Erosion des classes moyennes, conséquences politiques et choix impérieux

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ANALYSES 

Philippe OLAGNIER, FRONT POPULAIRE, 8 février 2022

OPINION. Dans tout le monde occidental, les classes moyennes s’appauvrissent. Un état de fait qui alarme notre abonné, et qui demande selon lui une prise de conscience rapide et une réponse politique à la hauteur.

Erosion des classes moyennes, conséquences politiques et choix impérieux

De récentes études sur toute l’Europe, et concernant donc la France, démontrent un processus entamé depuis longtemps mais qui progresse de manière alarmante : l’appauvrissement des classes moyennes, et leurs possible et probable disparition si le cours des politiques n’est pas inversé.

Selon l’OCDE, qui a travaillé aussi récemment le sujet, aucun pays industrialisé n’échappe désormais à la règle, et cela impacte la cohésion sociale, et impactera évidement les paysages politiques à venir, tant peurs, craintes, frustrations devront trouver une expression sur les échiquiers politiques des pays concernés. Cette classe –mesurée selon sa rémunération par rapport au revenu national médian – a baissé en pourcentage sur la population globale de 4 points sur les dernières décennies. Sur le continent américain, le phénomène est plus grave encore.

En Europe, tous les pays ont de toute manière vu le pouvoir d’achat de cette classe fondre comme neige au soleil avec un phénomène d’accélération notoire sur les dix dernières années. Les conséquences sont multiples et parfaitement mesurées par les indicateurs de santé et d’équilibre psychologique, où les craintes devenues angoisses devant un futur jugé sombre ou bloqué font augmenter de manière signifiante les pathologies mentales sérieuses et l’addiction à une pharmacopée qui était seulement exceptionnelle jadis.

Il est donc normal, n’en déplaise aux gestionnaires frileux de la politique, incapables de redessiner une vision commune, un destin et donc une espérance, que des candidats au profil plus atypiques, qui déplaisent à la bienpensance, fassent leur apparition sur la scène publique et recueillent une forte adhésion. On les juge, on les singe et on les caricature dans l’élite, car cela est plus confortable, intellectuellement  parlant, pour cette dernière que de mesurer dans quelle mesure son incompétence est la raison mécanique de leur apparition. Les dépenses contraintes continuent d’exploser tandis que la méthode (celle du locataire de l’Élysée particulièrement) est de continuer inlassablement à détricoter tout ce qui peut l’être dans le marché du travail. Le Covid-19 n’est à ce titre n’est que le révélateur de la crise, dont la responsabilité provient de deux décennies de massacre de l’hôpital public. Même en pleine pandémie, les technocrates froids n’ont pas révisé leur copie et ont continué à fermer des lits, quand un plan d’urgence allant dans le sens contraire était nécessaire.

Et ce n’est qu’un exemple.

Les tensions sociales sont donc inévitables et plus que jamais légitimes, et le seul usage de la force publique – comme ce fut le cas dans l’épisode des Gilets jaunes – ne suffira pas à terme à les juguler. On doit aussi prendre en compte les mutations technologiques : les faibles revenus ont une chance sur 10 de perdre leur emploi face à l’automatisation des process industriels. Les hauts revenus ne seront quant à eux touchés que dans la proportion de 1 sur 20, voire 1 sur 30 selon les prévisionnistes. Ainsi donc, la théorie du ruissellement de l’argent des plus riches vers les plus pauvres, comme celle d’une économie se suffisant à elle-même pour tout auto réguler dans la vie d’une nation, tombe à plat.

On semble nous imposer de renoncer définitivement, même si l’époque implique une modération du phénomène, un renoncement résolu à cette époque où le développement économique permettait l’élévation du niveau de vie, et l’accession à un confort plus grand. Pire, les classes moyennes ou plus basses, de leur côté, espèrent seulement ne pas voir les choses empirer, la progression ne semblant pas à l’ordre du jour, si on en juge sur les enquêtes d’opinion sur l’optimsime des Français quant à leur futurl comme à celui de leurs enfants. Cette classe moyenne, privée de l’ascenseur social ou menacée de sa disparition, est un pont d’espérance dans les couches de la société. Avec son affaiblissement, tout fait concourir à la suppression d’un amortisseur social, et prépare à des radicalités de postures interclasses

L’ordre nouveau est désormais sanitaire, et la doctrine de la République semble être devenue «  Santé, égalité , fraternité » tant l’hygiénisme sanitaire a permis de faire perdurer des lois et des dispositifs pourtant présentés à l’origine comme des lois d’exception. Durant cette période, le capitalisme financiarisé a accru ses excès, a fait exploser les dividendes et diminuer les redistributions. Il a fait grimper en flèche le prix foncier, et devant le télétravail prétendument protecteur du virus et le téléenseignement, il a été démontré que face aux conditions de vie, à l’accès au numérique, l’égalité de chance n’était vraiment plus de mise. Les plus à l’aise avec les outils, ceux qui les possèdent en plusieurs quantité dans la même famille, ceux qui ont par formation capacité à relayer mieux à la maison la sous traitance scolaire demandée par l’Éducation nationale, ont passé le cap avec bien plus de facilité. Voilà une autre forme de déclassement de ces couches sociétales que nous ne pouvons, ni ne devons ignorer.

Si dans le même temps, comme tout l’indique, on assiste par mutation à la disparition des métiers les moins qualifiés, nous connaitrons une augmentation latente de la pauvreté dont une part significative de population ne sortira plus, ou que très difficilement. Tout concorde à dire que la diffusion durable de ce virus dans le cadre de la politique sanitaire actuelle va faire augmenter le transfert déjà favorable de la richesse produite vers ceux qui la détiennent déjà et possèdent de hautes qualifications.

Si le propos semble noir, il légitime aussi un espoir fondé sur un repositionnement du politique sur l’économique, sur la volonté de faire et non de gérer, sur la capacité à défendre, même si des concessions sur ce qui fut précédemment sont à admettre, l’héritage sociétal original hérité de nos anciens. Il est curieux (je n’ose dire drôle) que les mêmes économistes consultant les organes de pouvoirs devenus supra nationaux n’en déduisent, après avoir depuis les années 80 poussé les États membres à libéraliser au maximum, qu’il faille revenir à un État-providence renforcé dans toute la zone euro.

La voie sera étroite, difficile et exigeante. Alors que les peuples demandent un retour à un minima de protection, les caisses des finances publiques sont au plus bas. Et pourtant, le dirigeant politique national, où qu’il se trouve ,doit bien revenir instamment au comportement logique et fondamental qu’impose sa fonction : agir pour le bien, la sécurité et l’ésperance des peuples qu’il gouverne. En ce sens, le clivage droite gauche est peut-être révolu et dépassé, et il va falloir comme grille de lecture du paysage politique séparer ceux qui acceptent avec courage d’aborder ce retour aux sources d’une plus grande souveraineté nationale au service des peuples, et ceux qui vont encore gérer, administrer sur injonctions de Bruxelles, de Davos, des intérêts multinationaux qui veulent la mort des nations et des États. Dans un contexte de dettes publiques importantes, cela débouche forcément sur une maîtrise des flux migratoires et sur un contrôle strict des compléments sociaux qui doivent urgemment revenir aux populations nationales en proie au déclassement vu précédemment.

Marx, monstre de la programmatique politique, n’en fut pas moins un fin analyste qui décrivait le capitalisme comme une organisation ayant toujours besoin d’un réservoir constamment approvisionné en main d’œuvre plus souple, plus malléable et moins couteuse que celle qu’il possédait déjà. Je ne doute pas que l’Europe néo-libérale, étant exclusivement au service d’intérêts supranationaux privés, fasse implicitement la même analyse et qu’elle fasse mine de vouloir lutter contre le phénomène de migration massive d’une main, quand de l’autre elle l’encourage. Cet interventionnisme politique qui est le fondement de la chose publique aura un coût qu’il faudra maîtriser, circoncire, mais accepter.

De grands prévisionnistes indiquent que le coût économique (et surtout le coût social) qui résulterait d’une politique laissant aller cette dégradation de la classe moyenne, préparant sa disparition, serait aussi explosif que probablement fatal à la cohésion sociale et à l’intégrité des pays – pour ce qu’il en reste. Et donc que l’addition à payer serait plus lourde encore.

Ferons-nous le pas final vers le grand plongeon, où serons-nous invité au demi-tour volontariste, certes complexe, mais autrement plus mobilisateur, pour reprendre en main notre destinée ?

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