Macron et l’Europe, le rendez-vous manqué

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ÉDITO. À l’orée de la présidence française de l’UE, la crédibilité du chef de l’État est en berne sur un thème qui lui a pourtant beaucoup profité.

Emmanuel Macron au Conseil europeen a Bruxelles en juin dernier.
Emmanuel Macron au Conseil européen à Bruxelles en juin dernier.© DURSUN AYDEMIR / POOL / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Par Luc de POINT Publié le 14/12/2021 LE. POINT

Emmanuel Macron a fixé trois priorités à la présidence française de l’Union européenne, qui s’ouvre le 1er janvier. Aucune d’elles n’est un chemin de roses. La sécurisation des frontières extérieures de l’Europe, d’abord. Le projet de gestion commune de l’immigration est bloqué depuis la grande crise migratoire de 2015 ; il n’y a guère de chances qu’il se concrétise dans les mois qui viennent.

L’Europe puissance, ensuite. L’ambition est légitime, mais elle est sans issue à portée de main. Comme pour mieux illustrer le dilemme, un regain de tension autour de l’Ukraine vient confirmer en cette fin d’année que, sans l’Amérique, les Vingt-Sept restent impuissants à gérer les conflits dans leur environnement. Peu de choses ont changé depuis les guerres qui ont déchiré l’ex-Yougoslavie, dans les années 1990.

Le « nouveau modèle de croissance », enfin. Vert et créateur d’emplois, il suppose de vastes investissements et un assouplissement des règles budgétaires de Maastricht. Le sujet est loin de faire consensus au sein de l’UE, surtout du côté des « frugaux », les pays du Nord avares de leurs deniers dès lors qu’il s’agit d’entretenir les largesses des autres.

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Au moins, le chef de l’État n’élude pas les sujets épineux avant la présidentielle. Mais même s’il s’abstient encore de déclarer sa candidature, l’imminence de la campagne électorale le dessert. L’incertitude sur son maintien à l’Élysée restreint son ascendant et diminue sa marge de manœuvre. Elle réduit à la portion congrue la période utile de la présidence française de l’Union – deux mois et demi, tout au plus.

Leadership de l’UE

Emmanuel Macron, c’est paradoxal pour un président de la République qui célébra son arrivée au pouvoir au son de l’Hymne à la joie, souffre d’une crédibilité écornée à Bruxelles. Les fractures internes mises en lumière pendant son quinquennat par la révolte des Gilets jaunes ont fragilisé la France et son message. La dette publique abyssale du pays (120 % du produit intérieur brut) rend suspecte sa volonté de modifier les règles du jeu budgétaire au sein de la zone euro. Le style personnel du président de la République, mêlant initiatives diplomatiques solitaires et prises de position à l’emporte-pièce, a mis à rude épreuve la confiance de nos partenaires. Autant d’éléments qui contrarient son ambition de reprendre le flambeau du leadership de l’Union, qu’Angela Merkel vient de céder.

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L’Allemagne d’Olaf Scholz va-t-elle lui offrir une planche de salut ? La coalition qui vient de s’installer au pouvoir à Berlin est la plus proche des vues françaises qu’on puisse imaginer. Et pourtant, c’est un autre paradoxe, la capacité de travailler ensemble est étroite avant l’échéance électorale. Sur certains sujets clés comme le nucléaire, la rigueur budgétaire, la défense européenne, les vues allemandes restent éloignées de celles de Paris. À l’inverse, la proposition de Scholz de développer une vraie politique étrangère européenne, grâce à une prise de décision à la majorité qualifiée, rencontre l’assentiment d’Emmanuel Macron, malgré la perte d’autonomie de la diplomatie nationale. Mais n’est-ce pas le prix à payer pour une souveraineté stratégique européenne ?

L’Europe est dans l’ADN du macronisme depuis la campagne victorieuse de 2017. Mieux, ce thème est celui qui permet au chef de l’État de maintenir la cohésion de ses électorats de gauche et de droite. Bien qu’il ne soit plus seul sur ce créneau, depuis que les Républicains ont choisi Valérie Pécresse comme candidate, il continue à se présenter, à quatre mois du rendez-vous électoral, comme le seul capable de donner des impulsions décisives à la construction européenne. Ce ne pourra être vrai, cependant, que s’il est réélu en avril.

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