Pierre Servent: «La guerre a, malheureusement, un bel avenir»

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Par Pierre Servent

LE FIGARO. 9 mars 2022

FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour le spécialiste des questions de défense et de stratégie, l’envie d’en découdre de Vladimir Poutine pourrait faire des émules: de plus en plus, la guerre risque d’apparaître à certains comme la grande matrice qui forge le monde.

Pierre Servent est spécialiste des questions de défense et de stratégie, il publie 50 nuances de guerre, réédité dans la collection Tempus (2021).

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Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, les questions autour de la psychologie de Vladimir Poutine vont bon train. On se souvient de l’allusion élyséenne au discours paranoïaque du Kremlin. Mais était-ce si difficile de percer à jour la psyché de ce personnage désinhibé et transgressif avant son passage à l’acte ? Il n’a jamais caché son jeu : il a fourni ces dernières années nombre d’indications explicites sur son état mental, non seulement au travers de ses déclarations et écrits mais également par ses actes de guerre ; dans ce dernier domaine il suffit de se référer à la Tchétchénie, à la Géorgie, à la Syrie et à l’Ukraine pour mesurer à quel point l’homme entend poursuivre sans faiblir ses ennemis – civils comme militaires- pour les «buter» jusque dans les «chiottes» (élégante formule utilisée à propos des bandits tchétchènesen 1999). Pour le reste, le maître du Kremlin se pose depuis longtemps en grand restaurateur de la Russie éternelle, en personnage messianique autoproclamé considérant l’usage de la force et la menace nucléaire comme des attributs d’autorité dans un monde européen émasculé par le droit (l’arme des faibles dans son esprit), les minorités et les #MeToo. Sur ce dernier point, il n’a pas hésité quelques jours avant l’offensive à citer publiquement une strophe d’une chanson bien connue de l’homme de la rue russe : «Que cela te plaise ou que cela ne te plaise pas, ma jolie, tu devras t’y faire». Les spécialistes de la Russie (notamment Jean-François Colosimo), ont parfaitement identifié ici une ancienne référence explicite au viol. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait d’ailleurs parfaitement saisi l’allusion en répliquant du tac au tac qu’il «ne serait pas sa jolie». Depuis, Poutine tente de violer l’Ukraine mais elle résiste bec et ongles à ses assauts.

Heureusement, contrairement à l’Ukraine, l’Europe a pour elle d’être nucléairement dotée. De quoi dissuader le prédateur du Kremlin. Du moins, peut-on l’espérer.Pierre Servent

Dans cet esprit la belle Europe est-elle à prendre ? Avant le viol, il y a le mépris pour les victimes. Ces dernières années, l’ancien officier du KGB n’a cessé de le manifester ouvertement pour cette entité considérée comme un ventre mou. Quand le maître du Kremlin rencontre pour la première fois le président François Hollande, en 2012, il affiche une morgue et un air de condescendance qui surprennent la délégation française. Le nouvel élu français était présenté dans les fiches de profilage russes comme le symbole même du politique européen dépourvu de tout attribut viril – allusion «au capitaine de pédalo» et autre «culbuto» qui faisaient florès dans les rangs socialistes à propos de l’ancien premier secrétaire du parti socialiste. Heureusement, contrairement à l’Ukraine, l’Europe a pour elle d’être nucléairement dotée. De quoi dissuader le prédateur du Kremlin. Du moins, peut-on l’espérer.

Si l’on veut comprendre jusqu’où ira Poutine, il faut se mettre en tête que l’envie d’en découdre est plus forte chez lui que l’envie de coudre .Pierre Servent

Si l’on veut comprendre jusqu’où il ira, il faut se mettre en tête que l’envie d’en découdre est plus forte chez lui que l’envie de coudre. Il pourrait faire des émules : de plus en plus, la guerre risque d’apparaître à certains comme la grande matrice qui forge le monde. «La paix éternelle est un rêve, et pas même un beau rêve. La guerre est d’ordre divin ; elle est un principe d’ordre dans le monde. […] Sans la guerre, le monde succomberait au matérialisme. […] Dans toutes les guerres, il doit être établi que tous les moyens sont bons, sans excepter les plus condamnables.» Gageons que le chef de guerre Poutine souscrirait sans ciller à ces propos tenus par le chef d’état-major prussien Helmuth von Moltke, peu avant la funeste guerre de 1870. Le 24 février 2022, Vladimir Poutine a fait sortir le diable de sa boîte : il n’y reviendra pas facilement. Il faut s’y préparer.


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