«Chaos au stade de France: les yeux grands fermés»

Par Vincent Trémolet de Villers. LE FIGARO. (EDITORIAL)

29 mai 2022

Écouter cet articlei

 00:00/ 02:10

V

Par Vincent Trémolet de Villers, directeur adjoint de la rédaction.

Ah, les supporteurs britanniques! S’ils n’étaient pas là, la ville de Saint-Denis serait un havre de paix et les grandes soirées de football au Stade de France, une kermesse familiale. Habituellement, le discours officiel se méfie des amalgames, mais, depuis samedi soir, on pourrait croire qu’en chaque Anglais il y a un hooligan qui sommeille. C’est la version orwellienne du fiasco de la finale de la Ligue des champions. Le problème, c’est que les mots de Gérald Darmanin ne correspondent pas au récit des envoyés spéciaux et des spectateurs présents dans le stade. Quant à la police, parmi les fameux supporteurs britanniques, elle a souvent retrouvé le sentiment d’impunité qui caractérise les voyous des cités alentour. La confusion se dissipe et l’on commence à faire le tri entre faux supporteurs, Britanniques dépouillés de leurs places (parfois de leurs smartphones) et vraies racailles.

Est-ce possible, dans notre pays, d’envisager une grande fête populaire sans qu’elle ne dégénère en affrontements? Même un événement daté, en mondovision et qui permet toutes les anticipations n’échappe pas à cette malédiction. Des dizaines de millions de téléspectateurs ont découvert en direct la friabilité de la septième puissance mondiale.

On désignera l’UEFA ou les faux billets comme coupables pour ne pas voir qu’à mesure que les incantations sur le «vivre-ensemble» se développent la chose s’éloigne tragiquement. Les causes sont reconnues, rebattues, ressassées. Immigration anarchique: une, deux, trois générations déracinées qui poussent sur un terreau éducatif déglingué et développent un sentiment victimaire (entretenu par l’école et une grande partie du système d’information) préalable à une dérive délinquante habillée de fierté identitaire. Tous les ingrédients du mal français se retrouvent dans ce précipité.

Du France-Algérie de 2001 et La Marseillaise sifflée jusqu’à cette finale honteuse, le «Stade de Farce», comme l’écrit cruellement la presse étrangère, nous rappelle en grand format ce processus dévastateur. Dans deux ans, Paris accueille les Jeux olympiques. Si nous gardons encore les yeux grands fermés, nous connaîtrons les mêmes humiliations.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :