Joe Biden au Moyen-Orient: «Le puissant à genoux»

Par Philippe Gélie

12 juillet 2022

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Philippe Gélie. Le Figaro

L’éditorial du Figaro, par Philippe Gélie.

Le Moyen-Orient n’a pas son pareil pour attirer l’Amérique dans ses pièges. Tout chef de la première puissance mondiale qu’il soit, Joe Biden s’y rend ces quatre prochains jours en quémandeur plutôt qu’en maître du jeu. Le désengagement américain de la région, fruit de vingt ans d’échecs militaires ou stratégiques en Afghanistan, en Irak et en Syrie, réduit les attentes des acteurs locaux envers feu le «gendarme du monde». Les dirigeants israéliens, palestiniens et saoudiens sont conscients d’accueillir un chef de la Maison-Blanche affaibli, que l’âge ne cesse de faire trébucher, à la merci d’une déroute lors des prochaines législatives et poussé par son propre camp à ne pas se représenter pour un second mandat.

S’il l’avait pu, le vieux président diplomate, qui arpente ces contrées depuis un demi-siècle, se serait abstenu de renier publiquement une promesse électorale: Mohammed Ben Salman (MBS), prince héritier aux commandes à Riyad, serait traité par Washington en «paria» pour avoir commandité le sordide assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en octobre 2018. Las! Washington a besoin que le Saoudien consente à augmenter sa production de pétrole, afin de faire baisser le prix de l’essence à la pompe et de contenir l’inflation aux États-Unis, qui met en péril les chances des démocrates dans les urnes en novembre. Sans compter le risque de dislocation de la coalition formée avec les Européens contre la Russie.Biden veut que Riyad augmente sa production de pétrole

Joe Biden met un genou à terre, mais MBS lui tient la dragée haute, invoquant un accord de plafonnement de la production passé avec Vladimir Poutine. Israël ne compte pas lui donner beaucoup plus de satisfactions, ni sur la perspective de dialogue avec les Palestiniens, ni sur une promesse de retenue face à l’Iran au seuil nucléaire. C’est plutôt en favorisant le rapprochement entre ces deux difficiles alliés que la Maison-Blanche peut espérer faire bouger les lignes. Quitte à emprunter ses recettes à Donald Trump: instiller le doute sur l’engagement du protecteur américain et en finir avec les leçons de morale.

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