Macron 2 sera-t-il encore plus mal élu que Macron 1 ?

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FRONT POPULAIRE. 15 mars 2022

OPINION. Les sondages ne laissent désormais que peu de doute sur le second sacre de Macron. Comme disait Seguin de Balladur : « Déjà proclamé, fêté, encensé, adulé ! Circulez ! ». Mais la clef de la légitimité étant la participation, il n’y aurait rien de pire qu’un président réélu par une fraction minoritaire du peuple.

Macron 2 sera-t-il encore plus mal élu que Macron 1 ?

Il est enfin venu ! Il est descendu dans l’arène de la campagne. Oh ! pas longtemps, juste le temps de poster sa lettre aux Français dans la boîte, un peu à la façon « au fait ! j’allais oublier… Je suis candidat. On se revoit le 25 avril ? ». Puis Jupiter est vite remonté sur son piédestal. Haut, très haut, inatteignable. Un texte fade, où on ne retrouve pas, ou moins, ses lourdeurs stylistiques habituelles, comme s’il ne l’avait pas écrit lui-même. Il ne fait pas plus de promesses aux Français qu’il n’en avait fait en 2017. Il se contente de se mirer dans son miroir. Un long satisfecit sans ombres, sans le moindre doute. Tout juste la reconnaissance que, peut-être, tout n’aurait pas réussi comme il l’aurait souhaité. Mais justement, il promet de se parfaire pendant son second mandat.

Puis on le voit sur ses vidéos de promotion. En bras de chemise à l’Élysée. Pendant que ses ministres invitent les Français à se rationner, à réduire leur chauffage, à redécouvrir la chasse au gaspi des premiers chocs pétroliers, lui apparaît confortablement chauffé, sans pull quand les Français le regardent depuis leur poste, avec un, voire deux, chandails sur le dos en raison du coût du chauffage. Macron aimerait faire oublier que le coût de l’énergie avait commencé à monter bien avant la crise ukrainienne.

« Je serai président autant que je le dois, et je serai candidat autant que je le peux ». Autant dire autant qu’il le voudra, et il ne le voudra pas beaucoup. « Enjamber », tel est le leitmotiv de sa campagne présidentielle. La regarder de haut. La campagne, ça lui fait une belle jambe. Ne pas se mouiller, ne prendre aucun risque. Ne pas se voir demander des comptes par des Français qu’il aura insultés pendant cinq ans, qu’il aura déclaré vouloir emmerder quand ils n’obéissaient pas à ses caprices princiers.

Parce qu’il est très occupé, notre président écourte sa séance de promotion devant un parterre soigneusement choisi par son compère Karl Olive à Poissy. Un parterre « représentatif », comme nous l’affirme l’édile local. Oui, représentatif de la flagornerie macronienne, où les questions sont sélectionnées et passées sur des fiches au candidat qui ne feint pas même la surprise. Pas de vagues, pas de questions importunes. La cour s’abaisse devant le prince, en pâmoison comme devant un Louis XIV sur la selle. Il peut en repartir la poitrine gonflée d’orgueil pour son « call » avec Xi Jinping pour sauver le monde.

Il n’a rien à dire aux Français, juste sa personne à leur offrir. C’est-à-dire rien. Il n’y a rien d’oblatif dans sa seconde candidature, pas plus que dans la première. Comme disait quelqu’un, il a fait don de la France à sa personne. À crédit, de surcroît, à 700 milliards d’euros d’endettement que les Français devront continuer d’éponger longtemps après son départ. Honnêtement, les Français ont-ils vraiment les moyens d’un second mandat Macron ? En général, les luxes inutiles sont les premières victimes des périodes de crise.

La magie du verbe présidentiel est telle que les sondages s’emballent qui lui donnent tout de suite cinq, huit points de plus. Espérons que ce ne fussent que des feux-follets qui s’échapperaient de la sépulture d’un quinquennat à faire vite oublier, et que les Français se réveilleront de cet aveuglement dangereux. Que de Gaulle avait tort : qu’ils ne soient pas que des veaux !

Il s’excuse d’avance de ne pas être disponible pour la campagne. Il a tant de choses à faire, tant de coups de fil à donner… Il gigote sur la scène diplomatique. La gageure aura été qu’on aura eu pendant cinquante-neuf mois un président en campagne, et pendant le dernier mois un candidat qui préside. Mais quand on voit le résultat de son gigotisme, on le supplierait presque de ne plus s’occuper de l’Ukraine, de s’intéresser aux Français, de leur rendre des comptes. Ce président qui, nous disait-il, était allé à Moscou chercher la désescalade comme d’autres vont chercher la rédemption à Canossa ne cesse d’envenimer la situation. Certes, il lui est commode de répercuter au mégaphone les rodomontades d’un Poutine qui n’en demandait pas tant : « La situation va durer longtemps » (en tous cas au moins jusqu’au second tour, espère-t-il), « on n’a pas encore vu le pire ». La menace est nucléaire. Il est dans la surenchère diplomatique des sanctions économiques. D’ailleurs, son ministre de l’Économie, l’inconséquent et irresponsable Bruno le Maire, le dit : nous sommes dans une guerre économique totale avec la Russie, dont le but est l’effondrement du pays. Comme le lui rappelle Dmitry Medvedev, la guerre économique totale conduit souvent à la guerre tout court. Personne ne connaît vraiment Poutine. Mais le peu que l’on en sache est qu’on aurait tort de l’acculer dans un coin où il ne pourrait sortir que par le fracas. Y a-t-il à l’Élysée quelqu’un pour le faire comprendre à Macron ?

Par pitié ! Faites-les taire, les Macron, Le Maire et autres tristes sires qui nous gouvernent ! Quelle est cette diplomatie bavarde où on répercute sur les réseaux sociaux le secret des conversations entre chefs d’État ? Quel est leur but réel : chercher une solution à un problème complexe ou s’autopromouvoir en faisant savoir qu’on est, finalement, l’épicentre de la discussion, même si cela ne mène à rien, sinon au pire ? Car, camouflet suprême pour Macron, on apprend sur CNews qu’une mission diplomatique, bien plus discrète, celle-là — et pour cette raison apparemment plus efficace — a eu lieu il y a dix jours : le Premier ministre israélien s’est déplacé à Moscou, a rencontré Poutine pendant trois heures sans qu’une photo de cette table blanche imposante fût publiée. Il aurait conduit à une avancée importante de la bouche même du président Zelensky : le possible renoncement de l’Ukraine à ses ambitions otaniennes et la possibilité d’une discussion sur le statut du Donbass. Ce n’est pas rien. Et ainsi, il apparaît que quand l’occident, Macron en tête qui veut concurrencer Biden dans les sanctions économiques et la guerre économique à la Russie, pousse à l’escalade, la solution pourrait logiquement se faire sans lui, et à son détriment.

Le camouflet pour Macron est double : d’une part, cette diplomatie secrète n’a pas jugé indispensable de passer par Paris pour avoir une certaine efficacité. Et pire : quel cauchemar pour Macron, si la guerre s’arrêtait trop tôt !

Macron est l’idiot inutile de Poutine. Il lui parle au téléphone sans arrêt : Macron doit l’imaginer sur un divan, en consultation. Il le fait savoir, raconte la substance des discussions permettant à Poutine de faire passer, sans difficulté, toute sa propagande : « nous obtiendrons nos objectifs, sinon par la diplomatie, ce sera par la guerre ». Macron fait trembler le peuple parce que cela le fait monter dans les sondages. Il ferait le contraire si cela lui était plus utile. Comme avec le COVID, que la crise ukrainienne vient soudainement d’éradiquer : à la réflexion, c’était si facile !

Macron n’a pas fait campagne en 2017 ; il s’est caché derrière l’affaire Fillon qui a eu l’immense avantage d’occulter toute discussion programmatique : commode pour quelqu’un qui professait l’inutilité d’un programme et n’avait pas préparé le sien. Il nous refait la même chose, sans cette fois recourir au Parquet national financier mis en place par son ancien mentor, Hollande. Il se refuse à rendre compte aux Français alors que la société est inflammable comme jamais. Il joue les matamores de l’élection, gagnée d’avance. On croit entendre Philippe Séguin de nouveau, comme en ce 31 janvier 1995 : « Arrêtez donc de croire qu’il va y avoir une élection présidentielle ! Le vainqueur a déjà été désigné. Proclamé. Fêté. Encensé. Adulé. Il est élu. Il n’y a pas à le choisir, il y a à le célébrer. Cela n’est plus la peine de vous déranger. Circulez, il n’y a rien à voir ! »

Mais attention tout de même. Macron est le plus mal élu de tous les présidents de la Ve. Moins de 42 % des inscrits en raison de plus de 16 millions de Gaulois récalcitrants entre l’abstention (12 millions), et leurs bulletins nuls ou blancs (4 millions !). S’il a la légalité de son élection, il n’en a pas tout à fait la légitimité. S’il comprend la crise de la démocratie française, à laquelle il a puissamment contribué par la destruction des corps intermédiaires, dont les partis politiques, il doit comprendre l’urgente nécessité du débat démocratique qu’il ne peut, comme garant de la République, escamoter davantage. Reste que Macron n’est pas le président de tous les Français. Il n’est que celui de cette France qui ne va pas trop mal et qui se réfugie derrière lui pour se protéger des craintes qu’il suscite. D’abord avec le virus, ensuite avec la guerre. Macron, qui n’a jamais eu d’enfant, s’imagine en petit père du peuple.

Si le second tour devait voir s’affronter Marine Le Pen et Emmanuel Macron comme il l’a souhaité depuis le 7 mai 2017, l’écart de sa victoire serait moins grand qu’il y a cinq ans. Mais cette fois avec un ressentiment si fort contre le sortant qu’il pourrait, peut-être, créer la surprise. La clef de l’élection sera la participation si une majorité de Français considérait que l’offre politique ne lui convenait pas. Imagine-t-on le général de Gaulle accepter d’être élu avec seulement un tiers des inscrits ? Le débat démocratique relève d’une obligation du président. À défaut, les Gilets jaunes reviendront pour le lui rappeler.

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