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«Finances publiques, chômage: la satisfaction de l’exécutif est malvenue»

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Par Agnès Verdier-Molinié LE FIGARO 1ER SEPTEMBRE 2021

TRIBUNE – L’examen des comptes publics et des chiffres du chômage conduit à réfuter les satisfecit que le gouvernement se délivre à lui-même, argumente Agnès Verdier-Molinié, la directrice générale de l’iFrap.

Si l’on en croit l’exécutif, tout va bien sur le front de l’économie. Croissance à 6 %, chômage à 8 %, faillites d’entreprises au plus bas, les bonnes nouvelles pleuvent. Et le gouvernement affiche sa satisfaction – de façon en réalité déplacée. Qu’on en juge.

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La France affiche les dépenses publiques les plus importantes d’Europe: celles-ci représentent plus de 62 % du PIB cette année (soit 1430 milliards d’euros), contre 54 % en moyenne dans les pays membres de la zone euro. Du jamais vu. La France a augmenté ses dépenses publiques de 6,7 points de PIB entre 2019 et 2020 alors que l’Allemagne ne les a augmentées que de 5,9 points pour parvenir juste au-dessus de 50 % des dépenses publiques par rapport au PIB. Il en va de même aux Pays-Bas.

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Les impôts et les taxes dans notre pays? Ils restent gigantesques. Les prélèvements obligatoires représentent 53 % du PIB en France quand la moyenne est de 46,8 % en zone euro.

Le taux de chômage à 8 %? Il ne devrait pas faire pavoiser, car ce chiffre est en partie faussé par un chômage partiel toujours très présent et un halo du chômage très élevé. Il s’affiche certes dans la moyenne de la zone euro mais est en complet décrochage par rapport à l’Allemagne, les Pays-Bas ou l’Autriche (dont les taux de chômage sont respectivement de 4,5 %, 3,5 % et 5,6 %).La dette publique commence à ressembler à l’Everest : elle devrait atteindre 117 % du PIB pour 2021 (avec une hausse de 18 points entre 2019 et 2020)

Nos entreprises, on ne le répétera jamais assez, n’arrivent pas à recruter, notamment dans la construction, la restauration, l’agriculture. La pénurie de main-d’œuvre pose la question de la formation (désajustement de la demande à l’offre d’emploi) et des rémunérations (et donc du niveau de charges sociales).

La dette publique, elle, commence à ressembler à l’Everest: elle devrait atteindre 117 % du PIB pour 2021 (avec une hausse de 18 points entre 2019 et 2020). Or en Allemagne, la dette publique n’excède pas 70 % du PIB (et n’a augmenté que de 10 points). Dans la zone euro, la dette publique représente en moyenne 98 % du PIB fin 2020.

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Notre pays connaît, en outre, le pire déficit public d’Europe annoncé pour 2021: plus de 9 points de PIB dont près de 6,3 points de PIB de déficit structurel, ce qui est catastrophique. Le déficit public de la France s’était déjà établi à 9,2 % du PIB en 2020 alors que le déficit moyen de la zone euro représentait 7,2 % du PIB. Le déficit public français était loin devant le déficit public allemand (4,2 % du PIB) et néerlandais (4,3 % du PIB).

Et Bercy a le culot de se lancer des fleurs et de claironner: «Ce que nous avons fait restera comme un modèle de politique économique.»

Situation apocalyptique

Pour tout arranger, une partie des économistes affirment que la dette publique a cessé d’être un problème. «La charge de la dette est faible, alors où est le mal?», répètent-ils à l’envi. A-t-on oublié que, en raison de la réapparition de l’inflation, la Banque centrale européenne va baisser mécaniquement ses rachats de dette, tandis que les taux d’intérêt devraient s’apprécier, ce qui va rendre plus coûteux le besoin de financement annuel de la France (250 à 300 milliards d’euros)? Toute ressemblance avec l’après-crise de 2008 – qui nous a conduits au matraquage fiscal de la fin du quinquennat Sarkozy et surtout des années Hollande – n’a hélas rien de fortuit.

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Mais d’ici à la présidentielle, alors que la situation de nos finances publiques est apocalyptique, les vannes des dépenses publiques ne sont pas près de se refermer.L’exécutif, sciemment, n’a pas révisé ses chiffres de croissance en conservant dans la loi de finances rectificative pour 2021 une croissance à 5 % au lieu de la prévision officielle de 6 %

Tout en annonçant la fin du «quoi qu’il en coûte», le gouvernement envisage de doubler les investissements d’avenir, passant de 11 à 20 milliards, voire 30. Il annonce également 2 milliards de dépenses de santé supplémentaires en 2022. N’oublions pas le «revenu d’engagement pour les jeunes». Ni la promesse du gouvernement de compenser toutes les pertes de chiffre d’affaires imputables à l’application du passe sanitaire dans les secteurs de la restauration, de la culture et du tourisme. Mais, promis juré, on arrête de dépenser!

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Alors comment le gouvernement peut-il laisser entendre que toutes les nouvelles dépenses annoncées ne coûteront pas plus cher à Bercy?

Tout simplement parce qu’il a «surcalibré» les dépenses prévues pour 2021. L’exécutif, sciemment, n’a pas révisé ses chiffres de croissance en conservant dans la loi de finances rectificative pour 2021 une croissance à 5 % au lieu de la prévision officielle de 6 %. Miser sur une croissance pessimiste se basant sur des documents budgétaires obsolètes est tout à fait confortable pour les ministres de Bercy. Grâce à la croissance sous-estimée dans la loi de finances votée au Parlement, le gouvernement sera en mesure d’annoncer qu’il a beaucoup mieux tenu les dépenses publiques que prévu tout en continuant à dépenser en arrosant sur mesure. Il pourra affirmer que la dette est moins élevée en pourcentage de la richesse nationale, que le déficit est moins abyssal qu’annoncé – surtout si l’inflation est plus marquée que prévu. Une manière de faire durer l’illusion jusqu’à la présidentielle. Mais le réveil sera brutal.

* Dernier ouvrage paru: «La France peut-elle tenir encore longtemps?» (Albin Michel, 2021, 304 p., 19,90 €).

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