Pour respecter le calendrier de Macron, Notre-Dame de Paris n’aura pas droit à des fouilles archéologiques

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Arnaud Florac 12 août 2022 BOULEVARD VOLTAIRE

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La nouvelle est passée quasiment inaperçue, à la notable exception d’un entrefilet dans Le Canard enchaîné. Petit retour en arrière : à la suite de l’incendie de Notre-Dame de Paris, en 2019, Emmanuel Macron avait annoncé, sur les cendres chaudes de la cathédrale, la réouverture du monument au public en 2024. Vous vous souvenez certainement de la suite : une enquête toujours pas bouclée, une suspicion de mégot de clope qui fait brûler des poutres en parfait état, la nomination du général Georgelin à la tête de la mission de restauration, son volontarisme admirable et son style de commandement un peu rugueux, le projet de Disneyland ridicule imaginé par le diocèse pour attirer un maximum de touristes… On avait presque oublié, dans cet inventaire foutraque, que le ministre de la Culture avait son mot à dire dans l’affaire, tant sa discrétion avait fini par confiner à la transparence.

Eh bien, voilà, l’oubli est réparé : Le Canard enchaîné rapporte les propos d’un membre du cabinet de Rima Abdul-Malak, ministre de la Culture, au sujet d’éventuelles fouilles dans le chœur de la cathédrale. « La question ne se pose pas. Ce n’est pas au programme. Il n’y aura pas de fouille spécifique. » C’est donc, apparemment, définitif : pas de fouilles sous le sol de Notre-Dame. C’est un peu dommage, car les archéologues estiment que plus de la moitié des sculptures du jubé de Notre-Dame restent à découvrir sous le chœur. C’est un peu illégal, aussi, puisque l’État impose aux constructeurs publics ou privés de faire des fouilles archéologiques en cas de construction d’un bâtiment. C’est un peu stupide, enfin, puisque, pour quelques mois de fouilles supplémentaires, on aurait de fortes chances de découvrir des trésors magnifiques – et que c’est une sorte de devoir moral, dans un pays qui n’a plus rien de grand que l’héritage, matériel et spirituel, de ses ancêtres. Tout cela est magistralement résumé par un article de Didier Rykner, dans La Tribune de l’Art daté du 5 août. Je vous conseille vivement de le lire. Alors, on serait en droit de se poser une question : puisque la décision a été prise, comment le ministère de la Culture compte-t-il se justifier de ce qui est, en soi, totalement injustifiable ?

Je pense qu’une telle naïveté n’est pas souhaitable. Le pouvoir macronien a su montrer un constant mépris de sa population, dont le moindre des signes n’est pas l’indifférence aux scandales. Pas de remise en question après la démission du général de Villiers ; pas d’excuses après la ténébreuse affaire Benalla ; rien sur les conflits d’intérêt d’Alexis Kohler, toujours en poste à l’heure actuelle. Rien ne les arrête. Ils s’en moquent. Il y a donc fort à parier que le ministère de la Culture continuera sur sa lancée à financer des projets difficilement compréhensibles pour le bas peuple et à envoyer promener d’un revers de main tout ce qui a un rapport avec la transmission, la conservation, la restauration. On peut ajouter à cela, pour faire bonne mesure, la trouille de ne pas tenir les délais fixés par Macron, histoire de compléter le tableau.

Il y aurait bien une autre raison, que je ne peux qu’évoquer de manière impressionniste. Les statues de Notre-Dame sont l’une des plus belles expressions de l’art occidental médiéval, mais aussi de l’art mondial. Didier Rykner le rappelle. Le problème, c’est que ces statues sont sculptées par des hommes d’ici ; ce sont des œuvres faites pour glorifier le catholicisme. Bref, comme disait Guy-Hubert Bourdelle dans Papy fait de la résistance« ça n’intéresse plus les jeunes ». Elles n’ont qu’à rester sous le carrelage, les statues. Dans une cathédrale festive et lumineuse, retapissée par les évêques de France, salie par les cars de touristes, désertée par les fidèles, ignorée par le pouvoir en place, elles n’ont plus aucune raison de remonter à la surface et doivent même se retourner dans leur sous-sol. Si ces statues probablement sublimes étaient confrontées à ce que la culture française devient, on les verrait peut-être pleurer.

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