En finir avec l’hégémonisme macronien. Ivan RIOUFOL

15 JUIN 2022. PUBLIÉ DANS. Le blog d’Ivan Rioufol TOUS LES ARTICLES

Emmanuel Macron ne mérite pas d’obtenir une majorité absolue de députés dimanche soir. Sa dérive monarchique, emplie de certitudes contestables, tient pour négligeable une partie des Français. La théâtrocratie, qui lui sert de communication depuis cinq ans, n’arrive pas à dissimuler la platitude de ses inspirations. Hier, sur le tarmac d’Orly, l’Airbus présidentiel prêt à décoller, le chef de l’Etat a une fois de plus joué sur les peurs en se présentant en président protecteur. « Rien ne serait pire que d’ajouter un désordre français à un désordre mondial », a-t-il déclaré avant de s’envoler, comme De Gaulle dans l’effervescence insurrectionnelle de mai 1968, pour un voyage de trois jours en Roumanie, mais aussi en Moldavie, voire en Ukraine, là où la guerre se joue. Il a ajouté : « Aucune voix ne doit manquer à la République ». Or, cette prétention à représenter, seul, la République, dévoile l’arbitraire. Cette appropriation, qui désigne ses adversaires comme des dangers, signe l’autoritarisme déplacé. En réalité, Macron participe au désordre à force de jouer avec les allumettes. L’entendre alerter sur la menace que représenterait la Nupes (Nouvelle union populaire, écologique et sociale) illustre son inconséquence : tout à son obsession de « faire barrage à l’extrême droite », le candidat à sa réélection a applaudi au choix de Jean-Luc Mélenchon de participer à la marginalisation de Marine Le Pen. Ce mercredi sur Europe 1, Jordan Bardella (RN) a eu beau jeu de rappeler que « Mélenchon est un Macron pressé ». De fait, ils s’accordent en tout cas sur une même conception d’une société ouverte, inclusive, multiculturelle.

Mélenchon partage aussi avec Macron le même attrait pour la jactance et la poudre aux yeux. Les deux hommes bénéficient au surplus du soutien d’une presse acquise au « diversitisme », l’idéologie qui sacralise les minorités, réclame toujours plus d’immigration et toujours moins d’exigences d’intégration. Mais la Nupes n’est pas le parti « populaire » qu’elle dit être. Les résultats du premier tour le confirment : l’alliance mélenchoniste fait un carton dans une moitié de Paris, ville où les loyers et les prix du m2 sont devenus inabordables pour les petits employés et les ouvriers qui votent majoritairement RN. Trois députés Nupes y ont été élus dès dimanche dernier, dont Danièle Obono (LFI) qui s’était fait remarquer par son hésitation en 2017 à dire « Vive la France ». Elle a accepté d’être soutenue par l’ancien dirigeant travailliste Jeremy Corbin,exclu de son parti pour son laxisme face à  l’antisémitisme.

La Nupes est en fait le parti des bobos : il arrive en deuxième position dans les chics Neuilly et Versailles. Le seul mérite de cette alliance, qui squatte la place laissée par la droite divisée, est de pouvoir ébranler l’hégémonisme du parti présidentiel, en le forçant à des compromis, notamment avec la droite. « Je veux « reparlementariser » la vie politique » explique Mélenchon dans Le Parisien. De ce point de vue, la Nupes peut aider à débloquer la démocratie. C’est bien là sa seule vertu.

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