Alain Finkielkraut: “Le voile est l’emblème de la sécession” 

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Entretien avec Alain Finkielkraut, propos recueillis par Elisabeth Lévy

Alain Finkielkraut – 8 décembre 2021103 PARTAGESTweetez103PartagezPartagezPrintEmail

Alain Finkielkraut: “Le voile est l’emblème de la sécession”
Alain Finkielkraut © Vincent MULLER/Opale/Leemage

Le philosophe a été parmi les premiers à pointer les dangers du voile pour la société française. Après l’affaire des jeunes filles voilées de Creil en 1989, il dénonçait avec d’autres, dans Le Nouvel Observateur le “Munich de l’école républicaine”. Il a fallu quinze ans pour aboutir à la loi proscrivant les signes religieux ostentatoires à l’école. Lâcheté politique et complicité idéologique ont ouvert un boulevard à l’islamisme. 


Elisabeth Lévy. Dans Le Nouvel Observateur (ça ne s’appelait pas L’Obs) du 2 Novembre 1989, vous avez publié avec Élisabeth Badinter, Régis Debray, Élisabeth de Fontenay et Catherine Kintzler un appel intitulé « Profs, ne capitulons pas ! » Vous rappelez-vous comment est née cette initiative ?

Alain Finkielkraut. N’ayant jamais tenu de journal, je ne suis sûr de rien. Mais je crois me souvenir que l’initiative de cet appel revient à Élisabeth Badinter. Les féministes de l’époque étaient très hostiles au voile : ce qu’elles lui reprochaient d’abord, c’était non sa pudibonderie, mais son obscénité. Les femmes en terre d’islam étaient astreintes à couvrir leurs cheveux pour ne pas éveiller la concupiscence des hommes. Il leur fallait, comme l’écrit Fethi Benslama, occulter les signes maléfiques de séduction dont leurs corps étaient porteurs. Bref, ce que le voile ou le foulard islamique, comme on disait à l’époque, avait de révoltant, c’était de réduire les femmes et les jeunes filles à l’état d’objet sexuel. Autant que le défi à la laïcité, cette réduction était jugée insupportable.

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Alors que Lionel Jospin, encouragé par David Kessler, décidait de laisser les chefs d’établissement se débrouiller avec le voile, vous parliez du « Munich de l’école républicaine ». Pourtant, il était difficile de savoir, à l’époque, que l’islamisme serait le fascisme du xxie siècle. En aviez-vous l’intuition ?

Nous n’étions pas extralucides. Nous regardions autour de nous l’ayatollah Khomeiny régner sur l’Iran depuis dix ans déjà et sa révolution contraignait toutes les femmes iraniennes à porter le tchador. Quelques mois avant notre appel, une fatwa avait été lancée contre Salman Rushdie coupable de « blasphème ». Devant ce grand retour du fondamentalisme islamique, les responsables politiques rivalisaient de couardise. Jacques Chirac, par exemple, mettait sur le même plan l’auteur des Versets sataniqueset ceux qui voulaient sa mort. Il était temps de réagir ! Et de rappeler au ministre qui affirmait, la main sur le cœur, « il est exclu d’exclure », qu’« une exclusion n’est discriminatoire que lorsqu’elle vise celui ou celle qui a respecté les règles en vigueur dans un établissement. Lorsqu’elle touche l’élève qui a enfreint ces règles, elle est disciplinaire. La confusion actuelle entre discipline et discrimination ruine la discipline. Et s’il n’y a plus de discipline possible, comment enseigner les disciplines ? »

Quelles ont été, à l’époque, où les réseaux sociaux n’existaient pas, les réactions ? Était-il déjà question d’islamophobie ? Le voile a-t-il tracé une ligne de fracture au sein de la gauche ?

C’est très simple. Nous avions tout le monde contre nous. L’archevêque de Paris s’était mis en colère : « Ne faisons pas la guerre aux adolescentes beurs. Halte au feu ! » Le grand rabbin de France a vu, dans cette demande d’interdiction, une atteinte au libre exercice du culte. La porte-parole des protestants de France a exprimé son inquiétude en ces termes : « Notre France assoupie s’éveille pour repartir en guerre contre une religion. Vieille histoire qui devrait rappeler quelque chose aux parpaillots. » Et les clergés ont été rejoints par les « assos ». Le MRAP a fielleusement fait remarquer que d’autres communautés manifestaient leur appartenance

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