MEMORABILIA

Xavier Bertrand, représentant d’une droite forte ou candidat de substitution à Macron ?

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Xavier Bertrand a triomphé dans les Hauts-de-France aux élections régionales. Mais quelle ligne incarne vraiment l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy dans la perspective de la présidentielle ? Analyse.

Par  Alexandre Bertolini Publié le 1 juillet 2021 VALEURS ACTUELLES

Xavier Bertrand © Marceau Voituron/SIPA

Xavier Bertrand le soir de sa victoire dans les Hauts-de-France. © Marceau Voituron/SIPAPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

« Ma primaire, ça sera le scrutin régional des Hauts-de-France », expliquait Xavier Bertrand dès le mois d’août 2020, dans un entretien au journal Corse-Matin. Soucieux de faire monter l’enjeu des élections régionales, il a ensuite mis sa tête dans l’équation : en cas de défaite, il a répété pendant des semaines qu’il arrêterait la politique. Elle n’est pas tombée. Le président de la région a obtenu près de 52% des suffrages contre 26,5% pour le candidat RN Sébastien Chenu au second tour, quand une semaine plus tôt la liste LREM n’avait pas dépassé le premier tour avec 9% des voix et alors que le gouvernement avait dépêché le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, amenant Emmanuel Macron à voter pour le candidat investi par LR au second tour. Xavier Bertrand ne pouvait pas rêver mieux. Dans sa région, il a réussi le pari de s’afficher en homme d’une droite sociale, proche du terrain, sensible aux revendications des Gilets jaunes. Reste à savoir si la recette peut s’appliquer au niveau national. « Il portera le même projet au niveau national qu’au niveau régional : la mobilité sociale, que les gens puissent vivre de leur travail, l’investissement pour la sécurité des citoyens », explique un membre de son entourage à Valeurs actuelles.A LIRE Hauts-de-France : après la région, Xavier Bertrand vise déjà la présidentielle

Le soir de sa victoire dans le Nord, le 27 juin, conscient de l’importance du moment, le candidat déclaré à la présidentielle depuis un entretien au Point fin mars, a prononcé un vrai discours de campagne, invitant ses électeurs des Hauts-de-France mais aussi tous les Français à bâtir « un nouveau projet de société ». Que la bataille pour 2022 commence.

Inspiré par les campagnes de Chirac et Sarkozy

À vrai dire, elle a commencé depuis longtemps pour le président de région, en pré-campagne présidentielle depuis l’automne 2020. Les campagnes qui l’inspirent sont celles de Chirac en 1995 et de Sarkozy en 2007. Pour attirer comme eux les classes moyennes et populaires, il entend être le candidat d’une droite sociale, soucieuse du régalien. « Je crois savoir où est le point d’équilibre du pays : très ferme sur le régalien et réduire les fractures sociales et territoriales. Si on ne sait pas s’attaquer aux inégalités, nos sociétés vont dans le mur, cela ne peut pas bien finir », expliquait-il aux Échos le 27 juin. Un mix entre la lutte contre la fracture sociale de Jacques Chirac en 1995 et celle plus sécuritaire de Nicolas Sarkozy en 2007. « J’ai toujours été sur cette ligne-là : gaulliste favorable à l’ordre, à l’autorité. Pour le progrès social, mais pas pour l’assistanat », renchérit Xavier Bertrand auprès de Valeurs actuelles.

« Il colle exactement à la ligne de droite de gouvernement », résume le sondeur et politologue Jérôme Sainte-Marie. Il faut dire que le Picard a soigné son image d’homme d’ordre. « Le premier acte de mon mandat sera de présenter aux Français une loi de programmation quinquennale pour leur sécurité. Ce qui signifie notamment augmenter les budgets de la sécurité et de la justice. La sécurité des Français, avec moi, ce sera ‘‘quoi qu’il en coûte’’ », affirmait-il encore au Point le 24 mars.A LIRE Après sa victoire aux régionales, Xavier Bertrand veut “partir à la rencontre des Français”

Je suis intimement convaincu que l’insécurité est l’échec majeur d’Emmanuel Macron.

Depuis l’été dernier, Xavier Bertrand tire sur la corde sécuritaire, reprenant à son compte le constat d’une « France orange mécanique ». « Je suis intimement convaincu que l’insécurité est l’échec majeur d’Emmanuel Macron », confie-t-il. Ses propositions : abaissement à 15 ans de la majorité pénale, allongement de la période de sûreté à cinquante ans pour les terroristes, création de 20 000 places de prison, expulsion automatique des étrangers condamnés à une peine de prison ferme… Une ligne ferme et assumée qui l’a conduit dans une polémique : après avoir proposé une peine de prison d’un an minimum, non aménageable, pour tous les agresseurs de policiers, de gendarmes, de pompiers et de maires, il s’est attiré les foudres du ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti. « Aucun policier, aucun magistrat n’acceptera de substituer le principe de la Justice à la logique de la rafle », s’enflammait l’avocat pénaliste sur Twitter le 20 avril.

Dans le cadre de la compétition interne à la droite, l’enjeu est de marquer des points auprès de l’électorat de droite, très concerné par l’insécurité, comme une large majorité des Français. « Il ne veut pas laisser le sujet de l’insécurité au RN, mais il n’est pas très identifiable. Il n’a jamais eu de responsabilité sur la sécurité et porte le bilan de Nicolas Sarkozy en la matière », analyse Jérôme Sainte-Marie. Xavier Bertrand, qui a quitté Les Républicains en 2017, hostile à la ligne droitière imprimée par Laurent Wauquiez, reste persuadé que les partis lassent, qu’il faut parler au-delà de la France de droite. Pour y parvenir, l’ancien maire de Saint-Quentin dans l’Aisne se targue de soumettre à l’intérêt général son bon sens provincial, jouant ainsi sur le contraste avec un président déconnecté, « très techno ». Le candidat à la présidentielle sillonnera ainsi en juillet et août la « République des territoires » qu’il aime évoquer. Il s’est d’ores et déjà prononcé contre la réforme de l’assurance-chômage impulsée par le gouvernement et pour le report de la réforme des retraites après la présidentielle.

Un discours social mis en avant

L’ancien assureur fait aussi valoir un discours social musclé. Un élément qui lui permet de se distinguer face à Laurent Wauquiez ou Valérie Pécresse, et d’apparaître en opposition au chef de l’État. « Emmanuel Macron mène une politique qui favorise avant tout les premiers de cordée, moi j’aimerais bien qu’on s’occupe de toute la cordée », affirmait-il l’été dernier. L’ancien ministre de Nicolas Sarkozy la joue « droite sociale », lui qui s’est emparé d’une région historiquement ancrée à gauche, où une part non négligeable de l’électorat populaire, notamment rural, lui est acquise. « Il connaît les gens de peu, a conscience de la réalité du pays », affirmait Damien Abad, président du groupe LR à l’Assemblée nationale, à Valeurs actuelles en août dernier. Xavier Bertrand a d’ailleurs envoyé un message aux Français en colère, déçus par la politique et abstentionnistes, dans son discours de victoire, le 27 juin : « Ce soir, je veux m’adresser à cette France que l’on refuse de voir, d’entendre et qui s’est abstenue ces deux dimanches. C’est le cri du cœur de la France qui chaque jour travaille et pourtant n’arrive plus à joindre les deux bouts. […] C’est le cri de la France qui compte chaque euro pour boucler ses fins de mois et qui ne comprend pas comment on peut être à la fois le pays qui paye le plus d’impôts et où les services publics s’effondrent. » Depuis sa première élection en 2015, le président de région proche du terrain a multiplié les mesures très concrètes pour faciliter l’accès au travail et le pouvoir d’achat de ses électeurs.

Dans sa campagne, équilibriste, l’ancien ministre du Travail tente également d’apparaître comme le meilleur rempart contre Marine Le Pen. Endosser le costume du seul candidat capable de faire barrage au RN à l’élection présidentielle de 2022. « Nous avons desserré pour les briser les mâchoires du Front national. Leur démagogie, leurs propositions stériles, leur intolérance, tout ce qui divise et tout ce qu’est le Front national », déclarait-il au soir du premier tour des régionales. Il n’hésite pas à répéter, sondages à l’appui, qu’il ferait mieux que Macron face à Le Pen, en duel au second tour. « Les dirigeants du FN sont mes ennemis. Ils font des amalgames, m’ont diffamé », affirme-t-il, le verbe haut. Lundi 28 juin, lors de la visite du chef de l’Etat à Douai, sur le site industriel de Renault, Xavier Bertrand, dans un échange remarqué, a glissé au chef de l’État : « C’est important qu’on ait réussi à faire reculer le RN. »

Il peut devenir le remplaçant de Macron pour faire battre Marine Le Pen et ainsi faire revenir des électeurs LR qui font la navette entre Macron et la droite.

Dans un sondage Ifop réalisé la veille, le soir même du second tour des régionales, la moitié des Français estimait qu’il ferait un bon candidat pour la droite à l’élection présidentielle de 2022, dont 85 % chez les sympathisants LR… et 84 % chez ceux de LREM. Un chiffre, analyse l’Ifop, qui peut inquiéter Emmanuel Macron car il augure d’une capacité du président des Hauts-de-France « à ramener au bercail une partie de son électorat venu de la droite ». « Il peut apparaître comme un produit de substitution à Macron. Il incarne l’alternance mais n’apparaît pas en rupture avec la présidence actuelle. Il peut devenir le remplaçant de Macron pour faire battre Marine Le Pen et ainsi faire revenir des électeurs LR qui font la navette entre Macron et la droite », affirme Jérôme Sainte-Marie. Une situation de concurrence avec Emmanuel Macron qui ne réjouit pas tout le monde à droite. « Son problème est que jamais la France n’a été autant à droite et que son image dans le spectre politique est beaucoup trop proche de celle de Macron », déplore un cadre LR.

Moins présent sur le conservatisme et la défense de l’identité nationale

Dans son calendrier de campagne millimétré, certains thèmes traditionnels à droite ne sont que peu évoqués. Difficile de voir chez Xavier Bertrand une tendance conservatrice : il parle peu de la loi bioéthique qui amène à l’ouverture de la PMA pour toutes les femmes, ne s’indigne pas des ruptures anthropologiques majeures que déplorent de nombreux conservateurs, ne souhaite pas revenir sur l’autorisation du mariage homosexuel. « Plus personne chez LR ne veut abroger le mariage pour tous. Il y a la fois des gens très conservateurs dans son équipe et d’autres qui le sont moins », résume Julien Dive, député LR de l’Aisne très proche de Xavier Bertrand. « Il parle peu des valeurs familiales, normalement très présentes à droite, et n’apparaît pas conservateur comme un Wauquiez. Il n’est pas Manif pour tous et apparaît comme un leader qui accompagne les changements de moeurs, sans les soutenir », ajoute Jérôme Sainte-Marie. D’après nos informations, Xavier Bertrand, soucieux d’être rassembleur, a approché le sénateur LR vendéen et conservateur Bruno Retailleau pour qu’il le soutienne, mais ce dernier n’a pas répondu à la sollicitation

Chez les Républicains certains déplorent aussi que le président de région mette au second plan les questions d’identité nationale et d’immigration, bien moins évoquées que sa ligne sociale-sécuritaire. En dépit de ce constat, Xavier Bertrand ne laisse pas complètement de côté ces sujets : il veut instaurer une politique de quotas pour l’immigration en fonction des besoins de l’économie française et affirmait en mars dans le Point : « L’identité de la France n’est pas négociable.[…] Je veux que nous soyons fiers d’être français, de notre histoire, de nos valeurs. » « Il apporte aussi une réponse à l’insécurité culturelle et il a conscience qu’une partie de la violence est motivée par la haine de la France », relève une proche. Dès décembre 2020, il annonçait au Figaro vouloir un référendum sur « la laïcité, la protection des Français et l’immigration ». « C’est très simple, je veux que la France reprenne le contrôle de sa politique migratoire », résume t-il à Valeurs actuelles. De quoi séduire les électeurs de droite.

Ce sont mes adversaires qui veulent faire croire que je ne me place pas à droite.

Mais pour mener à bien son projet qui se dessine de plus en plus clairement, Xavier Bertrand souhaite dépasser les partis et n’hésite pas à parler avec des personnalités de gauche comme Manuel Valls ou Jean-Pierre Chevènement. « Les gens en ont marre des partis, ils veulent des actes peu importe de quel bord politique », affirmait-il en août à Corse-Matin. Une stratégie d’ouverture pratiquée en 2007 par Nicolas Sarkozy qui avait dénaturé la ligne politique et les thèmes défendus lors de la campagne, dont Xavier Bertrand était le porte-parole. « Les gens de gauche peuvent être séduits par lui, et ce encore plus depuis qu’il a quitté le parti Les Républicains », expliquait Frédéric Alliot, ancien chevènementiste et président du club Nouveau Siècle, organe de soutien à Xavier Bertrand, à l’Obs, le 21 juin. Mais Xavier Bertrand ne veut pas apparaître comme un centriste : « Je suis de droite et je me suis présenté comme tel à l’élection régionale. Il n’y a pas eu d’ouverture à des socialistes ou des communistes, ce sont mes adversaires qui veulent faire croire que je ne me place pas à droite. »

En attendant, Xavier Bertrand, après une légère embellie dans les sondages au soir de sa victoire dans les Hauts-de-France (18-20%), est retombé à 14% d’intention de votes au premier tour de la présidentielle 2022, indique une étude d’opinion Elabe publiée le 30 juin. Il n’est toujours pas le double antidote aux votes contestataires lepénistes et au siphonnage de la droite macronienne sur le plan national. « Xavier Bertrand a défini une ligne qui est la bonne : une droite gaulliste populaire avec des accents de souverainisme. Mais pour le crédibiliser il a besoin que ceux qui se réclament de cette ligne le soutiennent, or il n’en a aucun : Damien Abad est centriste, Guillaume Peltier est une girouette. Sans ça, il reste un néo-chiraquien », conclut un cadre LR.

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