujourd’hui.

Deux conditions

Caressant cet espoir sans nier les obstacles, Philippe Bas lie la réussite d’un hypothétique renouveau politique à deux conditions: «Un président qui préside avec la hauteur et le recul nécessaires et un gouvernement qui gouverne énergiquement et courageusement!» Le contre-exemple, en somme, d’un report de cette réforme «immigration» attendue par de nombreux Français.

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