« Si nous lâchons la Nouvelle-Calédonie, la France sera à terme chassée du Pacifique »

Scroll down to content

P-Y. Rougeyron :

ENTRETIEN.  FRONT POPULAIRE

C’est ce 12 décembre, jour du troisième référendum sur sa possible indépendance, que se joue le destin de la Nouvelle-Calédonie, et avec elle celui de la France. Pour l’occasion, nous nous sommes tournés vers Pierre-Yves Rougeyron, président du Cercle Aristote et spécialiste de l’intelligence économique, pour anayser les nombreux enjeux du scrutin.

P-Y. Rougeyron : "Si nous lâchons la Nouvelle-Calédonie, la France sera à terme chassée du Pacifique"

Front Populaire : De référendum en référendum, le camp du « non » à l’indépendance perd du terrain. À quels résultats peut-on s’attendre? Quels sont les scénarios qui s’esquissent ?

Pierre-Yves Rougeyron : De toute évidence, si les pseudo-indépendantistes se sont retirés du scrutin c’est qu’ils savent qu’ils vont perdre. Ils auront beau jeu d’aller pleurer ensuite auprès de l’ONU pour obtenir de nouvelles reculades de Paris. Il faut alors bien comprendre l’état des forces en présence pour visualiser l’avenir autant que possible. Voici les acteurs :

Le FLNKS est schématiquement divisé en deux branches historiques : l’Union calédonienne, d’obédience social-démocrate, et le USTKE, d’obédience gauchiste. Les premiers veulent un « repli » fédéral dans le nord où ils sont majoritaires structurellement pour obtenir des transferts de compétences et essayer de « kanakiser » la zone en espérant obtenir à terme une indépendance par leurs soutiens étrangers. Les seconds veulent encore réduire le corps électoral, où sont déjà discriminés légalement plus de 15% de loyalistes pour aboutir à un vote éthnique.

Les populations entendent quant à elles rester françaises comme les différents résultats l’ont prouvé, et contrairement ce que peut raconter la propagande anti-française, cela ne recouvre pas le clivage « éthnique ». Beaucoup de métropolitains vivants en Nouvelle-Calédonie entendent servir les intérêts étrangers. De la même manière que beaucoup de Kanaks entendent rester français et ne veulent pas retourner aux systèmes des chefferies traditionnelles. De plus, nos camarades wallisien qui vivent en Nouvelle-Calédonie nous sont très majoritairement loyaux. Paris se divise entre les Français voulant garder le territoire et l’élite qui entend l’éjecter.

A partir de cette échiquier, voici les scénarios possibles. Tout d’abord, la fédéralisation. Seconde possibilité, refaire un réferendum pour faire craquer les loyalistes avec l’accord complaisant de l’élite « française ». Troisième prossibilité, le maintien du statu quo. Et enfin, qu’un vrai gouvernement français fasse de nos frères ultra-marins et de leurs territoires des sujets de polique intérieure – ce qu’ils sont de droit.

FP : Géopolitiquement parlant, en quoi la Nouvelle-Calédonie est-elle aussi stratégique pour la France ?

PYR : On va être très franc. Si nous lâchons la Nouvelle-Calédonie, la France sera à terme chassée du Pacifique. Le but de beaucoup de nos adversaires (et ennemis) est de détruire la puissance française en l’empêchant d’être présente dans les mondes de l’avenir (Océan Indien et surtout Pacifique).

Historiquement, nos ennemis australiens et néo-zélandais ont été mandatés par les Américains pour géner nos essais nucléaires et ainsi nuire à nos capacités atomiques.  A travers la Nouvelle Calédonie, c’est notre présence sur les mers qui se joue, avec leurs potentiels mais aussi dans cette partie du monde qui est déjà le coeur de l’aventure humaine où les Anglo-saxons veulent régner sans partage. Pour l’exemple, le but en ce qui concerne la Nouvelle-Calédonie est d’en faire un territoire à la dérive entièrement tenu par le flic de quartier australien, comme l’est la Papouasie-Nouvelle Guinée.

Les Anglo-saxons comme les Chinois et l’ONU veulent chasser la France de la zone pour des raisons à la fois géopolitiques, énergétiques et militaires. L’anglo-sphère veut avoir un dispositif complet d’encerclement de la Chine dans le Pacifique où nous sommes vus comme peu sûrs. Les Chinois veulent se servir des îles et micro-états pour briser les tentatives d’encerclement en disposant d’un collier de perles de bases militaires et d’instalation capables d’accueillir sa future flotte. Enfin, entre le nickel et les fonds marins (nodules, pétrole, etc.), le jeu en vaut la chandelle.

FP : Comment interpréter l’assourdissant silence de la Macronie sur la question néo-calédonienne ? Tropisme atlantiste assumé ? Simple incompétence ?

PYR : Emmanuel Macron est partisan du largage des territoires ultra-marins. Il est soutenu d’ailleurs dans ce plan par la passivité complice des LR et du RN. Pourquoi ? D’abord par européisme. N’oubliez pas que des pays lieutenants de l’Allemagne soutiennent que la France doit être chassée du Pacifique. C’est le cas par exemple de la Suède ou du Danemark à l’ONU. Macron a en commun avec l’extrême droite française de vouloir se débarasser de nos territoires pour nous enfermer en Europe, et enfin, à terme, se débarasser de la France. C’était très visible dans la pensée de Michel Rocard qui – en tant que père de la deuxième gauche – est l’un des grands pères idologiques de l’actuel (p)résident de la République.

Je vous rappelle que pour l’Union européenne, nos territoires d’outre-mer ne sont pas la France. Du moins, pas totalement. Ils sont tributaires des aides du fonds européen de développement, au même titre que les pays étrangers. Et la France a accepté cela alors que comme l’Europe ne produit rien : ce sont les Français qui payent ces aides.

Enfin, les hauts fonctionnaires français, dans leur servilité, ne veulent plus de dépenses militaires hors des zones de l’OTAN alors que nos compatriotes ultra-marins font de formidables soldats qu’on ne remercie pas suffisamment pour ce qu’ils apportent à la France en général et à notre armée en particulier.

FP : La crise sanitaire et sa gestion par les autorités jouera-t-elle un rôle sur l’issue du scrutin ?

PYR : S’il y a des critiques à faire, il faut les faire au gouvernement local. La santé est son domaine, il y a une sécurité sociale particulière et l’obligation vaccinale a été prise sous pression autralienne. La France a fait ce qu’elle devait : une ralonge budgétaire.

FP : Les Français métropolitains semblent méconnaître les enjeux stratégiques et politiques de la Nouvelle-Calédonie et de sa possible indépendance. Comment expliquer cette mécompréhension ?

Parce que nous ne faisons pas de nos territoires des sujets de politique intérieure (ce qu’ils sont). Il est anormal que nos frères, comme nos terres, soient invisibilisés tant dans les médias que dans l’enseignement. Nous avons tant de raison d’être fiers d’eux et de nous. Ils sont notre avant-garde dans le monde de demain. Encore faut-il vouloir vivre et s’avoir se détacher d’une Europe qui ne sera plus qu’une banlieue de l’Histoire.

Crédits photo : ©DR

Auteur

Pierre-Yves ROUGEYRONPolitologuePublié le 12 décembre 2021

Les rédactions de Front Populaire et de Ruptures ont décidé de produire ensemble un documentaire pour raconter la véritable histoire du BREXIT.
Nous avons besoin de 50 000 euros d’ici le 15 janvier prochain pour pouvoir produire ce documentaire. Donnez lui vie!Déjà6 070 €reçus sur 50 000 €12%32 jours restants

  • ON A BESOIN DE VOUS 

J’ACHÈTE CE N°7 DROITE & GAUCHE46 commentaires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :