[Interview] “Il est extrêmement perturbant de voir qu’un candidat ne peut plus s’exprimer sans des dizaines de policiers pour faire barrage aux antifas”

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Andy Ngo, journaliste américain spécialiste de la mouvance antifa, a infiltré leur mouvement. Ses conclusions sont sans appel : la violence des “antifascistes”, loin d’être spontanée, est au service d’un agenda politique. Par  Nicolas Le Hors. Publié le 6 décembre 2021 VALEURS ACTUELLES

Scène d’affrontements entre les antifas et la police à Washington, le 12 décembre 2020. © Tayfun Coskun/Anadolu Agency via AFPPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

Valeurs actuelles. Vous êtes aux Etats-Unis la référence journalistique sur le mouvement antifasciste, en particulier pour votre journalisme de terrain. Pourquoi avoir décidé d’enquêter sur les antifas ? Et quel rapport entretenez-vous avec les antifas ?
Andy Ngo.
 Lorsque j’ai commencé ma carrière de journaliste, je me suis aperçu que les articles des conservateurs à propos des antifas étaient peu pris au sérieux car soi-disant biaisés idéologiquement. D’où ma décision de me rendre directement dans les manifestations antifa avec ma caméra pour filmer ce qu’il s’y passait. Je voulais que les vidéos parlent d’elles-mêmes sans avoir besoin de les commenter. Assez rapidement, les militants antifas m’ont identifié comme une menace. Au mois de juin 2019, par exemple, je m’étais greffé à un cortège d’antifas qui manifestait dans la ville de Portland et plusieurs d’entre eux m’ont reconnu. En quelques minutes, j’ai été encerclé par une  meute masquée, frappé à l’arrière du crâne, mis à terre ; et une fois au sol, une pluie de coups s’est abattue sur mon visage. Coups de pieds, coups de poings, poings américains et « milkshakes » façon antifas, toute la violence de cette extrême gauche s’est déversée sur moi en quelques secondes. Aucun des journalistes qui assistaient à la scène n’a eu l’idée de venir me secourir. En urgence, une ambulance m’a conduit à l’hôpital où l’on m’a détecté une hémorragie cérébrale. Une longue année de traitement n’aura pas suffi à soigner complètement les dégâts cognitifs provoqués par l’agression et aujourd’hui encore je subis les séquelles de cette lésion cérébrale. Voilà le rapport qu’entretiennent les antifas avec les journalistes

Avez-vous subi d’autres agressions ou menaces de leur part ?
Oui, bien sûr. En dépit de cette agression, j’ai continué à enquêter sur les antifas. Alors ils ont accentué leurs menaces. En 2019, ma nuit d’Halloween a été véritablement digne d’un film d’horreur. J’étais allongé dans mon lit, prêt à me coucher. Soudain, j’entends sonner à ma porte. Je pense à ce moment-là que c’est un enfant particulièrement motivé dans sa quête de bonbons et je décide de ne pas aller ouvrir. Puis, on tambourine à ma porte. On cogne à mes fenêtres. Un enfant même très motivé n’agit pas comme ça. Je m’approche discrètement de la porte d’entrée, sans faire de bruit. Je regarde à travers le judas. Sur le palier se tenaient six blacks blocs avec en guise de costume d’Halloween, un masque de mon visage. Le temps que la police arrive, les antifas avaient quitté les lieux. Evidemment, j’ai dû déménager à la suite de cet incident. Ce serait trop long d’énumérer toutes les intimidations et violences dont j’ai été la victime, mais ces deux exemples vous donnent un aperçu de ce qu’un journaliste traverse lorsqu’il essaye d’enquêter sur les antifas.

Ce serait trop long d’énumérer toutes les intimidations et violences dont j’ai été la victime, mais ces exemples vous donnent un aperçu de ce qu’un journaliste traverse lorsqu’il essaye d’enquêter sur les antifas.

Quelle est l’influence politique dont disposent les antifas aux Etats-Unis ?
Le message général véhiculé par les antifas est si extrême qu’il est, dans un certain sens, contre-productif pour la gauche mainstream. Mais lorsqu’ils parviennent à s’approprier une cause bien spécifique, c’est là qu’ils sont le plus efficaces. D’abord ils ont bénéficié de la figure d’épouvantail de Donald Trump. Puis quand son mandat touchait à sa fin, ils ont su instrumentaliser à merveille la mort de George Floyd. Plus que la mort de George Floyd, c’est l’effusion de violence dans les rues américaines suite à son décès qu’ils ont réussi à exploiter notamment en incitant à la haine de la police. Dans ma ville natale de Portland, ils ont organisé des manifestations contre la police chaque nuit pendant plus de 120 jours. Politiquement, ils se sont servis de ce meurtre pour militer en faveur du désarmement de la police et de présenter cette mesure comme la panacée à tous les problèmes des afro-américains aux Etats-Unis. Plusieurs grandes villes démocrates comme Portland ou Seattle ont cédé à leurs revendications. Le résultat ? Portland a dépassé cette année son record  historique du nombre d’homicides en un an. Les services de police ne parviennent plus à recruter puisque plus personne ne veut travailler pour une institution haïe aussi bien par les politiciens en charge de la ville que par la population locale. L’ironie du sort, c’est que ce sont précisément les afro-américains les premières victimes de cette politique laxiste. Plus les effectifs des forces de l’ordre se sont réduits dans la ville, plus le nombre d’afro-américains tués à Portland a augmenté.

Comment expliquez-vous une telle démission des acteurs étatiques face aux violences antifas ? Quelles sont les positions du parti démocrate vis-à-vis de ces militants ?
En fait ce n’est pas tant l’Etat qui a démissionné de ses fonctions, Donald Trump voulait d’ailleurs organiser une riposte policière contre les antifas, c’est plutôt les relais fédéraux qui ont laissé faire. A Seattle par exemple, à partir du mois de juin, la maire démocrate de la ville, Jenny Durkan, a donné l’ordre aux forces de police de ne plus avoir recours aux gaz lacrymogène lors des manifestations. Les habitants de la ville ont dû endurer plusieurs semaines de chaos avant que la maire ne se résigne à faire intervenir les forces de l’ordre. D’ailleurs, elle ne s’y est résignée que par calcul politique face à la lassitude de la population. Je suis persuadé qu’elle n’a jamais estimé avoir fait une erreur empêchant la police d’intervenir dans la zone du CHAZ occupée par les militants antifa. Le bilan de l’occupation de cette partie de la ville de Seattle qui a duré 24 jours, permet de prendre la mesure de la violence des antifas : six fusillades, deux homicides, une tentative de viol. Selon moi, l’une des leçons les plus révélatrices de 2020 et de cette année également, c’est que les valeurs démocratiques libérales ne sont pas aussi ancrées au sein du peuple américain que nous pouvions le penser compte tenu de la très longue histoire de la démocratie aux Etats-Unis. Cette érosion des valeurs s’explique en partie par une faillite morale de la gauche mainstream. Jamais elle n’a condamné officiellement les actes des antifas quand bien même ceux-ci portaient atteinte aux droits fondamentaux de la propriété privée et de la sécurité des citoyens. Ce silence est loin d’être anodin. En réalité, même si les démocrates ne reprennent pas à leur compte le discours des antifas, ils se servent d’eux comme une sorte de police armée. En laissant prospérer leurs groupes, les démocrates font indirectement peser une menace sur les représentants de la droite nationale et patriote. La prochaine fois qu’il y aura une nouvelle affaire semblable à celle de George Floyd, ce qui ne manquera pas d’arriver, les politiciens démocrates agiront exactement de la même façon qu’à l’été 2020 parce qu’en réalité, ils y ont intérêt.

Vous semblez dire que l’élection de Donald Trump  a favorisé l’influence des antifas aux Etats-Unis. Comment l’expliquer ?
Des années 80 jusqu’au milieu des années 2000, les groupes antifa étaient relativement peu structurés aux Etats-Unis. Ils n’avaient ni le nombre d’adhérents, ni l’influence dont ils disposent aujourd’hui.  C’est la création à Portland, en 2007, d’un groupe militant avec une véritable organisation qui va enclencher une nouvelle dynamique. Lentement, au fil des années, les antifas vont monter en puissance jusqu’à l’élection de Donald Trump qui, paradoxalement, a été une aubaine pour eux. En 2016, lorsque le milliardaire a été déclaré vainqueur de la présidentielle, une grande partie de la presse et des élus démocrates ont distillé dans l’opinion un alarmisme délirant. Pour eux, l’Amérique venait d’élire un fasciste qui s’apprêtait à abolir le système démocratique et à organiser le génocide d’une partie de la population. Ce discours a largement contribué à faire exploser le nombre d’adhérents aux groupes antifas et surtout à accroître leur violence. Plus Donald Trump était diabolisé, plus les antifas se sentaient légitimes dans l’exercice de leur violence.

Le reportage sur le terrain par des journalistes indépendants reste selon moi la façon la plus efficace d’alerter sur le danger de l’extrême-gauche antifasciste

Universités, média, journalistes, votre critique de l’antifascisme n’épargne pas les acteurs culturels qui lui permettent de prospérer. Comment lutter contre cette puissante machine de propagande ?
Je me suis beaucoup interrogé sur cette question. Comment contourner une parole médiatique quasiment uniforme, qui ne dénonce jamais les agissements des antifas ? Beaucoup de réponses sont possibles, mais le reportage sur le terrain par des journalistes indépendants reste selon moi la façon la plus efficace d’alerter sur le danger de l’extrême-gauche antifasciste. Nous avons d’ailleurs pu le constater récemment dans le cadre du procès Kyle Rittenhouse. C’est la vidéo d’un journaliste indépendant qui a permis de prouver la légitime défense auprès du jury et d’innocenter le jeune homme de 17 ans. D’ailleurs il suffit de voir la violence dont nous, les journalistes indépendants, sommes victimes pour juger notre efficacité à informer le grand public. Si nous n’avions pas un rôle aussi important, nous ne serions pas la cible aussi régulière de menaces et d’agressions. C’est aussi la raison pour laquelle, il est de plus en plus difficile d’être un journaliste indépendant aux Etats-Unis. Après l’annonce de l’acquittement de Kyle Rittenhouse, les antifas ont monté une opération pour mettre à sac l’un des bâtiments gouvernementaux où se situe l’un des postes de police de Portland. Ils ont réussi à pénétrer à dans l’immeuble mais ont finalement été repoussés à l’intérieur par les forces de police. Si nous n’avons pas eu la possibilité de voir les vidéos de ce qu’il s’y était passé, c’est précisément parce que les antifas ont pris pour cible le service de sécurité du seul journaliste  présent sur place et ont détruit l’ensemble de son équipement.

Y a-t-il un profil type, relativement identifiable, d’antifa (âge, sexe, classe sociale, religion) ? Ou au contraire, le mouvement est-il hétérogène dans sa composition sociale ?
L’année dernière, une grande partie de mon travail consistait à documenter et analyser les procès-verbaux des arrestations d’antifas dans la ville de Portland. Sans surprise, des caractéristiques très typiques se dégagent parmi leurs militants. Dans l’écrasante majorité ce sont des personnes blanches, évidemment athées et plus spécifiquement anti-chrétiennes. A de multiples reprises leurs actions ciblées des églises catholiques et protestantes. Ce qui est plus étonnant en revanche, c’est la proportion très importante de procès-verbaux concernant des suspects qui s’identifiaient comme transgenres : ils représentent plus de 10% des antifas arrêtés pour violences dans les manifestations de Portland. Ce chiffre est loin d’être anodin et témoigne d’un militantisme trans extrêmement violent qui s’agrège à des causes radicales qui leur offrent le sentiment de faire partie d’un mouvement et d’un groupe social.

L’alliance entre les mouvements Black Lives Matter et les groupes antifascistes se fait, dites-vous, en dépit de divergences importantes. Quelles sont-elles ?
L’idéologie qui sous-tend Black Lives Matter est profondément communiste. Par conséquent, leur objectif est d’instaurer aux Etats-Unis un état autoritaire et tyrannique d’inspiration marxiste. Tandis que les antifas, eux, relèvent surtout de l’anarchisme et sont radicalement opposés à tout type de gouvernement, communiste ou non. Leur alliance actuelle se fait au nom de leur détestation commune des Etats-Unis et de son histoire, mais idéologiquement les divergences sont très marquées. Pour l’instant, leur combat est commun : l’exploitation des manifestations et des émeutes américaines afin de précipiter une rébellion contre le gouvernement et les institutions démocratiques.

Quel regard portez-vous sur le mouvement antifasciste en France ?
Lorsque je travaillais à l’écriture de mon livre, je me suis beaucoup renseigné sur les groupes antifascistes d’Europe, notamment ceux d’Allemagne et d’Angleterre. A cette époque-là, la France me paraissait relativement épargnée par la mouvance antifa en comparaison avec d’autres pays, donc je n’ai pas poussé plus loin mes recherches. En revanche, depuis plusieurs semaines je constate qu’ils bénéficient de l’émergence du candidat Eric Zemmour pour s’accaparer une fenêtre médiatique. A Lille, puis surtout à Marseille, le sujet ce n’était pas ce qu’a dit Eric Zemmour à son public, mais plutôt le récit de ses week-ends mouvementés. Tout comme aux Etats-Unis, peu de politiciens classés à gauche prennent le risque de dénoncer leurs agissements. Heureusement pour la France, celle-ci possède des institutions et des services de police bien plus neutres politiquement que ceux des Etats-Unis. Les maires et les élus locaux, par exemple, n’ont pas du tout la même assise sur leur police que les maires américains. Toujours est-il qu’il est extrêmement perturbant de voir en France, pays de la liberté, qu’un candidat ne peut plus s’exprimer auprès de son public sans des cars de C.R.S et des dizaines de policiers pour faire barrage aux antifas.

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