L’océan Indien, la prochaine grande zone de développement. Charles Gave.

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Charles Gave INSITUT DES LIBERTES 30 avril, 2023

Regardez cette carte.

C’est là que tout va se passer dans les décennies qui viennent.

Depuis des lustres, « on » m’explique que le monde est en train de basculer de l’Atlantique vers le Pacifique et c’est vrai, mais d’une certaine façon, cela s’est déjà produit.

Ce qui n’est pas le cas pour les pays qui bordent l’océan Indien: à ce jour, les empires de l’océan Indien sont non seulement peu intégrés au reste du monde mais aussi peu intégrés avec leurs voisins .

La thèse que je vais développer dans ce papier est simple :  Nous allons avoir dans les décennies qui viennent la plus extraordinaire croissance Ricardienne dans cette région que le monde aura connue. Pour ceux qui n’ont pas encore croisé ce thème dans mes écrits, je vais préciser ce que j’entends par les mots « croissance Ricardienne ».

La croissance économique a deux sources

  1. L’invention Schumpetérienne dont le principe de fonctionnement est la « création destructrice ». L’arrivée des ampoules électriques tue les fabricants de chandelles et lance l’âge de l’électricité. Philosophiquement, cette croissance est illimitée puisque les ressources de l’esprit humain sont infinies (sauf si Bruxelles s’en occupe).
  2. La croissance Ricardienne, dont le principe de fonctionnement est la Loi de Ricardo, dite des avantages comparatifs. Chacun se spécialise dans ce qu’il fait le mieux et vend à ses voisins ses produits en échange de ce que les pays voisins font mieux que lui. Cette croissance est limitée dans le temps. Par exemple, en Europe, après deux guerres mondiales, le Traité de Rome, en facilitant le libre-échange, a permis un immense développement économique, qui est maintenant entravé par la lourdeur du système administratif mis en place pour gérer ce développement.

En ce qui concerne les pays autour de l’océan Indien, ma thèse est que nous sommes probablement au démarrage d’une immense période de croissance Ricardienne qui aura son épicentre en Inde et dans les pays de l’océan Indien, mais dont les effets se feront sentir aussi bien en Russie qu’en Turquie, au Proche Orient ou en Afrique et dans tous les pays au nord de l’Himalaya.

Commençons par un état des lieux.

  • Plus de la moitié de l’humanité vit dans l’arc qui va de l’Egypte jusqu’à Jakarta.
  • C’est dans cette zone que se trouvent d’immenses réserves inexploitées de gaz et de pétrole en Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Irak, Iran ou de charbon (Indonésie). Si l’économie n’est que de l’énergie transformée, le moins que l’on puisse dire est que cette zone sera la partie du monde où l’énergie sera la moins chère, et où donc la croissance sera la plus forte.
  • Pour se développer, cette zone n’a besoin de rien inventer. Il suffira de copier ce que les americains, les européens, les Japonais, les Chinois… ont fait par le passé pour bâtir des infrastructures qui ne demandent aucune invention particulière.
  • Une partie de la zone est reliée au reste du monde, mais ce qui frappe quand on regarde une carte, c’est à quel point les pays de la zone ne sont pas reliés les uns aux autres, ce qui me ramène à l’équation de base de la croissance Ricardienne. Imaginons que deux pays limitrophes tels l’Iran et l’Inde aient eu peu de relations entre eux. S’ils décident de s’ouvrir l’un à l’autre, il faudra bâtir une série de routes d’aéroports, de ports, d’hôtels pour répondre à cette nouvelle demande. Si un troisième pays se joint aux deux précédents (la Turquie), il faudra bâtir trois séries de lignes de communication. Si un quatrième pays arrive l’Arabie Saoudite), il faudra six lignes. La formule mathématique si nous avons (n) pays qui veulent commercer les uns avec les autres est qu’il faut établir n(n-1)/2 de nouvelles lignes de communications. Nous allons donc avoir un boom des dépenses d’investissement dans cette zone que l’on peut comparer au boom Chinois des quarante dernières années.
  • Cette zone disposera d’une énergie bon marché mais aura besoin des autres matières premières.  Elles viendront d’Afrique bien sûr, du Brésil et de l’Amérique Latine mais surtout de Russie et des pays au Nord de l’Himalaya (Kazakhstan etc…) . La Russie et l’Iran sont en train de bâtir une ligne ferroviaire de 3000 km de long qui reliera les deux pays. Cette ligne sera branchée sur le Transsibérien, ce qui permettra à la Chine, l’atelier du monde, de transporter ses marchandises sans passer par la mer jusqu’à l’Iran ou l’Inde.
  • Ce qui veut dire que la route de la soie terrestre va bifurquer vers le Sud et passer par la Turquie, la Syrie, l’Irak, l’Iran attachant ainsi ces pays à la zone de croissance de l’océan Indien.
  • Et les transactions entre la Russie et les pays de la zone de l’océan Indien seront soldées soit en roubles, soit en monnaies locales, ce qui libérera la plupart de ces pays de la nécessité d’avoir des dollars pour acheter les matières premières dont ils pourraient avoir besoin(Voir l’article de la semaine dernière sur l’Inde).
  • Pour la première fois dans l’Histoire, les matières premières venant de Russie et les produits venant de Chine arriveront en Inde, par la terre.  La Russie, de ce fait, sera essentielle dans l’approvisionnement alimentaire de la zone, ce qui permet une vision un peu diffèrent du conflit avec l’Ukraine.

Donc, tout va se passer dans les pays qui bordent l’océan Indien.

Supposons à ce point du raisonnement qu’il soit correct. Qu’est cela veut dire en termes macro-économiques ?

Une chose toute simple : Cette région va connaitre un boom des investissements en infrastructure absolument historique.

Et pourquoi ? Parce que le rentabilité des investissements dans cette région va exploser à la hausse, a cause de la Loi des avantages comparatifs. Ce qui veut dire que R (la rentabilité du capital en moyenne dans le monde) est à la veille de connaitre une hausse spectaculaire. Mais, comme le sait chaque étudiant de première année en économie, au niveau  mondial I = S , ou en termes simples, l’épargne est égale à l’investissement.

Ce qui veut dire qu’il va falloir que le stock d’épargne au niveau mondial augmente de façon sensible.  La seule manière de faire monter le stock d’épargne est d’augmenter la rentabilité pour les épargnants, c’est-à-dire de faire grimper sensiblement les taux d’intérêts réels.

J’ai connu une situation exactement similaire lors de la réunification allemande, saluée avec bonheur par les marchés financiers jusqu’au moment où les taux réels en Allemagne grimpèrent au-dessus de 5%, ce qui entraina la sortie de l’euro de la Grande Bretagne, de la Suède et de l’Italie, la faillite du Crédit Lyonnais en France et une tres belle récession immobilière en Europe

Eh bien, nous sommes dans la même situation, puissance dix.

Les taux réels vont monter partout dans le monde.

Ce qui veut dire que tous les pays qui sont en déficit d’épargne se manifestant par des deficits budgétaires et des deficits extérieurs qui faisaient financer ces deficits par ceux qui avaient des excédents d’épargne dans le monde, vont se retrouver à poil, comme le proverbial baigneur de Warren Buffet, qui nageait sans maillot.

Et si les taux réels montent sensiblement dans les pays déficitaires, nous allons rapidement nous retrouver avec  des problèmes de solvabilité des gouvernements locaux, ce qui fera monter encore plus les taux d’intérêts (craintes sur le remboursement du principal) et baisser leurs monnaies, surtout si les pays qui investiront dans le nouvel eldorado ont tout ou  partie de leurs ancienne épargne investie dans des obligations américaines ou européennes, qu’ils vendront allègrement pour investir dans la nouvelle zone de croissance.

Qui seront donc les grands perdants dans le nouveau monde qui se dessine sous nos yeux ? La réponse est simple : Tous ceux qui ont investi tout ou partie de leur épargne dans les obligations des pays en deficits structurels d’épargne ou dans l’immobilier de ces mêmes pays.  Qui veut de l’immobilier dans des pays dont la croissance et la demographie s’effondrent.  Je songe en particulier à la France, à la Grande-Bretagne et aux USA. 

Dans le domaine des pays, il est hors de question que le dollar soit utilisé par les pays de la zone, à l’exception de l’Inde peut être, soucieuse de ne fâcher personne et à condition que la diplomatie américaine ne vienne pas leur chercher des poux dans la tête. Donc, ceux qui ont placé une partie de leur excèdent d’épargne en obligations américaines devraient en sortir le plus vite possible. Il vaut mieux être le premier à paniquer qu’être le dernier.…

On ne voit pas tres bien comment la partie étatique des pays en Europe ne seraient pas frappés de plein fouet par ces développements Le niveau de vie du fonctionnaire et du retraité (les nouveaux rentiers, électeurs de Macron) va beaucoup baisser tandis que le niveau de vie des entrepreneurs et des travailleurs qui seront prêts à s’exiler va beaucoup monter.

Qui seront les grands gagnants ?

Bien entendu, ceux qui ont une épargne excédentaire. Cette épargne excédentaire ne sera pas recyclée par Wall – Street ou la City, ni par la place financière de Paris qui n’existe que dans le monde imaginaire où vit Bercy, mais par Hong- Kong, Singapour, Dubaï, Mumbai, les Iles Maurice et peut être Ankara, déjà très actif dans le marché de l’or.

Dans le domaine des sociétés, toutes les entreprises qui savent bâtir des ponts, des aéroports, des routes, construire des villes, fabriquer une centrale nucléaire, produire des objets qui servent à quelque chose, faire tourner des systèmes complexes, vendre des armes à un prix raisonnable, vont cartonner comme jamais.

Grace à ma formidable capacite à prévoir l’avenir, il y en a déjà un certain nombre dans la liste des valeurs sélectionnées par l’Institut des Libertés :  Schneider, Air Liquide, Total, Accor (on aura besoin de beaucoup d’hôtels dans la nouvelle zone), Pernod Ricard (l’alcool ne sera pas interdit à toute la zone et s’il l’était, on en vendra encore plus), Cap Gemini, Sodexho (il va falloir nourrir les gens sur les chantiers, LVMH, Danone …Et puisque j’ai parlé du portefeuille type IDL , tout cela m’amène à ne rien changer dans sa construction.

¼ d’or. Les transactions entre tous ces pays seront partiellement soldées en or.

 ¼ d’obligations Chinoises, Indienne ou Singapourienne.

½ dans les actions françaises qui n’ont rien à voir avec le ou les gouvernements.

Et vous rebalancez les mois ou tous les trimestres.

Dans le fond, il est urgent de ne rien faire.

Auteur: Charles Gave

Economiste et financier, Charles Gave s’est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire en 2001 “ Des Lions menés par des ânes “(Éditions Robert Laffont) où il dénonçait l’Euro et ses fonctionnements monétaires. Son dernier ouvrage “Sire, surtout ne faites rien” aux Editions Jean-Cyrille Godefroy (2016) rassemble les meilleurs chroniques de l’IDL écrites ces dernières années. Il est fondateur et président de Gavekal Research (www.gavekal.com).

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