Immigration : la France devrait-elle méditer le constat « d’échec de l’intégration » fait par Suède ?

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Un officier de police anti-émeute se tient à côté d'un bus en feu à Malmo, en Suède, le 16 avril 2022.

©Johan NILSSON / TT NEWS AGENCY / AFP

MODÈLE SUÉDOIS

 

La Première ministre suédoise Magdalena Andersson a reconnu publiquement l’insuffisance et les ratés des politiques d’intégration des nouveaux immigrés dans son pays. Plus de 100 policiers ont été blessés en Suède lors de récentes émeutes. Magdalena Andersson a annoncé jeudi une série de mesures visant à endiguer la criminalité, qui est selon elle une conséquence de la « faiblesse » de l’Etat régalien. 

Arnaud Lachaize ATLANTICO. 30 avril 2022

Atlantico : Jeudi 28 avril, le Premier ministre suédois Magdalena Andersson a déclaré que les nombreux immigrés accueillis au cours des deux dernières décennies avaient donné naissance à des sociétés parallèles et des gangs violents, affirmant même que l’intégration des immigrés se soldait par un échec. Peut-on voir des similitudes entre la situation suédoise et française ? 

Arnaud Lachaize : L’immigration en Suède est beaucoup plus récente qu’en France. Les Suédois ont accueilli en grand nombre des demandeurs d’asile du Moyen-Orient et d’Afrique à compter des années 2000. Auparavant, ce pays était relativement peu diversifié. Ce phénomène doit beaucoup à la mauvaise conscience. La Suède devait prendre sa part de l’accueil des personnes chassées par la misère ou la guerre. La politique allemande de répartition des demandeurs d’asile sur tout le territoire de l’Union européenne a aussi beaucoup joué en ce sens. De même, les dirigeants suédois de toutes les majorités ont été très sensibles à l’idéologie dominante selon laquelle l’Europe a besoin d’immigrés pour maintenir sa démographie (rapport de l’ONU de mars 2000 intitulé « replacement migration »). Depuis les années 2000 le flux d’immigration sur la Suède a été considérable au regard de sa population. Sur 10 millions d’habitants, ce pays compte 2 millions de personnes nées à l’étranger, soit 20% de sa population. Cet apport aussi massif en si peu de temps s’est traduit par des phénomènes de ghettoïsation urbaine et de révolte, en l’absence d’intégration. Nous en voyons le résultat.

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Comment ou sur quels indicateurs pouvons-nous mesurer ce constat d’échec en France ? 

On n’a pas vraiment d’indicateurs mais le constat est quotidien. C’est aussi ce que nous connaissons en France depuis plus d’un demi siècle. La situation de la Suède n’est que rattrapage de ce que nous vivons en France. Les phénomènes d’émeute urbaine en France ont commencé bien avant. Dès début des années 1980 la violence urbaine a commencé à se répandre en région parisienne. Il faut se souvenir des événements du Val-Fourré en 1991. Ils ont atteint leur paroxysme lors de la grande révolte des banlieues en octobre et novembre 2005. Il est clair qu’une partie des populations immigrées ne s’intègre pas. L’installation chaque année sur le territoire français de plusieurs centaines de milliers de migrants au titre du regroupement familial, de l’asile ou des études, alors que la France compte 3 à 6 millions de chômeurs et d’immenses problèmes sociaux se traduit par des phénomènes d’exclusions massifs dans les « cités sensibles ». Les différences de culture, de religion, de mode de vie ne font qu’amplifier les difficultés d’intégration. C’est ainsi que nous avons comme en Suède des situation explosives dans les banlieues. D’ailleurs, les violences contre les policiers, les voitures brûlées sont un phénomène quasi constant et banalisé en France, au point que les médias les relèvent à peine.

Les politiques ont-ils un manque de vision réel sur ce constat ? Comment l’expliquer ? 

Ils baignent dans le déni et l’hypocrisie. Voyez, le sujet des banlieues a été quasiment absent de l’élection présidentielle. La France se veut accueillante et multiculturelle. Dès lors, on ne veut pas voir les conséquences de ces arrivées considérables dans un contexte particulièrement explosif. Le sujet est parfois récupéré mais en termes excessifs ou extrémistes qui visent à en faire un objet électoral mais sans véritable souci de définir des solutions. Les politiques au pouvoir, qui pourraient faire quelque chose, refusent absolument de voir la réalité en face et de s’en préoccuper. Ils veulent ignorer que cette immigration considérable, sans véritable intégration et dans un contexte de chômage massif nourrit la révolte, le chaos et l’islamisme radical. Et cela depuis des décennies. La bourgeoisie dirigeante ou influente française se targue de générosité en laissant entrer des centaines de milliers de personnes chaque année. Mais elle se protège de cette immigration en vivant dans les beaux quartiers et en plaçant ses enfants dans les bonnes écoles…D’où les phénomènes de ghettoïsation des populations issues de l’immigration. Et cette même bourgeoisie dirigeante ou influente traite par le mépris les milieux populaires qui souffrent de cette situation en les traitant de populistes. C’est donc pire qu’un manque de vision : une forme de cynisme et de tartufferie.

La société française et les sociétés européennes plus largement sont-elles moins accueillantes que par le passé, ce qui pourrait compliquer l’intégration des immigrants ?

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Tous les sondages en France comme dans les autres pays européens montrent qu’environ les deux tiers des Européens estiment que l’immigration est trop importante et ce chiffre ne fait qu’augmenter. On ne peut pas dire que les sociétés soient moins accueillantes. Mais il y a une prise de conscience indéniable qui se produit partout des échecs de la maîtrise de l’immigration et de l’intégration. Les Français comme les Européens ne sont pas majoritairement dans une logique de racisme qui refuserait tout accueil de l’étranger et de la différence. Bien au contraire, l’immigration, en quantité raisonnable, quand les personnes s’intègrent par le travail et l’éducation de leur enfants, n’est pas un problème. Mais les populations européennes, malgré l’hypocrisie et le déni de leurs classes dirigeantes, voient bien que les pouvoirs publics ont perdu tout contrôle sur les phénomènes migratoires. Elles sentent bien que le risque de la violence ne fait que s’amplifier d’année en année. Et pour l’instant aucun gouvernement, aucune société européenne n’a trouvé de réponse satisfaisante à cet immense défi.

Par Arnaud Lachaize, universitaire, spécialiste de l’immigration en Europe

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