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Union européenne: «Bruxelles a tort de traiter ainsi la Hongrie, État souverain»

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TRIBUNE – Les élites d’Europe occidentale reprochent à l’Europe centrale de ne pas être assez «ouverte» en matière de questions de société, or l’argument peut aisément être retourné: de quel droit prétendent-elles nous imposer leur vision de la société? plaide l’ancien ambassadeur de Hongrie en France, Georges Karolyi.

LE FIGARO, 2 août 2021.

En cet été torride en Europe centrale, il n’y a pas que la canicule qui nous épuise, mais aussi les commentaires qui s’abattent sur la Hongrie. Le «Hungary bashing» reprend de plus belle, cette fois-ci sous le prétexte d’une loi sur la protection de l’enfance dont personne ne veut saisir le véritable sens.

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Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour savoir qu’un Européen occidental et un citoyen de la Mitteleuropa ne penseront jamais de la même façon. L’Union européenne n’a pas été conçue pour une harmonisation de la pensée. Dire que «les sensibilités ont changé et que les mentalités se sont ouvertes» n’est pas une raison pour considérer que ceux qui ne suivent pas ce changement-là ou cette «ouverture»-là sont des «réactionnaires rétrogrades éloignés du centre de l’Europe». Ces affirmations sont blessantes. L’Europe à 27 n’est plus celle du Marché commun à 6, elle a changé et elle s’est ouverte, elle aussi. Son centre de gravité s’est déplacé. Le nombrilisme occidental n’est plus de mise. S’en prendre aux «provocations» de Viktor Orban, auxquelles il conviendrait d’opposer une «courageuse résistance», est à la fois court et aveugle.

Toute provocation n’est pas blâmable. Mettre en lumière ce qui ne va pas, au grand dam de ceux qui ne veulent rien voir, est une démarche positive. Quand un de mes amis, Européen convaincu, m’a avoué que ce qu’on reproche à Orban ce sont ses «provocations», je l’ai pris pour un compliment. Si au seul mot d’Europe tout être vivant devait se prosterner, l’Union serait incapable de toute introspection, et il n’en résulterait rien de bon. On ne cesse de vouloir une Union «politique», et elle ne souffrirait pas la contradiction? C’est pourtant le propre de la démocratie.

Comment ne pas comprendre que les grandes questions sociétales, exacerbées par l’activisme des mouvements LGBT, qui dépasse de loin le légitime respect de l’homosexualité, ne sont pas vues de la même manière en Europe occidentale et en Europe centrale ?

Comment ne pas comprendre que les grandes questions sociétales, exacerbées par l’activisme des mouvements LGBT, qui dépasse de loin le légitime respect de l’homosexualité, ne sont pas vues de la même manière en Europe occidentale et en Europe centrale? Comment peut-on exiger que la seconde se soumette servilement à la première sous le prétexte qu’elles font chacune partie de l’Europe réunifiée? S’il y a une question sur laquelle il faut activer le volet «diversité» de la devise de l’Union, c’est bien celle des valeurs sociétales. Et sans grand risque, parce que cette diversité-là ne porte atteinte à rien de ce qui doit faire la force de l’Union. Quelle mouche a donc piqué les institutions européennes pour qu’elles érigent les moindres revendications – et ce n’est pas fini – des mouvements LGBT en «valeurs fondatrices» de l’Union? Robert Schuman doit se retourner dans sa tombe, en la petite église de Scy-Chazelles (Moselle) où il repose.

Cela fait douze ans que l’on nous répète qu’Orban «s’est engagé dans un travail de sape systématique des fondamentaux de la démocratie libérale: équilibre des pouvoirs, indépendance de la justice, liberté de la presse, droits des migrants». Il s’agit bien là des fondamentaux de la démocratie tout court, pas seulement de la démocratie libérale, or la Hongrie ne peut être prise en défaut sur aucun d’entre eux.

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L’équilibre des pouvoirs? C’est un peu fort de café de le voir critiqué depuis la France, un pays où, faisant bon compte de l’article 20 de sa Constitution, c’est le même individu, irresponsable devant le Parlement, qui détermine et conduit la politique de la nation et promulgue dans la foulée les lois qu’il a lui-même fait adopter, et où le président de la plus haute juridiction administrative est le premier ministre! Le régime purement parlementaire hongrois est bien plus équilibré.

L’indépendance de la justice? Personne n’a jamais démontré que les juges hongrois ne rendaient pas leurs décisions en leur âme et conscience.

La liberté de la presse? Depuis que j’ai quitté mes fonctions à Paris et que je suis de plus près, sur place, l’actualité hongroise, je ne compte plus journaux, télévisions, radios, sites internet et autres portails qui écharpent le gouvernement du matin jusqu’au soir.

Quant aux «droits des migrants», l’on sait bien que ce n’est pas seulement un problème d’humanité, mais aussi de souveraineté.

Sur quelle base peut-on dénier à Orban ou à tout dirigeant le droit de désigner ceux qu’il considère comme ses adversaires ? Je ne pense pas qu’Emmanuel Macron agisse autrement

Une autre rengaine consiste à nous expliquer qu’Orban «utilise des boucs émissaires» pour «détourner l’attention d’autre chose» et «nous tendre des pièges». Ces analyses sont infantiles. Le terme de «bouc émissaire» est excessif et polémique. Parlons plutôt d’adversaires politiques, qui font partie intégrante de tout régime démocratique. La démocratie repose sur des élections. Il n’y a pas d’élection sans confrontation. Il est légitime qu’un pouvoir en place exacerbe cette confrontation pour maximiser ses chances de réélection. Tout comme il est légitime qu’une opposition fasse de même pour s’efforcer d’accéder au pouvoir. Sur quelle base peut-on dénier à Orban ou à tout dirigeant le droit de désigner ceux qu’il considère comme ses adversaires? Je ne pense pas qu’Emmanuel Macron agisse autrement. Voir partout des pièges ou des «desseins cachés» témoigne soit d’une manie de la persécution, soit d’une incapacité à comprendre les événements que l’on observe.

Je comprends que l’on puisse ne pas être d’accord avec le gouvernement hongrois. Mais ce qui est désolant, voire inacceptable, c’est qu’on le fasse avec une telle arrogance, confinant à la mauvaise foi, et un tel refus de reconnaître la légitimité de la pensée de l’autre. Si on veut «ne rien lâcher», pour reprendre une expression favorite du président de la République française, et si on annonce dès le début que les points de désaccord «ne sont pas négociables», il n’y a plus de débat possible. On demande à la Hongrie de «s’expliquer», tout en l’avertissant que ses explications ne sont pas audibles. On ne traite pas ainsi un État souverain, en plein cœur de l’Europe.

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L’Union ne cesse, tel Raminagrobis, de nous seriner qu’elle souhaite seulement «ouvrir un dialogue» avec nous. Au début, nous avons cru que ce propos était sincère. Aujourd’hui, nous commençons à comprendre en quoi consiste ce «dialogue», et nous ne voulons pas finir comme la belette et le petit lapin.

Il y a de quoi sincèrement s’étonner qu’après un tel travail de dénigrement systématique et répété de leur pays, il se trouve encore un si grand nombre de Hongrois (85 % d’après un récent sondage) pour estimer que leur place est au sein de l’Union.

C’est peut-être cela, le miracle hongrois?

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