À Bruxelles, la sainte alliance entre wokisme et islamisme

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Par Mayeul Aldebert et Paul Sugy. LE FIGARO 19 janvier 2021

ENQUÊTE – Sous couvert de lutter contre les discriminations contre les musulmans, des associations profitent de l’opacité et de la complaisance des institutions européennes pour toucher des subventions ou influencer les politiques communautaires.

L’histoire a fait grand bruit. Mais sans la polémique suscitée en France et la réaction, dans la foulée, de Marlène Schiappa et de Clément Beaune, les affiches du Conseil de l’Europe promouvant le hijab n’auraient sans doute jamais été retirées. On y voyait deux femmes tout sourire (l’une voilée, l’autre non) poser à côté d’un slogan : «Célébrez la diversité & respectez le hijab». C’est qu’au sein des institutions européennes, la lutte contre le «séparatisme islamiste» dans laquelle s’est engagée la France fait encore figure d’exception. «La laïcité française est une vigie, qui nous permet d’être précurseurs : aujourd’hui peu de pays en Europe sont aussi vigilants que nous face à l’entrisme de l’islamisme radical dans nos sociétés» explique au Figaro le Secrétaire d’État chargé des affaires européennes.

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Conscientes de cette fragilité, une nébuleuse d’associations proches des idées “fréristes” (la stratégie de soft-power islamiste prêchée par les Frères musulmans) entend tirer parti des politiques européennes en faveur de l’égalité, pour assimiler toute critique des préceptes musulmans à de l’islamophobie. «Le «terminus» du projet des Frères musulmans est l’application de la charia et l’établissement de l’islam comme vérité unique et absolue dans un cadre califal», décrypte la chercheuse Amely Chelly dans son Dictionnaire des islamismes*. Or, «avec une parfaite connaissance du droit européen, le frérisme s’adapte à l’environnement politico-culturel de Bruxelles», explique au Figaro la chercheuse du CNRS Florence Bergeaud-Blackler.

Il faut dire que l’Europe a mis le paquet sur la lutte contre les discriminations. Ainsi cette fameuse campagne de promotion du hijab avait certes été initiée par le Conseil de l’Europe, mais était soutenue par l’Union européenne via le programme «Citoyens, égalité, droits et valeurs» (sous la direction de la commissaire européenne à l’Égalité Helena Dalli), qui est doté d’un budget de 1,5 milliard d’euros.

Des associations subventionnées malgré leur proximité avec les Frères musulmans

Or l’une des associations à avoir également tiré profit de ces fonds colossaux est l’ENAR, le Réseau européen contre le racisme, qui se présente comme «la voix de l’antiracisme en Europe» – une giga structure qui reçoit près d’un million d’euros chaque année de la part des institutions européennes. Une fois récupérée cette manne financière (en collaborant par exemple à des programmes pilotés par l’Université de Manchester et financés dans le cadre du plan Horizon 2020), l’ENAR mène ensuite ses propres travaux de recherche : l’un d’eux entend par exemple démontrer que la politique de lutte anti-terroriste dans l’UE a renforcé les discriminations ethniques et religieuses – notamment en France.

À en juger par son rapport d’activité 2020, la principale raison d’être de l’ENAR est d’apparaître dans des publications et de faire connaître ses propres travaux. Un lobby, en d’autres termes – comme il en existe tant d’autres qui grenouillent autour des institutions européennes. L’un de ses rapports les plus remarqués dernièrement entendait démontrer avec l’appui d’une carte interactive établie sur la foi des signalements faits par plusieurs ONG affiliées, que la pandémie aurait aggravé les discriminations racistes ou islamophobes en Europe. Les systèmes de santé et de soins d’urgence seraient moins accessibles, soutient la chercheuse Elizabeth Arquinigo Pardo, à certaines minorités ethniques ou religieuses, en raison d’un «racisme structurel» répandu à travers la plupart des pays européens.

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Entre autres activités de lobbying, l’ENAR construit également une panoplie d’outils de communication à destination des juristes sur les sujets de contentieux liés à la présence de la culture islamique dans les sociétés européennes. La lutte contre les législations bannissant le hijab d’un certain nombre d’espaces publics ou privés fait partie de ses priorités. Aux côtés d’associations musulmanes féministes, les juristes de l’ENAR ont ainsi construit de nombreux documents entendant montrer que la France et la Belgique contrevenaient au droit fondamental de l’UE, estimant que la laïcité française est «une discrimination anti-religieuse directe» à cause de laquelle «les femmes musulmanes sont l’un des groupes les plus opprimés en Europe».

Du reste l’ancien dirigeant de l’ENAR Michaël Privot, universitaire belge converti à l’islam, a été de son propre aveu membre de la Société des Frères musulmans, organisation panislamiste sunnite née en Égypte il y a un siècle et considérée comme terroriste par plusieurs pays dans le monde, y compris l’Arabie saoudite et l’Égypte. On trouve encore parmi les membres actuels de l’ENAR Intisar Kherigi, fille de Rached Ghannouchi, le fondateur du parti tunisien frériste Ennahda. Sa présidente Karen Taylor, ancienne porte-parole du SDP allemand, n’a cessé de critiquer ouvertement la dissolution en France de Barakacity, «officine islamiste» œuvrant «contre la République» (selon les mots du gouvernement français).

Représentants des jeunes auprès du Conseil de l’Europe

Affilié à l’ENAR, le FEMYSO (Forum européen des organisations musulmanes de jeunes et d’étudiants) est également un organisme financé par l’Union européenne (210.000 € depuis 2007). Il s’agit en réalité de l’émanation transnationale de l’UOIF, l’Union des organisations islamiques de France créée par des membres des Frères musulmans dans les années 1980 (devenu depuis Musulmans de France).

Le FEMYSO abrite à son tour un panel d’organisations liées de près ou de loin aux Frères musulmans. On y retrouve pêle-mêle l’Islamic Community Millî Görüs, relais de la propagande d’Erdogan en Europe, les Étudiants musulmans de France, association créée par Fouad Alaoui, futur président de l’UOIF frériste, ou encore la ligue des musulmans de Belgique, équivalent belge de l’UOIF. L’action du FEMYSO en Europe consiste là encore, comme les autres organisations déjà évoquées, en un lobbying visant notamment à éditer des campagnes de communication et d’affichage en faveur de la liberté de porter le voile, des projets de recherche, ou encore l’organisation de séminaires de jeunes Européens pour apprendre à dénoncer dans les médias tout discours mettant en cause la présence de l’islam en Europe comme responsable de la vague d’attentats islamistes survenue depuis quelques années.

Proche aussi du FEMYSO et du CCIB (déclinaison belge de l’ancien CCIF), l’EMU, Union musulmane en Europe, a pour co-fondateur Andreas Rieger (connu aussi sous le nom d’Abu Bakr Rieger), un sulfureux avocat allemand dont les prises de position ont été dénoncées par des personnalités importantes de la CDU comme du SPD, et qui avait regretté notamment que les nazis n’aient pas achevé l’extermination des juifs : «Comme les Turcs, les Allemands ont souvent lutté pour de justes causes au cours de l’histoire ; mais je dois concéder que nos grands-parents n’ont pas été suffisamment conséquents en ce qui concerne notre ennemi commun», avait-il déclaré dans une vidéo en 1993. Sur son site personnel, Andreas Rieger pose aux côtés d’autres figures controversées, comme Nihad Awar, président de l’organisation frériste CAIR, ou l’ancien président de Bosnie-Herzégovine Alija Izetbegović, proche d’Oussama Ben Laden. Outre les fonds reçus par le Qatar comme l’a montré notre confrère au Figaro Georges Malbrunot dans son livre Qatar Papers, l’EMU a reçu plusieurs dizaines de milliers d’euros également de l’Union européenne elle-même (de l’ordre de 90 000 euros en 2019, selon un rapport parlementaire).

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Les ambiguïtés de la lutte contre l’islamophobie

Le soutien apporté par les institutions européennes à ces organismes est-il un choix délibéré, ou un «trou dans la raquette» ?Un rapport de la Cour des comptes européenne de 2018 expliquait que les ONG bénéficiaires sous-traitaient souvent leurs activités sans que la Commission en soit informée. Mais le FEMYSO a été plusieurs fois reçu à Bruxelles, et dernièrement le 18 novembre par la commissaire à l’Égalité. La secrétaire générale du FEMYSO, Hiba Latreche, recevait quant à elle une standing ovation au sein même du Parlement européen en septembre après un discours sur l’islamophobie en Europe : on voudrait lui dérouler le tapis rouge qu’on ne s’y prendrait pas autrement…

Au total, des députés européens estimaient en septembre 2020 dans une question écrite à la Commission européenne que le montant des subventions allouées à des associations islamistes atteindrait au moins 36,5 millions d’euros sur cinq ans. Ils citent encore l’Islamic Human Rights Commission, qui avait accusé Charlie Hebdo d’islamophobie quelques semaines avant l’attentat contre la rédaction en 2015, ou encore des associations islamiques humanitaires faisant l’objet d’une attention méfiante de la part des autorités de certains pays européens.

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Mieux partager les renseignements ?

À Paris, on dénonce aussi un manque de circulation du renseignement. «Les circuits de financement sont un vrai maquis, au sein duquel il n’est pas toujours aisé d’y voir clair. Il y a également une forme d’inertie des structures, des réflexes» estime Clément Beaune, qui appelle à mieux partager les informations recueillies par les États sur les structures islamistes en Europe. Le ministre indique avoir demandé davantage de transparence à la Commission, ajoutant qu’il reste des efforts à faire en matière de partage d’informations : «Quand on dissout en France une association, on doit le justifier, surtout lorsque c’est suivi d’un contentieux : ces informations récoltées par le gouvernement peuvent facilement être ensuite communiquées à la Commission européenne, à condition que celle-ci dispose d’un logiciel pour prendre en compte ces renseignements, et exercer un meilleur contrôle.»

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Reste cette difficulté : le modèle spécifiquement français de laïcité n’a pas cours ailleurs en Europe, et il est difficile pour l’heure à l’Union européenne comme au Conseil de l’Europe de faire appliquer une politique aussi sévère. Indice de cette délicatesse, la Cour européenne des droits de l’homme, qui avait certes refusé en 2014 de condamner la France pour sa décision d’interdire le port du voile intégral, avait toutefois émis de sérieuses réserves quant à la compatibilité de la loi de 2011 avec le «droit au respect de la vie privée» qu’elle entend garantir contre les ingérences des États.

*Dictionnaire des islamismes, Amélie M. Chelly, éditions du Cerf, 596 p., 30 €.

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