Que cache le positionnement de Valérie Pécresse en matière d’immigration ?

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Déplacement en Grèce pour Valérie Pécresse ce week-end. Son projet ? Réguler l’immigration illégale. Son objectif ? La fermeté. Son angle mort ? Un positionnement où la morale domine le politique, trahissant une position Macron-compatible synonyme de faiblesse, analyse notre chroniqueur Frédéric Saint Clair. 

Par  Frédéric Saint Clair VALEURS ACTUELLES Publié le 18 janvier 2022

Valérie Pécresse avec Éric Ciotti en Grèce dans un centre de contrôle de migrants sur l’île de Samos. Photo © Alain Jocard/AFPPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

Que Valérie Pécresse soit Macron-compatible ne fait nul doute. Si son discours s’est renforcé ces derniers temps, c’est qu’elle a su s’entourer de personnalités de référence sur les thèmes régaliens que sont l’immigration et la sécurité : Patrick Stefanini en premier lieu, mais également le DGPN sarkozyste, Frédéric Péchenard, ou encore l’avocat défenseur des BAC, Thibault de Montbrial. Est-ce suffisant pour conférer à sa politique migratoire l’autorité qu’elle mérite ? La réponse est non. Car leur logiciel commun est celui de la droite classique, giscardo-chiraquienne, celle qui a accouché sous Nicolas Sarkozy du ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire qui avait fait beaucoup de bruit en 2007. Résultat ? Ils ont finalement placé à sa tête un socialiste, Éric Besson, bien plus porté sur les problématiques d’intégration et de développement solidaire que d’immigration et d’identité nationale. Le coût de l’opération a frôlé les 700 millions en contrepartie de l’éloignement d’à peine 30 000 clandestins par an. Le ministère est mort trois ans après sa naissance. Échec retentissant !

Les chiffres de l’immigration légale fournis par l’Insee témoignent également de la faillite de la politique sarkozyste qui inspire aujourd’hui Valérie Pécresse : 203 000 entrées en 2007 (tout de même !), puis 206 000, 204 000, 211 000, 217 000, et enfin 229 000 en 2012. Une progression constante qui s’est poursuivie sous les quinquennats Hollande et Macron pour culminer en 2019 aux 272 000 entrées légales que l’on connaît – hors asile et mineurs isolés. Certes, Nico a fait un peu mieux que Manu, car 212 000 primo-arrivants (moyenne du quinquennat Sarkozy) c’est toujours mieux que 251 000 (moyenne du quinquennat Macron), mais est-ce vraiment cela la rupture promise par la candidate LR : 39 000 visas de moins par an ?

Les Français ne souhaitent pas 10 000 clandestins de plus chaque année ; ce qu’ils souhaitent, c’est qu’il n’en rentre plus un seul, et que ceux qui sont là s’en aillent enfin.

C’est pourtant dans cette ligne que s’inscrit son déplacement à Athènes. Le discours qu’elle tient est d’apparence ferme, mais il témoigne, une fois décrypté, d’une vision politique où les ressorts de la question migratoire sont occultés. Primo, Valérie Pécresse prône une politique de régulation des flux d’entrées illégales là où les Français attendent une inversion de ces flux. La Grèce a fait chuter le nombre de clandestins entrant sur son territoire de 80 000 à 10 000 par an. Très bien, mais les Français ne souhaitent pas 10 000 clandestins de plus chaque année ; ce qu’ils souhaitent, c’est qu’il n’en rentre plus un seul, et que ceux qui sont là s’en aillent enfin.

Secundo, son déplacement aux frontières de l’Europe est tout à fait révélateur de l’attention excessive que la droite dite « républicaine » porte à l’immigration illégale – une manière d’évincer la véritable question civilisationnelle de l’assimilation française, qui est liée à l’immigration légale. La raison ? Elle est aussi simple qu’inavouée : pour toute cette droite, l’immigration légale est non seulement nécessaire (démographiquement et économiquement), mais elle est un devoir moral et peut-être même une chance. Ce devoir moral affleure dans les propos de Valérie Pécresse à Athènes lorsqu’elle vante le modèle grec « qui allie à la fois la fermeté, le courage de dire non, et l’humanité ».

Mais a-t-elle conscience que le couple fermeté/humanité est l’argument macroniste par excellence, celui du « en même temps », mi gauche mi droite ? Et surtout, a-t-elle conscience qu’en imposant un devoir « d’humanité » au politique, elle lui fixe en réalité un impératif catégorique d’ordre moral auquel il ne peut se soustraire et qui le paralyse ? C’est cet impératif moral hérité de la nouvelle gauche des années 70 qui a tué dans l’œuf la velléité sarkozyste de régulation de l’immigration. C’est cet impératif moral qui a remisé son kärcher à la cave, avant même qu’il ait servi ! C’est cet impératif moral qui commande la totalité de l’action d’Emmanuel Macron, qu’elle soit sécuritaire, sanitaire, ou diplomatique. Valérie Pécresse, sarkozyste dans l’âme, Macron-compatible dans les faits, échouera donc en matière migratoire, quelle que soit la fermeté de ses propos.

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