Ivan Rioufol: «Les derniers souffles de la gauche française»

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Par Ivan Rioufol LE FIGARO. 16 décember 2021

Ivan Rioufol. François BOUCHON/Le Figaro

CHRONIQUE – Les tentatives désespérées de primaires ou d’union de tous – gauche et extrêmes – pour l’élection présidentielle sont des bouées percées. La faillite des marchands de nuages est spectaculaire.

La gauche passera-t-elle l’année 2021? Elle n’est plus que l’ombre de son magistère. La voici anéantie par plus de trente ans de mensonges et sabotages. L’impérial camp du Bien ne tient plus debout qu’en vociférant contre le «fascisme qui vient»: il serait chez ceux qui s’inquiètent du déclin de la France et qui entendent la sauver. Mais ces imprécateurs ne produisent plus d’idées. Faux humanistes, ils confirment leur mépris du peuple inquiet et de la nation fragile. Donneurs de leçons par routine, ils ne voient rien, chez eux-mêmes, de la face hideuse du «fascisme d’extrême gauche», dénoncé par Gilles-William Goldnadel (1). L’avocat assure: «Les fachos ont changé de côté». De fait, c’est la gauche aux abois qui prône la censure, l’excommunication, la violence. Elle est obsédée par la race, le genre, la vengeance. Elle déteste le mâle blanc hétérosexuel et ne voit rien de l’antisémitisme de l’islam conquérant. Oui, la gauche se meurt.

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Le progressisme s’est autodétruit, vaincu par ses turpitudes et ses lubies. En cette fin d’année, et alors que la présidentielle s’annonce comme un rendez-vous capital pour l’avenir de la France, aucun de ses candidats n’atteint les 10 % d’intentions de vote, sinon parfois Jean-Luc Mélenchon (LFI). Yannick Jadot (EELV) affiche péniblement 7 % tandis qu’Anne Hidalgo tourne autour de 5 %. Arnaud Montebourg, qui promettait la «remontada» plafonne à 2,5 %. Fabien Roussel (PCF) rase les 2 %. Les tentatives désespérées de primaires ou d’union de tous – gauche et extrêmes – sont des bouées percées. La faillite des marchands de nuages est spectaculaire. Elle rend d’autant plus injustifiable la constante mainmise de la gauche sur des médias (singulièrement dans l’audiovisuel public), la culture, l’éducation nationale, l’université. C’est la gauche zombie qui s’est mise au service des minorités revanchardes. Leur pouvoir illégitime a assez duré.

La droite, longtemps intimidée par la gauche au point de mimer son moralisme d’apparat, est appelée à prendre la relève

La droite, longtemps intimidée par la gauche au point de mimer son moralisme d’apparat, est appelée à prendre la relève. Encore faudrait-il qu’elle ne reproduise plus son conformisme paresseux. Orpheline de son mentor, elle a l’opportunité de s’affirmer dans sa pleine originalité. Cependant, ce n’est pas la droite modérée et transparente, compatible avec le macronisme, qui a emporté la bataille des idées. Si la question identitaire et civilisationnelle est devenue centrale, c’est grâce aux mobilisations des «populistes» honnis des belles âmes. Ils ont su se faire les interprètes les plus convaincants du désir de beaucoup de Français de préserver en urgence leur continuité historique. Ce sont eux Éric Zemmour, Éric Ciotti, Marine Le Pen en premier lieu – qui ont fait comprendre que la politique ne s’arrêtait pas aux seuls aspects économiques et sociaux. C’est ce sillon qu’il va falloir creuser jusqu’en avril.

Le progressisme dont se réclame Emmanuel Macron est dans la lignée de la gauche subclaquante, qui a perdu le contact avec le réel et les choses humaines. Le chef de l’État est habile pour brouiller les pistes et noyer les sujets sous les mots. Mercredi soir, en s’invitant deux heures sur TF1 et LCI pour parler de lui, il a laissé deviner son inquiétude face à la dynamique des Français invisibles. Reste qu’en s’accrochant à sa défense d’une souveraineté européenne, le chef de l’État a pris le risque de s’éloigner des attentes des «enracinés», pour qui l’Union européenne est une citadelle déconnectée des peuples. Certes, Macron s’est démarqué des suggestions loufoques de la Commission européenne sur la «communication inclusive», qui invite notamment à bannir les trop chrétiens Noël et Marie. Mais ce goût pour la table rase et le trou de mémoire est un poison que porte en elle l’Europe désincarnée.

Une nation fragile

Nombreux sont les Français qui ont pris conscience de la fragilité du pays de leur père. La disparition de la nation millénaire a longtemps été, pour tous, une perspective impensable tant la France était forte et respectueuse de son passé. Or, après près de quarante ans d’hégémonie intellectuelle d’une gauche antinationale et amnésique, la question de la survie culturelle de la société ouverte est posée. Jamais les dernières guerres, en dépit de leurs effroyables hécatombes, n’ont occasionné à la patrie autant de blessures mortelles et de plaies à l’âme.

Il faut rendre grâce à Zemmour d’avoir su, dans son «serment de Villepinte» du 5 décembre, dramatiser la défense de la civilisation française. Elle n’a pas encore péri, comme le dit de la Pologne son hymne national («La Pologne n’a pas encore péri…»). Cependant, le Franco-Tchèque Milan Kundera avait vu juste quand il écrivait dès 1983 (2): «Dans notre monde moderne, où le pouvoir a tendance à se concentrer de plus en plus entre les mains de quelques grands, toutes les nations européennes risquent de devenir bientôt petites nations et de subir leur sort (…) Le destin de l’Europe centrale apparaît comme l’anticipation du destin européen en général, et sa culture prend d’emblée une énorme actualité». Parce qu’elles se savent fragiles, les petites nations d’Europe centrale sont des exemples de résistance aux vandales. La France doit s’en inspirer.

La conjonction de la gauche multiculturelle et de l’islam politique accélère la décomposition française

Le spectre de la libanisation hante la France, jadis une et indivisible. La conjonction de la gauche multiculturelle et de l’islam politique accélère la décomposition française. La nation devient le théâtre d’affrontements communautaires et religieux. Les Français juifs avaient, les premiers, lancé l’alerte au début des années 2000, en pointant le nouvel antisémitisme musulman qui allait les chasser des cités d’immigration. Cette fois, ce sont les catholiques qui deviennent des cibles des islamistes, dans une même logique de confrontation que subissent aussi les Chrétiens d’Orient, dans l’indifférence de l’Occident.

Le 8 décembre, une petite procession dédiée à la Vierge a été, à Nanterre, prise à partie par des islamistes. Les fidèles ont été traités de «kouffars» (mécréants). Un prêtre a été menacé: «Wallah sur le Coran je vais t’égorger!». L’extrême gauche, prompte à s’indigner quand des musulmans s’estiment victimes d’«islamophobie», est restée muette. En se rendant en Arménie chrétienne durant quatre jours, accompagné de Philippe de Villiers, Zemmour a rappelé la solidarité qui nous lie à ce pays menacé par la Turquie islamiste. Il est temps de choisir leur camp.

Joyeux Noël et bonne Année!

Prochain bloc-notes: 7 janvier.

(1) «Manuel de résistance au fascisme d’extrême gauche» (Les Nouvelles Éditions de Passy). 
(2) «Un Occident kidnappé» (Gallimard).

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