Luc Ferry: «Agnès Verdier-Molinié tire la sonnette d’alarme»

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Par Luc FerryPublié  LE FIGARO. 26 janvier 2022

Luc Ferry. Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

CHRONIQUE – La directrice de la Fondation Ifrap montre, dans son nouveau livre Le vrai État de la France, de manière peu contestable, que les chiffres du pays sont trompeurs et cachent une situation préoccupante.

Et elle a raison, mille fois raison! Économiste de talent bien connue des lecteurs du Figaro, Agnès Verdier-Molinié publie ce mois-ci un livre (aux Éditions de l’Observatoire) dont le titre est éloquent: Le vrai État de la France. Les citoyens ont le droit de savoir!, sous-entendu: on nous raconte des carabistouilles! Et, de fait, les observateurs qui, sous couvert d’impartialité roulent pour le pouvoir en place, ne cessent de nous dorer la pilule à coups de chiffres qui, bien qu’exacts factuellement, nous cachent soigneusement la vraie réalité. Les porte-parole du président de la République, et je ne parle pas ici que des politiques, mais de tous ceux, économistes, financiers, éditorialistes, qui dissimulent leurs engagements sous les dehors de l’objectivité au lieu de jouer carte sur table (ce qui, cela dit au passage, me semble un minimum en matière d’honnêteté), nous expliquent en long en large et en travers que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

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À LIRE AUSSIDette, chômage, impôts, illettrisme… La vérité sur l’état de la France par Agnès Verdier-Molinié

Le chômage? À peine plus de 7%, au plus bas depuis des lustres! La reprise économique? Une croissance de 6% qui se profile à l’horizon, associée à une augmentation du pouvoir d’achat (pour les plus riches)! Bref, on voit mal pourquoi nous serions assez stupides pour ne pas réélire un président aussi habile dans la gestion de la crise sanitaire que dans celle de l’économie. Le problème, comme le montre Agnès Verdier-Molinié de manière peu contestable, faits et arguments à l’appui, c’est que ces données brutes sont trompeuses et cachent une situation en vérité préoccupante. Les bons résultats que la macronie s’évertue à mettre en avant reposent sur une stratégie dévastatrice, celle qui a consisté à creuser la dette tous azimuts au mépris des générations futures.

À preuve les faits suivants, que la démagogie ordinaire en période de campagne tente désespérément de cacher: la France compte désormais 27.000 sans-abri et 300.000 SDF, 2 millions de cartes Vitale surnuméraires, on y travaille 7 milliards d’heures de moins que dans les pays comparables, l’immigration n’est plus contrôlée (500.000 illégaux en France contre 350.000 en Allemagne), la création de richesse a chuté pendant la pandémie de 7,9% contre 4,6% en Allemagne alors que nous subissons 1120 milliards de prélèvements obligatoires, 200 milliards de déficit public, une dette de 2950 milliards (115% du PIB contre 69% en Allemagne) et une dépense publique stratosphérique, qui atteint 1450 milliards, autant de catastrophes programmées qui sont soigneusement documentées dans le livre.

C’est à coup sûr dans le quinquennat qui vient que la question de l’irréversibilité de notre déclin se jouera

On objectera qu’il fallait bien, en période de crise, soutenir les entreprises afin d’éviter une vague de faillites et de chômage. C’est vrai. Oui, nos dirigeants ont eu raison d’injecter l’argent nécessaire pour éviter la catastrophe. Reste qu’ils auraient pu et dû en profiter pour restructurer de toute urgence le budget, repenser les missions de la fonction publique et l’organisation de l’État, mettre en face des dépenses nécessaires les économies indispensables, par exemple (entre mille autres mesures possibles) en fusionnant dans les territoires les administrations des lycées et des collèges qui doublonnent inutilement, ce qui aurait permis sans dommage pour personne de ne pas renouveler certains départs à la retraite. Mais c’est tout l’inverse qui a été décidé, pour des raisons électoralistes: Emmanuel Macron a non seulement oublié sa promesse de supprimer 120.000 postes de fonctionnaires, mais, comme l’écrit notre auteur, «son quinquennat sera le plus cher de tous en augmentation du coût des personnels publics: entre 20 et 30 milliards de plus en cinq ans!». La vieille gauche s’en réjouira, dira que notre président lui donne enfin raison, qu’on aurait même dû dépenser mieux et davantage. Ben voyons!

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D’autres, devant les réalités angoissantes que révèle ce livre, mettront la tête dans le sable. Mais, si on se soucie un tant soit peu de l’avenir d’une France dont il montre de manière implacable que, en dehors du nucléaire, elle décroche à tous égards par rapport à l’Allemagne, et si on pense un instant à l’avenir de nos enfants, on devrait surtout prendre le temps de lire attentivement cet ouvrage de vérité, remercier chaleureusement son auteur d’essayer de réveiller nos politiques tant qu’un sursaut est possible et de proposer des solutions de bon sens: équilibrer les comptes, travailler plus et maîtriser les flux migratoires, car c’est à coup sûr dans le quinquennat qui vient que la question de l’irréversibilité de notre déclin se jouera.

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