L’éditorial du Figaro Magazine: «Élections en Turquie, les leçons du 1er tour»

Par Guillaume Roquette. 19 mai 2023

Une fois de plus, nos lunettes d’Occidentaux libéraux n’ont pas permis de voir le monde tel qu’il est.

Chercheur à Sciences Po, Bayram Balci est un expert internationalement reconnu de la Turquie. Dimanche dernier, il commentait avec une rare lucidité la performance d’Erdogan, qui a frôlé la réélection au premier tour de la présidentielle: «Je suis très surpris, déçu, mais aussi honteux, personnellement. Car je constate que j’ai très mal compris les électeurs turcs.»

À sa décharge, il est loin d’être le seul.

Tout le monde ou presque pensait que la grave crise économique (50 % d’inflation!), les dizaines de milliers de morts du récent séisme, la dérive autoritaire du pouvoir mais aussi le rassemblement de l’opposition derrière un candidat unique allaient profondément fragiliser le président sortant, au pouvoir depuis vingt ans.

Or, non seulement Recep Tayyip Erdogan ne s’est pas effondré, mais il garde toutes ses chances pour le second tour, le 28 mai prochain. Mieux, son parti, l’AKP, sort aussi en tête des élections législatives qui avaient lieu le même jour que la présidentielle.

À lire aussiÉlections en Turquie: «Ni le séisme, ni l’inflation, ni la récession n’auront eu raison d’Erdogan»

Une fois de plus, nos lunettes d’Occidentaux libéraux, épris avant tout de prospérité et de démocratie, n’ont pas permis de voir le monde tel qu’il est.

Une fois de plus, l’intérêt économique n’a pas été déterminant dans les choix démocratiques d’un peuple.

Une fois de plus, les atteintes au pluralisme ont pesé moins lourd aux yeux des électeurs que l’orgueil nationaliste. «Apparemment, la majorité des Turcs est moins sensible qu’on pourrait le penser aux libertés et aux droits», reconnaît Bayram Balci.

Et contrairement à ce qu’on aurait pu penser, le vote en faveur de l’autocrate islamo-conservateur Erdogan ne s’est pas concentré dans les régions les plus reculées de Turquie. Les Turcs d’Allemagne, qui vivent pourtant quotidiennement au contact de notre monde libéral, l’ont largement soutenu, comme ils l’avaient fait lors de la précédente élection présidentielle (64,8 % des suffrages chez le 1,5 million d’électeurs turcs résidant outre-Rhin).

Les Occidentaux doivent en tirer les conclusions

Quelle que soit l’issue du second tour, nous ne pouvons pas ignorer la réalité du premier: les Turcs ont refusé de désavouer leur président, quasiment 50 % veulent même qu’il reste au pouvoir cinq ans de plus.

C’est leur droit le plus strict, mais les Occidentaux doivent en tirer les conclusions. Un pays dont la moitié de la population adhère démocratiquement à un régime autoritaire islamique doit se voir définitivement fermer les portes de l’Union européenne. Surtout quand il refuse de choisir son camp entre l’Ukraine envahie et l’agresseur russe, continuant de commercer avec Moscou malgré les sanctions internationales.

Et le même constat devrait s’imposer concernant la présence de la Turquie dans l’Otan. Joe Biden nous affirme que l’Alliance atlantique réunit les nations éprises de liberté qui luttent contre les totalitarismes.

Mais alors, qu’y fait la Turquie, qui occupe par la force le tiers de Chypre et participe à l’étranglement de l’Arménie? Il serait bon que le processus électoral en cours soit l’occasion de clarifier toutes ces incohérences.

………………………………………..

Guillaume Roquette « oublie » de préciser que 64 /% desTurcs vivant en France ont également choisi Erdogan au premier tour…

ARTOFUS

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :