Scolarité et handicap : les trois singes de la sagesse

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FRONT POPULAIRE. 25 janvier 2022

OPINION. Pour notre lecteur, les réactions faussement indignées de la classe politique aux propos d’Éric Zemmour sur la scolarisation des enfants handicapés traduisent une profonde méconnaissance du terrain.

Scolarité et handicap : les trois singes de la sagesse

« Ne pas voir le Mal, ne pas entendre le Mal, ne pas dire le Mal » ; cela n’a jamais été autant d’actualité que le weekend dernier où tous nos politiciens et autres tenants autoproclamés de la bien-pensance se sont offusqué en cœur, le regard vide, des propos soi-disant scandaleux tenus par Éric Zemmour sur les enfants handicapés à l’école. Halte-là ! La ligne rouge, brune, noire même, a été franchie ! Non, il n’est pas question de remettre en cause ce qu’il se fait, il faut dire à l’unisson tout le bien de cette loi de 2005 et des moyens mis à la non-disposition des écoles pour encadrer les enfants en situation de handicap, qui en eux-mêmes pourraient éventuellement avoir tant de choses à nous dire, voire même à nous apprendre si nous prenions le temps de les écouter un peu.

Mais, non ! Sujet interdit aux abords glissants vers un gouffre, où brûleront tous les absurdes aussi idiots qu’aveuglés par leur suffisance d’aller s’aventurer sur un tel terrain. Et le diablotin Zemmour l’a fait ! Honte à lui, et pauvre de nous. Il va encore nous falloir mentir par omission, nous faire très mal à la nuque en contorsionnant le cou pour regarder très à côté du sujet, et préférer les oreilles qui sifflent aux mots dits avec bon sens qu’il ne faut surtout pas reconnaître. Inaudibles, on vous a dit ! Vous êtes un peu dur de la feuille, non ? Silence dans les rangs, tout va bien au pays des trois petits singes de la sagesse. Drôle de nom d’ailleurs sagesse, quand il s’agit de n’en faire si peu preuve que même une autruche semblerait plus courageuse et sincère.

Sagesse… J’entends plutôt aveuglement, poudre aux yeux et magie opératoire des mots politiques, spécialisés dans l’enfumage et les couleuvres à avaler, masquant très opportunément la réalité de terrain. Les mots pour taire les maux ! Et vous, vous les trouvez courageux les bien-pensants, là, à se faire mousser sur le dos des handicapés ? Parce que le terrain, si éventuellement un Zemmour ne le connaît pas, on va dire qu’il déraille par impréparation. Mais vous, vous êtes les spécialistes de la politique depuis tant d’années. Normalement, vous devez le connaître le terrain, bien gras, bien sombre, avec des gens parfois bien enlisés dedans…

Vous êtes toujours là, où vous courez déjà, pour retourner dans vos cachettes, à l’abri du réel ? Je poursuis donc, parce qu’il se trouve que ce terrain-là, moi je le pratique depuis fort longtemps, et si vous me prêtez quelque attention, je vais vous dire qu’il y a des inclusions tout à fait correctes, et puis d’autres, bien compliquées, bien… comment, bien mal, en fait. Mince, je l’ai dit. Mal. Je vais me retrouver zemmourisé ! Ah il n’a pas tout à fait tort le bougre ! Mais contrairement à ceux qui s’offusquent et s’offensent plus vite que leur ombre, et ne donnent aucun argument, le vide absolu de la pensée préfabriquée, moi, je dis et ensuite j’explique, comme cela, pas de procès d’intention à l’horizon, voyez-vous.

Alors les élèves concernés sont aussi différents les uns des autres que les autres sont différents entre eux. Si je n’ai perdu personne, tout le monde a compris qu’il ne pouvait pas y avoir de solution miracle qui conviendrait pour tous. Mais comme l’Éducation nationale est un monde à part, où les miracles se produisent tous les jours, grâce à l’armée de magiciens que sont les enseignants, immenses remerciements à eux de ma part, et de celle de plein d’autres, les situations doivent donc être toutes évaluées et traitées pareillement. Le temps de faire le dossier, d’avoir tout le monde avec soi, parents déjà, car cela est très difficile pour eux, professionnels, partenaires de l’école… ; et toutes les démarches accomplies; Le dossier est envoyé à la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) par la famille elle-même, car on nous dit que c’est à elle de le faire. C’est normal puisque ce sont les parents, cela est bien compliqué pour certaines familles…

Un an parfois pour une réponse plus ou moins satisfaisante de la MDPH, où le dossier est étudié sans aucun professionnel de l’Éducation nationale. Et oui, on vous parle d’inclusion, mais c’est sans vous. Vous devez inclure. On demandera l’avis de l’école quand on voudra le connaître, c’est-à-dire jamais. Mais ceux qui savent comment je suis se doutent bien que malgré tout, mon avis, je le donne quand même, car je n’ai jamais attendu qu’on me le demande pour cela. Et là, le sujet est suffisamment grave pour qu’on soit un peu pointu tout de même. Les notifications de la MDPH arrivent aux parents, et ensuite, ils viennent à l’école très logiquement nous demander des nouvelles de leurs mises en place. Et là, déjà on n’est pas informé, puis, il n’y a plus d’Accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), ou si peu, ou si mal formés que cela n’irait pas avec leur enfant qui a des besoins particuliers… Quand il s’agit d’une prise en charge spéciale, type Service d’éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD) dans le 93, c’est en moyenne deux ans d’attente… Donc l’inclusion est le mot magique qui convient à tout le monde, bien sûr.

Mais sur le terrain, le mot magique serait déjà « l’argent ». Argent pour des AESH, des spécialistes des différents troubles des apprentissages, des spécialistes des troubles autistiques, argent pour des places en instituts spécialisés (et non ce n’est pas un gros mot), argent pour des personnes qui accompagnent réellement les parents dans leurs démarches qui relèvent plus du parcours du combattant que du chemin pour aller à l’école. Un autre mot magique serait la « personnalisation » de chaque situation d’enfant pour qu’il devienne élève dans des conditions acceptables pour lui, et pour ceux qui doivent aussi apprendre à ses côtés dans la même classe. Personnalisation des différents parcours d’apprentissage au sein des classes spécialisées, type ULIS, ou autre qu’il convient de créer, et dans des regroupements spécifiques avec du personnel formé pour cela. Personnalisation pour étudier l’inclusion des élèves au cas par cas. Voilà, le mal est fait, j’ai dit la vérité. Mais tant qu’on y est, je vais la redire autrement : les élèves en situation de handicap sont à respecter autant que les autres, et la situation actuelle est une forfaiture, une marque d’irrespect pour la plupart d’entre eux et leurs familles, car on se paye de mots et on leur laisse les problèmes quotidiens en masquant les besoins.

Évidemment, ce n’est pas une question d’argent et ce n’est pas parce qu’une place en école spécialisée serait plus chère, non, ce n’est pas non plus parce que la formation des professionnels adaptés est plus longue et plus onéreuse également. Non, ce n’est pas non plus pour éviter le coût inhérent à tous les déplacements que cela occasionnerait… Bref ce n’est pas une question d’argent. On vous a dit les trois singes de la sagesse, donc ça doit être une question de sagesse… À moins que.

Et bien, quitte à enfoncer le clou, et à me faire houspiller méchamment par toute la bien-pensance, je vais insister et dire que se payer le luxe de donner des leçons sur l’inclusion à l’école est non seulement scandaleux, mais également dangereux. Parce que cela met tout le monde en situation de tension. Et nous n’avons pas besoin de ça à l’école en ce moment. Et je termine ma colère en affirmant haut et fort que la scolarisation des enfants handicapés à l’école ou ailleurs, cela a peut-être un coût, mais ça n’a pas de prix !

Auteur

Nicolas BOUREZDirecteur d’écolePublié le 25 janvier 2022J’ACHÈTE CE N°7 DROITE & GAUCHE

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